Afrique du Nord : la désunion nuit à l’économie

Dans son rapport du 8 août, le Banque africaine de développement (BAD) a demandé aux pays nord-africains de profiter du printemps arabe pour favoriser l’intégration régionale. L’Afrique du Nord est en effet la zone du monde où le commerce intra-régional est le plus faible, ce qui pénalise inévitablement la croissance économique et l’emploi.

Dans un rapport publié ce mercredi 8 août, la Banque africaine de développement (BAD) a suggéré aux Etats d’Afrique du Nord une meilleure coopération économique afin de dynamiser l’intégration régionale, la croissance économique, l’emploi et la stabilité. « Produisant environ le tiers du PIB de l’Afrique et abritant près de 170 millions d’habitants, l’Afrique du Nord est la région la plus prospère du continent », a rappelé Jacob Kolster, haut fonctionnaire à la BAD. Or, la banque multinationale a déploré la faiblesse des liens commerciaux entre la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Egypte. En effet, avec un commerce intra-régional correspondant à seulement 4 % des échanges totaux, il s’agit de la région du monde la moins intégrée économiquement. Un comble pour des pays partageant pourtant une langue commune, en dépit des dialectes, et des cultures très proches.

« Les initiatives visant à promouvoir l’intégration régionale en Afrique du Nord ont souvent été entravées aussi bien par des divergences politiques que par des disparités en matière de performances économiques », souligne le rapport de plus de 200 pages, a rapporté Jeune Afrique. Ainsi, certains Etats nord-africains tendent à privilégier les échanges avec l’Europe. Le Maroc par exemple échange plus facilement et préfère commercer avec la France plutôt qu’avec l’Algérie. Les différends politiques sont un véritable frein au développement régional. L’institution panafricaine détaille d’ailleurs les secteurs clés sur lesquels il est urgent d’agir, comme par exemple l’énergie, les infrastructures ou la finance.

Trois secteurs fondamentaux

Le domaine de l’énergie est d’une importance capitale. La demande énergétique, en électricité tout particulièrement, est croissante en Afrique du Nord. On estime qu’il faudra doubler les capacités de production d’ici 2020. L’Algérie, l’Egypte et la Libye disposent de réserves de pétrole et de gaz, qui devraient leur permettre de fournir totalement le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie. Or, « le gaz naturel est exporté essentiellement vers l’Europe », ce qui pousse la BAD à plaider pour « la création d’un marché intégré de l’électricité ».

Le volume des échanges souffre également des obstacles tarifaires et des mauvaises infrastructures de transport. Cela entrave considérablement le développement et contribue à maintenir la dépendance envers les produits primaires, le tourisme et les mandats des diasporas. Commercer entre les différents pays nord-africains, correspond à un vrai parcours du combattant, entre le mauvais état des routes, les taxes douanières, les nombreux bakchichs (pots de vin), les blocages aux frontières, etc. Malgré quelques réformes ces dernières années, les procédures de facilitation du commerce demeurent inefficaces.

La finance est de même un domaine où des améliorations sont attendues. En dépit des progrès réalisés, l’Afrique du Nord n’est pratiquement pas intégrée au système financier mondial, ce qui pénalise les entreprises. Pour mettre fin à cette situation, la BAD propose à la zone de se munir d’un système de paiement unique pour réduire les frais des transactions frontalières, de créer des agences de notation, d’harmoniser les règles juridiques, de développer des marchés financiers et enfin de désengager davantage l’Etat de l’économie.

Les réformes sont amorcées et devraient générer des points de croissance supplémentaires si elles sont poursuivies et accélérées. La désunion de la zone demeure avant tout politique. Or, « Le nouveau paysage politique qui se dessine en Afrique du Nord, au lendemain du printemps arabe promet un nouvel élan aux initiatives d’intégration régionale », selon la BAD. Etant donné l’état de leur économie, ces Etats ont en effet tout intérêt à mettre leurs querelles de côté.

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