Maroc : un journaliste d’« Al Watan » condamné à huit mois de prison ferme

Le tribunal de première instance de Casablanca a condamné Mustapha Hormat Allah à huit mois de prison fermes, mercredi, pour avoir publié des documents sur la lutte antiterroriste jugés confidentiels. Le directeur de publication d’Al Watan Al An, où exerce le journaliste, écope pour sa part de six mois de prison avec sursis. Un verdict vivement rejeté par les condamnés et des associations de journalistes.

Coupables de « publication de documents confidentiels ». C’est le verdict qu’a rendu, mercredi, le tribunal de première instance de Casablanca à l’encontre de Mustapha Hormat Allah et Abderrahim Ariri qui, contrairement à son collègue, comparaissait libre. Le journaliste et directeur de publication d’Al Watan Al An écopent respectivement de huit mois ferme et six mois avec sursis, en plus d’une amende de 1 000 dirhams (environ 90 euros).

Les deux journalistes « choqués »

Objet du délit : avoir publié une note de la Direction générale de la sûreté du territoire dans le dossier « Les rapports secrets derrière l’état d’alerte au Maroc », publié le 14 juillet dernier par l’hebdomadaire arabophone. Dans le cadre de cette affaire, le tribunal permanent des Forces armées royales a d’ailleurs condamné, il y a une semaine, huit militaires marocains à des peines de prison fermes allant de six mois à cinq ans.

« Ce verdict nous choque, a déclaré Abderrahim Ariri aux journalistes, alors que son confrère a été reconduit en cellule pour purger le reste de sa sentence. Nous étions venus pour entendre un verdict qui nous acquitte et nous avons entendu un verdict qui ne nous a pas rendu justice. Nous allons nous réunir avec nos avocats et les ONG qui ont pris notre défense pour définir la suite à donner à cette décision de justice. »

Retour aux années noires ?

Interrogés par l’AFP, le Syndicat national de la presse marocaine et la Fédération des éditeurs ont dénoncé le verdict du tribunal de Casablanca. Dans un communiqué, l’organisation française Reporters sans frontières s’est dite « révoltée et consternée ». D’autant que Mustapha Hormat Allah, interpellé le 17 juillet avec Abderrahim Ariri, était poursuivi sur la base du code pénal et non du code de la presse.

RSF rappelle dans un communiqué que « c’est la première fois depuis le mois d’octobre 2004 qu’un journaliste est condamné à de la prison ferme au Maroc. Rabah a désormais le privilège peu enviable d’avoir rejoint le club des pays d’Afrique du Nord qui détiennent des journalistes : Egypte, Libye ». Certains craignent que la condamnation de Mustapha Hormat Allah et Abderrahim Ariri signe le retour aux années noires dans le pays.

Les autorités nient un tel revirement, mais d’autres journalistes doivent prochainement faire face à la justice. Le procès d’Ahmed Benchemsi, accusé de « manquement au respect dû à la personne du roi », doit commencer le 24 août. Quant au directeur de publication d’Al Ousboue, Mustapha Alaoui, il devrait bientôt connaître sa sentence pour avoir publié un article où le secrétaire général des Nations Unies est cité comme dénonçant le comportement de la délégation marocaine pendant les négociations sur le Sahara Occidental. Des propos que l’Onu a démentis.

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