
La forte remontée du prix du platine transforme les comptes des groupes miniers sud-africains et apporte de nouvelles recettes à Pretoria. Premier producteur mondial, le pays profite directement de ce regain d’intérêt. Mais le rebond des cours ne règle pas les fragilités structurelles du secteur.
Début septembre 2026, l’once de platine évoluait autour de 1 830 dollars, en hausse de près de 33 % sur un an, selon les données de Trading Economics. La faiblesse persistante de l’offre, l’appétit des investisseurs et la résistance de la demande automobile, portée par les véhicules thermiques et hybrides, redonnent des marges à une industrie éprouvée par plusieurs années difficiles.
Le redressement se lit d’abord dans les comptes des groupes miniers. African Rainbow Minerals (ARM) a annoncé, vendredi 4 septembre, une hausse de son bénéfice annuel proche de 19 %. Sa division consacrée aux métaux du groupe du platine (PGM) serait ainsi passée d’une perte de 1,29 milliard de rands à un bénéfice de 1,35 milliard, les prix de son panier de métaux ayant progressé de plus de 50 %. Quelques mois plus tôt, Valterra Platinum avait déjà fait état d’un doublement de son bénéfice pour 2025.
Retombées budgétaires et nouveaux investissements
L’Afrique du Sud fournit environ 70 % du platine extrait dans le monde et toute hausse durable des cours soutient ses exportations et va accroître impôts, redevances minières et dividendes versés à l’État. C’est donc toute l’économie qui en bénéficie car le secteur minier représente près de 6 % du produit intérieur brut et près de la moitié de la valeur des exportations de marchandises du pays.
En 2025, il a versé plus de 100 milliards de rands au fisc et employé directement près de 470 000 personnes, selon le Minerals Council South Africa. La filière des PGM à elle seule concentrait plus de 170 000 emplois directs.
La remontée des prix permet aussi de relancer des investissements. ARM prévoit 15,2 milliards de rands pour moderniser la mine de Bokoni et doubler à terme sa production de platinoïdes, un projet susceptible de soutenir l’emploi et la sous-traitance dans le Limpopo.
Ceoendant, l’amélioration ne doit pas masquer des faiblesses persistantes. En 2025, la production sud-africaine de PGM a reculé de 4,1 % et reste inférieure à son niveau d’avant la pandémie. Les mines profondes coûtent cher à exploiter, l’électricité reste chère et les difficultés ferroviaires et portuaires n’ont pas disparu. Un rand plus fort réduit par ailleurs la valeur locale des ventes facturées en dollars.
Le pays gagne donc davantage sur chaque once vendue, sans pouvoir augmenter rapidement les volumes produits. Le platine apporte un répit financier, pas une correction automatique des faiblesses de l’économie sud-africaine.
Le Zimbabwe profite du mouvement, l’Éthiopie, un potentiel encore marginal
Troisième producteur mondial en 2024, avec un peu plus de 10 % de l’offre, le Zimbabwe bénéficie lui aussi de la hausse des cours. Les PGM constituent sa deuxième source de recettes minières à l’exportation, derrière l’or. La mine d’Unki a produit 219 700 onces de concentrés en 2025.
Le bénéfice reste toutefois freiné par les règles de change en vigueur dans le pays. Les exportateurs ne conservent que 70 % de leurs recettes en devises, le solde étant converti en monnaie locale. Début 2026, Valterra réclamait encore 100 millions de dollars d’arriérés à l’État zimbabwéen. Ainsi, le platine rapporte davantage, mais les entreprises ne disposent pas immédiatement de ces revenus supplémentaires.
L’Éthiopie possède elle aussi du platine, notamment dans la région de Yubdo, mais sa production officielle n’était que de huit kilogrammes en 2023, contre près de 125 tonnes en Afrique du Sud, selon l’USGS. Ces volumes ne pèsent pas sur les équilibres nationaux, mais ils témoignent d’un potentiel à développer par des investissements dans l’exploration et la transformation locale.




