Affaire Nafissatou Diallo: Dominique Strauss-Kahn blanchi

Accusé d’agression sexuelle, Dominique Strauss-Kahn, l’ancien patron du FMI doit retrouver mardi sa totale liberté de mouvement, après l’audience du tribunal de Manhattan qui constatera l’abandon des charges qui pesaient sur lui. Le procureur Cyrus Vance a informé lundi Nafissatou Diallo, la femme de chambre d’origine guinéenne et plaignante, de cette issue. Il a expliqué que les mensonges de celle-ci avait fortement entamé la crédibilité de son témoignage.

Blanchi! Accusé d’agression sexuelle sur Nafissatou Diallo, une femme de chambre de l’hôtel Sofitel de New York, l’ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn (DSK), contraint de rester sur le territoire américain depuis trois mois doit retrouver ce mardi, sa totale liberté de mouvement. C’est en effet l’issue quasi-certaine de la dernière audience relative à cette affaire qui aura lieu dans l’après-midi au tribunal de Manhattan à New York. Cyrus Vance le procureur qui devait porter la charge contre DSK a décidé de jeter l’éponge. Lundi après-midi, il a convoqué Nafissatou Diallo et son avocat Kenneth Thomson pour leur annoncer, au cours d’une réunion qui a duré moins de 12 minutes, qu’il abandonnait les charges retenues contre l’ancien directeur général du FMI.

Dans un mémorandum de 25 pages qu’il a adressé au juge pour justifier sa décision et dont l’essentiel a été publié dès lundi sur Internet, Cyrus Vance explique les incohérences de Nafissatou Diallo, unique témoin à charge dans l’affaire. Les multiples mensonges de celle-ci ont fortement entamé sa crédibilité, rendant sa cause indéfendable, explique-t-il.

Cyrus Vance écrit ainsi que le 14 mai, il y a bien eu un rapport sexuel entre DSK et Nafissatou Diallo, dans la suite 2804 du Sofitel de Time Square à New York. Très rapide, le rapport aurait duré moins de 9 minutes et rien ne permet d’établir avec certitude qu’il a été imposé à la femme de chambre. Le procureur explique qu’aucun éléments de l’expertise médicale, pas même le traumatisme relevé au niveau du vagin de Nafissatou Diallo ne permet d’établir qu’il y a eu viol, cette blessure ayant bien pu être causée par un précédant rapport sexuel consenti, effectué plusieurs jours avant sa rencontre avec Dominique Strauss-Kahn.

Mensonges

Les mensonges de Nafissatou Diallo ont été plus déterminant encore pour faire pencher la balance en sa défaveur. Le procureur explique que la femme de chambre a régulièrement menti tout au long de l’instruction de l’affaire. Il revient sur son échange téléphonique avec un ami incarcéré pour trafic de drogue, à qui elle explique qu’elle sait ce qu’elle fait et que l’affaire lui rapportera beaucoup d’argent. Toutes choses qui ont semé le doute dans l’esprit de Cyrus Vance, lequel a fini par comprendre qu’il ne pourrait pas réussir à convaincre un jury de la culpabilité d’un homme alors que lui-même ne croit plus du tout à la crédibilité de la présumée victime. D’où sa demande au tribunal d’abandonner les charges contre DSK.

Lundi après la brève entrevue avec le procureur Vance, Kenneth Thomson s’est dit profondément déçu. « Le procureur de Manhattan Cyrus Vance refuse le droit à la justice d’une femme victime d’un viol », a-t-il déclaré à la presse. Flairant une issue défavorable, cet avocat et son confrère Douglas Wigdor, l’autre conseil de Nafissatou Diallo avaient demandé, lundi, la récusation du procureur de Manhattan. Ils le jugeaient « biaisé », et souhaitaient la nomination d’un procureur spécial. Ils avaient soumis le mémorandum relatif à leur demande à la Cour suprême de New York, quelques heures avant la réunion entre Nafissatou Diallo et le procureur Cyrus Vance. « En raison des actions du DA (District Attorney), d’abus de confiance, de traitement injuste, d’opinions biaisées et de préjugés, le DA n’a pas la compétence requise pour juger ce cas », écrivaient-ils. Ils affirmaient que Cyrus Vance avait insulté leur cliente et avait fait fuir dans la presse les informations selon lesquelles Nafissatou Diallo serait une prostituée doublée d’une menteuse.

Dommages-intérêts

Leur requête a peu de chance d’aboutir. L’audience de ce mardi sera, selon les spécialistes, une simple formalité. Les services du procureur reprendront les éléments du document de 25 pages transmis au juge, lequel constatera l’abandon des poursuites et classera le dossier. Dominique Strauss-Kahn reprendra son passeport et sera entièrement libre de ses mouvements.

Reste la procédure civile engagée début août par les avocats de Nafissatou Diallo, aux fins d’obtenir des dommages-intérêts. Les avocats de la Guinéenne espérèrent pouvoir profiter de la relative baisse du niveau d’exigence de la fiabilité des preuves dans cette juridiction, pour obtenir gain de cause. Il suffit en effet ici que le jury estime la version de la femme de chambre plus vraisemblable que celle de Dominique Strauss-Kahn, pour accéder à sa demande. C’est visiblement pour augmenter ses chances dans ce sens que les conseils de la femme de chambre ont choisi le tribunal du Bronx, où le jury majoritairement noir et latino pourrait être plus sensible à sa cause. De leur côté, les avocats de Dominique Strauss-Kahn n’entendent pas se laisser faire. Ils veulent se battre jusqu’au bout pour éviter la condamnation de leur client à payer de fortes sommes d’argent à Nafissatou Diallo.