Afrique : journalistes en danger

L’incarcération du correspondant de Radio France International au Niger, Moussa Kaka, la liste noire des journalistes émise par le gouvernement zimbabwéen et le procès du journaliste égyptien Ibrahim Eissa, qui évoquait la santé du président dans un article, sont quelques unes des récentes atteintes à la liberté de la presse en Afrique. Rappel des faits en brèves.

Niger : Moussa Kaka jugé proche de la rébellion par l’Etat nigérien

Le journalisme est un métier périlleux. Notamment au Niger où Moussa Kaka, directeur de la radio privée Saranouya FM et correspondant de la radio internationale française RFI, croupit depuis le 20 septembre dans les geôles nigériennes. Il est accusé par le pouvoir de « complicité d’atteinte contre l’autorité de l’Etat ». Le ministre nigérien de la Communication Mohamed Ben Omar avouait lundi, lors d’une conférence de presse tenue à Paris, que le journaliste avait été mis sur écoute et que des enregistrements viendraient étayer les accusations portées par son gouvernement. Le journaliste nigérien aurait donné des conseils en matière de communication aux rebelles touaregs du nord du pays. Selon l’avocat de Moussa Kaka, le dossier de l’accusation est vide.

Egypte : touche pas à ma santé !

En Egypte aussi, dur dur d’être journaliste surtout quand on écrit sur les bobos du président. Ibrahim Eissa, 42 ans, rédacteur en chef du journal indépendant égyptien al-Dostour, devrait comparaître le 26 octobre prochain pour avoir évoqué l’état de santé du président Hosni Moubarak dans un article. L’homme de média y voit « la marque d’un régime qui devient fou ». Son procès, qui avait démarré lundi, a été reporté suite une requête introduite par sa défense. Le journaliste égyptien risque d’écoper de 3 ans de prison pour « diffusion de fausses nouvelles nuisibles à l’intérêt général et à la stabilité du pays ». La justice égyptienne accuse, entre autres, Ibrahim Eissa d’avoir fait perdre à l’économie égyptienne 350 millions de dollars. Une somme qui correspond à des retraits d’investissements étrangers à la bourse du Caire. Une quinzaine de publications de l’opposition et de la presse privée ne paraîtront pas le 7 octobre prochain en signe de protestation. Mohammed Sayyed Saïd, un journaliste égyptien du quotidien Al-Badil, est également dans le collimateur de la justice pour s’être intéressé de trop près à la santé d’Hosni Moubarak.

Zimbabwe : les journalistes que le gouvernement surveille

Au Zimbabwe, les atteintes à la liberté de la presse se succèdent et ne se ressemblent pas.
Dernier incident en date, rapporté par Reporters sans frontières (RSF), le journaliste James Jemwa et deux comédiens Sylvanos Mudzvova et Anthony Tongani ont été arrêtés le 28 septembre, lors de la représentation de la pièce Theatre in the Park à Harare, la capitale zimbabwéenne. De même, selon un document publié le 26 septembre 2007 par la presse indépendante, une quinzaine de journalistes sont sous étroite surveillance dans le cadre des prochaines élections de 2008. Le document officiel intitulé « targeted journalists » (journalistes ciblés), sur lequel s’appuie ces révélations mentionne qu’ils travailleraient « main dans la main » avec des gouvernements occidentaux hostiles au Zimbabwe. Parmi eux, Vincent Kahiya, Dumisani Muleya et Itai Mushekwe, respectivement directeur de publication, rédacteur en chef et journaliste du quotidien privé Zimbabwe Independent, Bill Saidi et Caiphas Chimhete, rédacteur en chef adjoint et journaliste du quotidien privé The Standard. Foster Dongozi, le président du Syndicat des journalistes du Zimbabwe (ZUJ), Abel Mutsakani, le rédacteur en chef du site Internet ZimOnline et Gift Phiri, le correspondant à Harare de l’hebdomadaire privé The Zimbabwean, publié en Grande-Bretagne, figurent également sur cette liste. Abel Mutsakani avait déjà été victime d’une tentative d’assassinat en Afrique du Sud en juillet 2007.

Maroc : motus et bouche cousue

Dans le royaume chérifien, on ne divulgue pas impunément les secrets d’Etat. Le directeur de l’hebdomadaire Al Watan Al An, Abderrahim Ariri, et le journaliste Mustapha Hormat Allah ont été condamnés le 15 août dernier pour « recel de documents obtenus à l’aide d’une infraction ». Ils ont écopé respectivement de six mois de prison avec sursis et de huit mois de prison ferme. Leur inculpation faisait suite à un dossier intitulé « les rapports secrets derrière l’état d’alerte au Maroc » publié le 14 juillet dans leur journal sur la lutte antiterroriste au Maroc. Les deux journalistes ont vu leur peine réduite d’un mois, le 18 septembre, par la cour d’appel de Casablanca.

Mali : Tu ne parleras point de maîtresse !

Enfin au Mali, « toute ressemblance avec des personnages ou des faits réels serait fortuite » est une mention qui a pris tout son sens pour la presse. Cinq journalistes et un enseignant ont été condamnés le 26 juin dernier pour « offense au chef de l’Etat » ou « complicité » à la suite de la parution d’un article intitulé « Lycée Nanaïssa Santara : la maîtresse du président de la République ! » Le journaliste Seydina Oumar Diarra commentait, dans l’édition du 1er juin du journal Info-Matin, une dissertation sur laquelle un enseignant avait fait planché ses élèves et où il était question d’une « étudiante, prostituée économique » qui se retrouvait enceinte des œuvres d’un président de la République. Le journaliste Seydina Oumar Diarra, arrêté le 14 juin, et son directeur de publication ont été respectivement condamnés à 13 jours de prison, déjà effectuées en préventive, et à 8 mois de prison avec sursis. L’enseignant Bassirou Kassim Minta à, quant à lui, écopé de deux mois de prison ferme. Ibrahima Fall (Le Républicain), Alexis Kalambry (Les Echos) et Hamèye Cissé (Le Scorpion), les directeurs de publication des journaux qui ont repris le texte, ont eu droit à trois mois de prison avec sursis.