À Thiénaba, les enfants du volant : le quotidien de Doudou, conducteur de tricycle électrique à 14 ans


Lecture 6 min.
Tricycle à Thienaba
Des tricycles à Thienaba

À Thiénaba, les tricycles électriques font désormais partie du paysage. Dans les rues sablonneuses de cette commune située dans la région de Thiès, de nombreux adolescents travaillent chaque jour au transport de passagers et de marchandises. Parmi eux, “Doudou”, 14 ans, conduit un tricycle depuis l’âge de 9 ans. Entre recettes journalières, versements et longues journées de travail, il raconte son quotidien derrière le guidon.

Le soleil est déjà haut sur Thiénaba lorsque Doudou gare son tricycle électrique à l’ombre d’un arbre, à quelques mètres due a route nationale. Le jeune garçon porte un tee-shirt poussiéreux et des sandales usées. À peine descendu de son engin, il essuie son front avec la manche de son vêtement avant de jeter un regard rapide vers la route principale où circulent motos, charrettes et véhicules de transport.

À 14 ans, Doudou fait partie des nombreux adolescents qui conduisent des tricycles électriques dans cette commune située dans la région de Thiès. Ici, les engins à trois roues assurent une grande partie du transport quotidien. Ils transportent des passagers, des sacs de riz, des bidons d’eau, des matériaux de construction ou encore des marchandises destinées au marché hebdomadaire.

« Je commence tôt le matin. Souvent avant 7 heures je suis déjà sur la route », explique-t-il. “Je fais les quartiers, le marché, la gare routière et parfois les villages autour de Thiénaba », poursuit-il. Le jeune conducteur dit exercer cette activité depuis l’âge de 9 ans. « Au début, je regardais les grands conduire. Ensuite, on m’a appris doucement. Après, j’ai commencé à transporter des clients », raconte-t-il. Dans plusieurs quartiers de Thiénaba, les tricycles électriques sont devenus omniprésents.

Une activité devenue courante dans la commune

Les habitants les utilisent pour les déplacements de courte distance et pour le transport de marchandises. Certains conducteurs sont des adultes, mais beaucoup sont des adolescents. Près de la route, plusieurs tricycles stationnent en file indienne. Des jeunes discutent à côté des véhicules pendant que d’autres attendent des clients. Les moteurs électriques produisent un léger bourdonnement lorsqu’ils redémarrent pour rejoindre les ruelles de la commune.

« Il y a beaucoup de jeunes qui font ce travail ici », affirme Doudou. « Certains ont mon âge, d’autres sont plus âgés ». Le jeune garçon dit connaître presque tous les conducteurs du secteur. « On se retrouve souvent aux mêmes endroits. Le matin, on attend les clients sur la route nationale ».”

« Je peux gagner jusqu’à 20 000 francs par jour »

Selon Doudou, les recettes journalières varient en fonction de l’affluence et des courses effectuées. « Quand ça marche bien, je peux avoir entre 15 000 et 20 000 francs dans la journée », dit-il. Le système de fonctionnement repose sur des versements quotidiens destinés au propriétaire du tricycle. « Chaque jour, je dois verser entre 8 000 et 10 000 francs », explique-t-il. Après le versement, le reste constitue son bénéfice quotidien. « Souvent il me reste environ 8 000 francs », affirme le jeune conducteur.

À plusieurs reprises dans la journée, son téléphone sonne. Des clients l’appellent pour transporter des sacs de ciment ou conduire des passagers vers un quartier voisin. « Parfois les gens prennent mon numéro et ils m’appellent directement », dit-il avant de remonter rapidement sur son tricycle. Dans les rues étroites de Thiénaba, Doudou circule avec assurance. Il klaxonne à l’approche des piétons et ralentit devant les étals installés le long des routes sablonneuses.

Un deuxième tricycle acheté après un an

Le jeune conducteur explique que les versements effectués sur le premier tricycle ont permis d’en acquérir un second après environ un an d’activité. « Quand les paiements du premier ont été terminés, un autre tricycle a été acheté », raconte-t-il. Aujourd’hui, le deuxième engin circule également dans la commune. « Il travaille aussi maintenant », dit-il sans donner davantage de détails sur son exploitation.

Dans certains quartiers, plusieurs familles investissent progressivement dans ces véhicules électriques utilisés comme moyen de transport et source de revenus. Les tricycles servent aussi bien pour les courses individuelles que pour les activités commerciales. À proximité du marché, des commerçants chargent des sacs de légumes à l’arrière d’un tricycle avant de rejoindre un autre quartier. D’autres clients montent à plusieurs à bord pour parcourir quelques kilomètres.

De longues journées sur les routes

« Les gens utilisent beaucoup les tricycles ici », explique un habitant rencontré près d’un point de recharge électrique. « Ça transporte tout ». Doudou passe une grande partie de la journée au volant. « Je peux finir tard le soir », dit-il. « Parfois je rentre après 21 heures ». Entre deux courses, il stationne quelques minutes avant de repartir presque aussitôt avec de nouveaux passagers.

La chaleur devient plus lourde à mesure que la journée avance, mais les tricycles continuent de circuler dans les rues de la commune. Le jeune garçon dit connaître les zones les plus fréquentées. « Le matin, il y a beaucoup de monde au marché. Après, il y a les écoles, puis les gens qui vont dans les villages ». Malgré son jeune âge, Doudou affirme avoir l’habitude de circuler dans les rues de Thiénaba.

« Je suis habitué à conduire »

« Je suis habitué à conduire maintenant », dit-il. Au fil des années, il a appris à transporter différents types de chargements. « Je prends des passagers, des bagages, des marchandises. Tout dépend des clients ». Dans la commune, les tricycles électriques sont devenus un élément du quotidien. Ils circulent dès les premières heures de la matinée et jusque tard dans la soirée. Au marché, les conducteurs s’interpellent d’un bout à l’autre de la route pendant que des clients négocient le prix des trajets.

Certains véhicules repartent chargés de sacs de riz, d’autres transportent plusieurs passagers assis côte à côte à l’arrière. Assis quelques instants sur le siège de son tricycle avant de reprendre la route, Doudou regarde les passants défiler devant lui. Son téléphone sonne de nouveau. Un client l’attend dans un quartier voisin. « Je dois y aller », lance-t-il en démarrant son engin avant de disparaître dans les rues sablonneuses de Thiénaba.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
Newsletter Suivez Afrik.com sur Google News