Affaire Aïssiou : ce que révèle le dossier algérien, l’extradition par Madrid en suspens


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Ayoub Aïssiou arrêté à Barcelone
Illustration de l’arrestation présumée d’Ayoub Aïssiou en Espagne, sur fond d’enquête judiciaire, d’extradition vers l’Algérie et de soupçons de transferts de fonds à l’étranger.

Cinq semaines après sa remise en liberté sous contrôle judiciaire, l’ancien patron d’El Djazairia One attend que l’Audiencia Nacional se prononce sur la demande d’Alger. Les pièces du dossier algérien précisent les montages financiers qui lui valent 55 ans de condamnations cumulées.

Ayoub Aïssiou sera-t-il remis à l’Algérie ? La question, posée le 8 octobre par la revue Conflits, reste entière. Libéré le 4 septembre, l’homme d’affaires vit depuis à Miami Platja, en Catalogne, auprès de sa famille, privé de son passeport. Aucune décision sur le fond n’a été rendue publique à ce jour.

La revue rappelle qu’il a été condamné à trois reprises en son absence : quinze ans de prison en 2022, vingt ans en 2023, puis vingt ans en décembre 2025. Conflits retrace l’itinéraire d’un entrepreneur né en 1982 à El Biar, dont la fortune s’est bâtie dans l’entourage du régime Bouteflika et qui a quitté l’Algérie en 2019, au moment des grandes opérations anticorruption.

Une demande d’extradition plus étroite que les condamnations

La procédure espagnole ne porte pourtant que sur une partie de ces faits. Comme le détaillait Afrik.com le 7 septembre, le mandat transmis à Madrid, daté du 9 avril 2026, vise la complicité de faux en écriture publique, l’usage de faux et le blanchiment. Sa défense fait valoir que les condamnations par défaut imposeraient à l’Espagne d’obtenir d’Alger la garantie d’un nouveau procès. Si l’Audiencia Nacional autorise l’extradition, le Conseil des ministres conservera le dernier mot.

Interpellé le 25 juillet à l’aéroport de Barcelone, en provenance de Casablanca, Ayoub Aïssiou présentait un passeport diplomatique libérien qu’il dit avoir payé environ 100 000 euros. Le juge Santiago Pedraz avait invoqué le risque de fuite le 15 août pour le maintenir en détention, avant que le parquet ne change de position.

Ce que décrivent les pièces du procès algérien

Les documents judiciaires consultés par Africa Intelligence situent le point de départ en 2017, avec le rachat de la société Les Aciers de l’Ouest à l’homme d’affaires Abdelali Blikaz pour 2,4 milliards de dinars (environ 15,7 millions d’euros), par Groupe Industries Constructions Management (GICM), propriété de la famille Aïssiou. Une partie du prix n’a jamais été réglée et un chèque d’acompte de 100 millions de dinars s’est révélé sans provision. Le vendeur a porté plainte contre Ayoub Aïssiou et ses frères Ibrahim, Abdelkrim et Hamza.

Avec le concours d’un notaire, les frères auraient dissimulé cette dette pour obtenir des prêts de la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), un établissement public. Ces crédits devaient relancer l’aciérie de M’Sila, rebaptisée Casteel, et financer une unité de rond à béton jamais construite, dont l’État a repris le projet en 2024. Pour les juges, une partie de l’argent a été retirée en espèces puis orientée vers d’autres sociétés du groupe. L’usine a ensuite été cédée à un associé, Samir Fneikh, lui aussi condamné.

Multiplication des sociétés fictives

D’après le jugement, une grande partie des 22 sociétés liées à l’homme d’affaires n’avaient pas d’activité réelle. Huit d’entre elles auraient fait sortir plus de 26 millions d’euros entre 2012 et 2018 par des importations fictives ou surfacturées. Les magistrats relèvent aussi un chèque de 50 millions de dinars tiré en 2017 sur les comptes de l’aciérie au profit du Front de libération nationale (FLN), et concluent que les prévenus ont profité de l’« influence de fonctionnaires et d’autorités locales ».

L’enquête, ouverte en 2018 par le parquet de Sidi M’hamed, visait au départ l’origine des fonds ayant permis à Ayoub Aïssiou et à son beau-père, Bachir Ould Zemirli, ancien vice-président de la Fédération algérienne de football, d’acheter des biens à Paris et de lancer la chaîne El Djazairia TV, devenue El Djazairia One.

Les enquêteurs examinent également ses relations avec Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie de 2014 à 2017, réfugié en France, qui lui avait délivré l’agrément d’une usine de montage Ford restée à l’état de projet. Pour suivre l’argent, la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) a sollicité ses homologues de sept pays, dont la France, la Suisse, les Émirats arabes unis et l’Espagne.

Le soupçon de narcotrafic et la bataille des avoirs

Un autre volet est venu s’ajouter avec la révélation d’une dénonciation associant Ayoub Aïssiou à des membres du renseignement marocain et au trafiquant portugais Rúben Oliveira, surnommé « Xuxas », autour de routes de la cocaïne reliant le Brésil et la Guinée-Bissau à l’Europe via le Maroc, Algésiras, les Canaries, Ceuta et Melilla.

Enfin, une extradition ne réglerait pas la question des fonds. La justice algérienne veut retrouver et saisir les actifs liés aux infractions déjà jugées, notamment hors d’Algérie, ce qui passe par des demandes d’entraide propres à chaque pays. L’Espagne en fait partie, alors même que ses magistrats doivent se prononcer sur la remise de l’homme d’affaires. Aucune date n’a été annoncée pour la décision de l’Audiencia Nacional.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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