Abandon des charges contre DSK: les médias africains commentent

Les charges à l’encontre de Dominique Strauss-Kahn ont été abandonnées mardi à la demande du procureur Cyrus Vance. Le magistrat a mis en cause la crédibilité de la plaignante Nafissatou Diallo. Dans les médias africains, la frustration règne.

Grande déception au sein des médias africains après l’abandon mardi des charges contre Dominique Strauss Kahn. Si l’ancien patron du Fonds monétaire international (FMI) n’a pas été reconnu coupable pour les crimes sexuels dont il était accusé, il n’a pas non plus été innocenté. L’ancienne plaignante Nafissatou Diallo, une Guinéenne de 32 ans, voit quant à elle sa réputation considérablement ternie.

« Panel sur l’affaire DSK – Nafisatou Diallo: Déception totale en Guinée« , titre Radio Kankan. « Nafisatou Diallo a perdu le procès. Elle fait honte aux Guinéennes partout dans le monde puisqu’elle a menti », conclut le média sur les propos recueillis d’une étudiante guinéenne. « Affaire DSK: Chantal Colle doutait déjà des arguments de Nafissatou Diallo« , titre Media Guinée.com, qui reprend une interview de Chantal Colle, une femme d’affaire franco-guinéenne, accordée début août au quotidien français La Baule+. La femme d’affaire émet des doutes, point par point, sur la version des faits de Nafisssatou Diallo et n’hésite pas à parler de « manipulation » dans cette affaire. Les médias guinéens sont partagés entre déception et soutien à leur compatriote.

« Libre mais pas innocent »

« JUSTICE : DSK libre mais pas innocent« , titre ce matin Guinée Conakry.info. Le journal qualifie de « déni de justice » la décision de Cyrus Vance d’abandonner les charges contre Dominique Strauss-Kahn sans être « convaincu » de l’innocence de l’homme politique français. Aux yeux de certains « intervenants », cette décision « aurait été dictée notamment par le refus du procureur de risquer de perdre le procès. Ce qui aurait été préjudiciable à sa carrière… politique ! », affirme le quotidien pour qui les mensonges de Nafissatou Diallo, qui ont « provoqué le doute et la décrédibilisation de [ses] propos », étaient « dictées par une condition sociale évidente ».

L’observateur Paalga titrait mardi, « DSK : la justice américaine débande« . Pour le quotidien burkinabè, les « petits arrangements avec la vérité » de Nafissatou Diallo l’ont conduite à sa perte, et voit déjà l’ex-patron du FMI « sauter le champagne » avec famille et amis. « La liberté est acquise, certes, mais l’honneur est loin d’être sauf », prévient le journal qui termine sur une note funèbre : « il se pourrait que la femme de chambre, dans son humiliation, agonise et voit désormais sa vie pourrir et devenir un enfer vécu au quotidien. Elle sait qu’à présent cette affaire désormais classée, et que commence pour elle le pire des cauchemars. Et la question se pose de savoir comment et combien de temps elle l’endurera ».

Les limites de « la justice humaine »

« Peut-être qu’un jour, à la lumière impitoyable des faits passés, on comprendra pourquoi les fausses déclarations d’une immigrée, faites il y a des années, sont considérées plus pertinentes pour la poursuite d’une accusation de tentative de viol, que les bleus vaginaux qu’elle a prétendument subi durant l’agression », s’interroge Mail and Guardian qui reprend un article du quotidien britannique The Guardian intitulé: »Un procès de l’accusateur, pas l’accusé« . « Le passé de Mme Diallo s’est avéré être plus incriminé que Mr Strauss-Kahn, un homme avec la tristement célèbre réputation de prédateur envers les femmes », regrette le journal.

« Dominique Strauss Khan libéré : Quand la justice humaine montre ses limites« , titre le journal sénégalais Walfadjri. « Ils sont nombreux les hommes et les femmes qui ne comprennent pas cette décision de la justice américaine qui vient d’élargir un homme dont la culpabilité épousait les contours d’un secret de polichinelle », écrit le quotidien.« Aujourd’hui, ceux qui jusque-là soutiennent la victime de DSK doivent revenir sur terre, se rendre à l’évidence et comprendre que c’est la justice humaine, avec ses tares, qui vient de s’exprimer, et attendre la justice divine ; celle-là capable de dire la vérité, rien que la vérité… » conclut le journal.