
La 11e Conférence Our Ocean s’est tenue du 16 au 18 juin 2026 à Mombasa, au Kenya, sous le thème « Our Ocean, Our Heritage, Our Future ». Première édition organisée sur le continent africain, ce rendez-vous international a placé au premier plan la protection des océans, la pêche durable, l’économie bleue et la montée en puissance de l’Afrique dans la gouvernance maritime mondiale.
Une première africaine pour Our Ocean
Ville portuaire ouverte sur l’océan Indien, Mombasa a accueilli un sommet à forte charge symbolique. Pour la première fois depuis la création de la Conférence Our Ocean en 2014, l’événement se tenait sur le sol africain. Avec ses 38 États côtiers et insulaires, ses millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives et des populations entières qui vivent de la pêche, du tourisme et du commerce maritime, l’Afrique est, en effet, en première ligne face à l’avenir des océans.
En retenant le thème « Our Ocean, Our Heritage, Our Future », le Kenya a tenu à rappeler que l’océan ne se résume pas à un espace naturel à préserver. Sur la côte swahilie, il porte la mémoire d’échanges anciens, fait vivre des familles, abrite une biodiversité considérable et ouvre des perspectives de développement.
Le sommet, ouvert par le vice-président kényan Kithure Kindiki, a réuni plus de 5 000 participants. Etaient présents des chefs d’État, ministres, scientifiques, représentants des communautés côtières, jeunes responsables, ONG, investisseurs et entreprises. L’ambition affichée était de dépasser les discours pour traduire les engagements en résultats mesurables.
6,4 milliards de dollars d’engagements
À la clôture, plus de 100 gouvernements, entreprises et organisations de la société civile ont annoncé 320 nouveaux engagements, pour un montant d’environ 6,4 milliards de dollars. Ces promesses couvrent la conservation marine, la lutte contre la pollution, l’adaptation au changement climatique, la pêche durable, la sécurité maritime et l’économie bleue.
Pays hôte, le Kenya s’est notamment doté d’un investissement de 200 millions de dollars pour équiper les navires de pêche industrielle opérant dans ses eaux de systèmes de surveillance électronique. Objectif étant de mieux contrôler l’activité en mer, de freiner la pêche illégale et de protéger les ressources dont dépendent les communautés du littoral.
La Banque mondiale a de son côté annoncé vouloir mobiliser un milliard de dollars sur deux ans pour aider les pays en développement à bâtir des économies bleues plus durables et plus résilientes. Dans le détail, les engagements les plus lourds portent sur l’économie bleue durable, la pêche durable et le lien entre océan et climat.
La pêche illégale au centre des débats
L’un des temps forts du sommet a été l’adoption de la Déclaration de Mombasa, par laquelle quinze pays se sont engagés à renforcer la transparence du secteur de la pêche. Parmi les signataires figurent la Belgique, le Cameroun, le Chili, la République dominicaine, la France au titre de ses territoires d’outre-mer, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Panama, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Pérou, la République du Congo, la Somalie et la Corée du Sud. Le texte a été élaboré avec l’appui de la Coalition pour la transparence des pêches et prolonge la Charte mondiale pour la transparence des pêches.
La déclaration appelle à un meilleur accès aux informations sur les navires, leurs propriétaires, leurs licences et leurs activités. Elle vise à mieux suivre les flottes, à réduire les zones d’ombre dans les chaînes d’approvisionnement et à resserrer la coopération entre États. Les pays signataires sont censés appliquer leurs engagements sans attendre, d’autres devant rejoindre l’initiative d’ici à la prochaine édition de la conférence, en 2027.
La pêche illégale, non déclarée et non réglementée prive les États de recettes, fragilise les pêcheurs artisanaux, accélère la surexploitation des stocks et menace la sécurité alimentaire. Les experts évaluent son coût pour l’économie mondiale jusqu’à 50 milliards de dollars par an. Pour beaucoup de pays côtiers, la mer reste pourtant une source majeure de nourritures, d’emplois et de revenus.
Haute mer, climat et aires protégées
La conférence a aussi relancé les discussions autour du traité sur la haute mer, destiné à protéger la biodiversité dans les espaces situés au-delà des juridictions nationales. Son entrée en vigueur constitue une étape importante, mais les participants ont insisté sur l’urgence de passer de la ratification à la mise en œuvre.
L’objectif international de protéger 30 % des terres et des océans d’ici à 2030 demeure largement hors d’atteinte. Une partie des zones protégées n’existe que sur le papier, faute de surveillance, de financement et de gouvernance locale. À Mombasa, plusieurs intervenants ont martelé que les aires marines protégées ne valent que si elles associent les communautés concernées et si elles s’accompagnent de moyens réels.
L’autre priorité concernait le lien entre océan et climat. Mangroves, herbiers marins, récifs coralliens et zones humides côtières jouent un rôle déterminant dans la protection des littoraux, le stockage du carbone et la survie de nombreuses espèces. Leur dégradation expose un peu plus les populations du littoral aux tempêtes, à l’érosion, à la montée des eaux et à l’insécurité alimentaire.
Un sommet rattrapé par la géopolitique
Centrée sur l’action environnementale, la conférence n’a pas pour autant échappé aux tensions diplomatiques. Taïwan a accusé le Kenya d’avoir empêché deux de ses délégués de participer à un événement en marge du sommet, allant jusqu’à les retenir, sous la pression de la Chine. Nairobi a défendu ces refus d’accès en rappelant ne reconnaître qu’une seule Chine, tandis que Pékin saluait cette position.
L’épisode rappelle que la gouvernance des océans ne s’abstrait jamais des rapports de force. Routes maritimes, ressources halieutiques, minerais sous-marins, câbles, ports et zones économiques exclusives nourrissent des rivalités croissantes. Longtemps réduite à un simple espace d’exploitation maritime, l’Afrique entend désormais peser sur les règles du jeu.
Après Mombasa, le défi de la mise en œuvre
L’Afrique a accueilli un grand rendez-vous international et a cherché à y faire valoir ses priorités. Car pour les pays du continent, la protection de l’océan ne se sépare pas des questions d’emploi, d’alimentation, de sécurité et de développement.
Mais le vrai test commence maintenant. Our Ocean repose sur des engagements volontaires, dont la crédibilité dépendra du suivi, de la transparence et de leur traduction sur le terrain. Communautés côtières, pêcheurs artisanaux, jeunes entrepreneurs et scientifiques africains attendent que les promesses de Mombasa deviennent des politiques publiques.





