A la découverte de la Pompéi numide

Le site archéologique de Timgad étale ses ruines somptueuses au coeur des Aurès. Classée patrimoine mondial par l’Unesco, la ville romaine bâtie au IIème après J-C, est ouverte au public. Elle est devenue un lieu de rendez-vous pour les habitants de la ville moderne.

La lumière d’hiver frôle la pierre. Le soleil rasant caresse les allées pavées, foulées par des groupes de visiteurs pas comme les autres. Aujourd’hui, c’est vendredi, jour de repos pour les habitants de Timgad qui viennent se promener sur le site archéologique de la cité romaine. Plusieurs hectares de ruines ouverts aux pique-niques en famille et aux parties de cache-cache historiques.

A 1070 m d’altitude, sur le versant septentrional de l’Aurès, au sud-est de Batna, celle qu’on surnomme la  » Pompéi numide  » étale encore de beaux restes. A part la basilique du VIIème siècle, les autres ruines datent du IIème siècle après J-C. Les fouilles, de 1881 à 1959, ont mis à jour les restes d’un arc de Triomphe -l’Arc de Trajan -, un forum, une bibliothèque et de nombreuses habitations privées.

Graffitis sans âge

Un couple s’est installé en face des ruines du fort byzantin construit en 639, en haut du théâtre de 4 000 places qui accueille chaque année depuis 1968 un festival de musique. Ils ont étalé sur un tissu de la galette, des dattes et des oranges et s’apprêtent à prendre leur goûter face aux montagnes aux courbes douces et bleutées des Aurès. Deux autres amoureux, perdus dans leurs pensées, se sont assis sur une ancienne fontaine aux couleurs passées, tandis que des grappes d’enfants escaladent les colonnes ébréchées, jouant à se faire peur.

Djamel et Hocine ont gravé leurs noms en français sur le marbre millénaire d’une colonnette. A d’autres époques, d’autres graffitis. Sur l’une des marches qui entourent la place du Forum, on distingue une inscription burinée en latin – avec une faute d’orthographe ! – :  » Chasser, rire, jouer, c’est la vie  » qui laisse deviner les occupations quotidiennes ou les aspirations du graveur clandestin.

14 thermes pour 20 000 habitants

Un jeu de billes est également fixé dans la pierre, terrain de jeux propice pour les jeunes de la cité. Plus loin, c’est la place du marché à ciel ouvert qui accueillait un marché hebdomadaire mais possédait également des magasins fixes. De petites boutiques aux étals qu’on imagine achalandés et dont les enseignes renseignent encore aujourd’hui sur leurs défunts propriétaires : les sarments de vigne gravés signalent le bar du coin ou le débit de boisson. A ses côtés, des marchands de figues, de blé, de melons, de choux, de raisin…

La colonie militaire, établie sur une voie romaine et fondée par l’empereur Trajan en 100 après J-C, est un exemple parfait de l’urbanisme de la Rome antique à son apogée avec une enceinte carrée, un plan orthogonal et deux voies perpendiculaires traversant l’agglomération. Elle possédait deux nécropoles (au nord et au sud), des latrines publiques, des égouts et une alimentation en eau par le biais de canalisations en terre cuite. L’eau courante est apparue dès le IIIème siècle alors que la ville comptait 20 000 habitants. On dénombre 14 thermes sur lesquels la végétation a repris ses droits. A l’entrée de l’un de ses principaux lieux de détente : un solarium puis une salle de gymnase et un vestaire.

Patrimoine mondial

Les Romains étaient friands de sauna et passaient généralement de cette salle chaude à un bain d’eau froide, avant de se faire masser à l’huile d’olive parfumée (lavande, romarin, ou peut-être les deux…). Le sol des thermes était recouvert de mosaïques, découvertes dans un parfait état de conservation et exposées dans le musée, à l’entrée du site.

Le long de l’allée qui mène à l’arc de Trajan, les pavés ont conservé la trace puissante du passage des chars. Au coeur de cinq siècles de trafic commercial, vers la Mauritanie, la Tunisie, ou Constantine, plus au nord, la ville va décliner en même temps que l’Empire romain et souffrir des invasions des Vandales et des Byzantins. Elle a été classée patrimoine mondial par l’Unesco en 1982. Alors qu’à l’est, les constructions modernes hérissées de paraboles la rappellent à son présent, Timgad n’a toujours pas fini de révéler son passé : à l’ouest de l’Arc, il reste encore plusieurs quartiers à fouiller. Soit un quart des ruines.

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