A la rencontre des Tékés

Au centre de l’Afrique, la culture des Tékés se perpétue encore sous forme traditionnelle. Mais c’est surtout l’ancienneté et l’énigmatique système politique de cette grande civilisation qui fascinent les chercheurs. Histoire d’un peuple mythique.

La civilisation des Tékés, injustement nommés Batékés, s’étend des hauts plateaux gabonais jusqu’aux rives du fleuve Zaïre. Le site  » Les Batékés et leur civilisation » est entièrement dédié à ce peuple mystérieux de l’intérieur des terres qui se considère comme la population autochtone d’Afrique centrale, puisque la tradition orale ne mentionne aucune origine extérieure.

Toutefois, dans leur ouvrage commun, Métallurgie et politique en Afrique centrale, deux mille ans de vestiges sur les plateaux Batékés, l’anthropologue Marie-Claire Dupré et l’archéologue Bruno Pinçon avancent l’hypothèse de l’arrivée des Tékés sur les plateaux qui portent leur nom, au XIIe siècle, date coïncidant avec l’accroissement de la production de fer et d’une nouvelle culture céramique dans la région.

Plusieurs hypothèses

Autre hypothèse : l’évolution d’un système Téké préexistant qui aurait gagné en puissance.

D’autres sources font état d’une immigration antérieure à notre ère, suite à un lent phénomène de pression démographique liée à l’apparition du Sahara dans les régions du Sahel actuel.

Les Tékés auraient donc quitté la région du lac Tchad, pour suivre les rives de l’Oubangui, avant de remonter à la source de la rivière Alima au cours d’un très lent périple, mobilisant peu d’effectifs humains, sans entraîner de grands bouleversements de population.

Ce n’est qu’au XVe siècle que des sources portugaises font état des Ansis – nom que leur donnèrent les populations pygmées, alors sous la domination des Tékés. L’organisation politique des Tékés de l’époque, au sein du royaume de l’Ansicana, est une énigme. Car leur caractéristique semble d’avoir su conjuguer plusieurs systèmes politiques propres aux différents groupes avec un état fort, quoique réduit au plateau de Mbè (siège du royaume).

Mais que l’éclatement du peuple Téké et l’apparente complexité des liens politiques n’abusent point l’Occidental, habitué à confondre puissance et Etat-Nation fortement structuré. Des observateurs portugais du XVIe siècle rapportent que les rois d’  » Anguico  » – autre nom donné au royaume des Ansis – imposaient le respect aux suzerains du Kongo et de l’Angola. Seuls les terribles Ansis étaient à même de lever, en une heure, une armée de 40 000 redoutables combattants, agiles, puissants et organisés à la façon d’une caste guerrière.

L’esclavage ou le début de la fin

Fort du  » soutien  » des Portugais, le roi du Kongo, fraîchement baptisé, part en guerre en 1491 contre les Ansis qu’il considère comme ses vassaux. Mal lui en prit. Non seulement, il ne réussit jamais à mater les récalcitrants, mais soixante ans plus tard, les Tékés et leur roi, l’onkoo, détruiront la capitale du Kongo et tueront deux de ses descendants.

Mais le déjà très ancien royaume pâtira des convoitises issues de ses riches mines de cuivre et, surtout, de l’esclavage qui, au cours de la deuxième moitié du XVIIIe ponctionnera jusqu’à 8000 sujets par an.

En 1880, Pierre Savorgnan de Brazza traverse le pays Téké. Il fait signer à l’onkoo Iloo 1er les  » traités Makoko  » qui placent ses terres sous la « protection » de la France.

Cinq ans plus tard, le traité de Berlin partage le continent entre les diverses puissances coloniales : c’en est fait de l’unité du pays Téké.