
Il est un peu plus de neuf heures du matin au marché de Castors. Dans les allées étroites, les étals débordent de légumes, de condiments, de viande et de poisson. Les clients marchandent, les commerçants interpellent les passants, les charretiers se frayent difficilement un chemin. Mais derrière cette animation habituelle, une même préoccupation revient dans les conversations : la hausse généralisée des prix. À Castors comme à Sandaga, les consommateurs disent avoir de plus en plus de mal à remplir leurs paniers.
A Dakar,
La vie devient de plus en plus chère au Sénégal. La ménagère crie au scandale face à une hausse vertigineuse des prix des denrées, notamment celles de première nécessité. D’ailleurs, des appels à manifester sont lancés un peu partout dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, pour appeler l’État à réagir et faire baisser les prix dont la hausse ne s’explique pas. Afrik.com a fait le tour de deux marchés principaux de Dakar pour recueillir quelques avis. Le constat est le même : les prix flambent sans que cela ne s’explique.
La viande franchit la barre des 5 000 francs
Avec le même billet de 10 000 francs CFA, expliquent-ils, on repart aujourd’hui avec beaucoup moins de produits qu’il y a quelque temps. « Avant, avec 10 000 francs, je pouvais acheter de la viande, des légumes, de l’oignon et quelques condiments. Maintenant, il faut presque le double pour avoir la même quantité », témoigne Awa Ndiaye, vendeuse de vêtements, rencontrée devant un étal de légumes au marché Castors. Pour cette mère de famille, le problème ne concerne plus seulement quelques produits. « Tout a augmenté. Même les petites choses qu’on achetait sans trop réfléchir sont devenues chères », déplore-t-elle.
Chez les bouchers, la hausse du prix de la viande est particulièrement visible. Le kilogramme qui se négociait autour de 4 000 francs CFA est désormais proposé à environ 5 000 francs. Mamadou Diop, boucher depuis une quinzaine d’années à Castors, explique que les consommateurs sont les premiers à subir cette situation. « Nous aussi, nous constatons la hausse. Le prix auquel nous achetons la viande augmente, et nous sommes obligés de répercuter une partie sur le client. Mais le problème, c’est que le client n’a pas forcément les moyens de suivre », explique-t-il.
Le persil, symbole d’une inflation ressentie au quotidien
Devant son étal, un client hésite avant de demander une petite quantité. « Avant, je venais prendre un kilogramme sans trop calculer. Aujourd’hui, je demande d’abord le prix. Si c’est 5 000 francs, je prends moins », raconte Ibrahima Fall, chauffeur de taxi. Pour lui, cette réduction des quantités est devenue une stratégie quotidienne. « On ne peut pas arrêter de manger, donc on réduit les portions. C’est ça, la réalité ». Quelques mètres plus loin, les condiments donnent eux aussi une idée de la flambée des prix.
Le persil, vendu auparavant autour de 500 francs CFA la quantité habituelle, est cité par plusieurs consommateurs comme l’un des exemples les plus frappants de la hausse. « Regardez le persil ! Ce qu’on achetait à 500 francs peut maintenant nous coûter jusqu’à 5 000 francs selon la quantité et le conditionnement. C’est devenu incroyable », s’exclame Fatou Sarr, restauratrice. Pour cette dernière, qui prépare chaque jour des repas destinés à ses clients, l’augmentation des condiments et des légumes a des conséquences directes sur son activité.
L’oignon passe de 300 à 800 francs le kilogramme
« Quand les prix augmentent, je dois choisir entre augmenter mes prix ou réduire ma marge. Mais si j’augmente trop, les clients vont partir. C’est un véritable casse-tête », explique-t-elle. Elle dit avoir déjà réduit certaines quantités utilisées dans ses plats. « On essaie de faire avec moins. Mais à force de réduire, la qualité peut aussi être affectée ». À Sandaga, les étals d’oignons attirent les ménagères. Ici aussi, la hausse est au cœur des discussions. Selon plusieurs consommateurs interrogés, le kilogramme d’oignon qui pouvait coûter environ 300 francs CFA se vend désormais autour de 800 francs.
Marième Ba, ménagère, tient son sac d’une main et son téléphone de l’autre. Elle vient de faire quelques achats. « Je viens d’acheter de l’oignon, de la tomate et quelques légumes. Rien qu’avec ça, j’ai déjà dépensé une somme importante. Avant, je pouvais remplir le panier avec beaucoup moins », dit-elle. Elle raconte avoir modifié ses habitudes. « Avant, je pouvais acheter plusieurs kilogrammes pour la semaine. Maintenant, j’achète au jour le jour ou en petite quantité. On ne peut plus faire les provisions comme avant ».
L’huile, autre dépense incontournable
La hausse des prix touche également les autres légumes. Tomates, carottes, pommes de terre et autres produits maraîchers connaissent, selon les périodes et les arrivages, des variations que les consommateurs ressentent directement. À quelques mètres des vendeurs de légumes, les bidons et bouteilles d’huile sont alignés sur les étals. Là encore, les consommateurs dénoncent une hausse. Le litre d’huile qui coûtait environ 1 400 à 1 500 francs CFA est désormais vendu autour de 1 700 à 1 800 francs.
Pour Cheikh Mbaye, étudiant et livreur à temps partiel, cette augmentation pèse particulièrement sur les ménages qui cuisinent quotidiennement. « Quand tu fais les courses avec un budget limité, chaque 200 ou 300 francs compte. L’huile, le riz, l’oignon, la viande : quand tout augmente en même temps, le budget explose », explique-t-il. Selon lui, la conséquence est visible dans les foyers. « Beaucoup de familles réduisent les quantités ou changent les menus. On mange ce qui coûte le moins cher ».
Le poisson n’échappe pas à la hausse
Du côté des vendeurs de poisson, le constat est similaire. Le traditionnel tas de poisson qui pouvait être acheté autour de 2 000 francs CFA se négocie désormais entre 3 500 et 4 000 francs, selon les espèces et la quantité. Ousmane Seck, mareyeur, affirme que plusieurs facteurs peuvent expliquer les variations de prix. « Le prix dépend de l’arrivage, de la disponibilité du poisson, du transport et de plusieurs autres charges. Quand les coûts augmentent en amont, cela finit forcément par se ressentir au marché », explique-t-il. Mais pour les consommateurs, l’explication importe finalement peu : le constat reste le même, le panier coûte plus cher.
« Avant, avec 2 000 francs, je pouvais acheter un tas de poisson pour la famille. Aujourd’hui, il faut prévoir presque le double », regrette Khady Touré, vendeuse de fruits. À la sortie du marché de Sandaga, les témoignages se ressemblent. Certains consommateurs parlent d’une véritable course contre la hausse des prix. Abdoulaye Sy résume le sentiment de nombreux Dakarois : « On travaille, mais on a l’impression que notre argent perd de sa valeur. Les revenus ne montent pas au même rythme que les dépenses ».
Une cherté de la vie qui se mesure dans le contenu des paniers
Ce mécanicien de profession estime que les familles doivent désormais établir des priorités très strictes. « Avant, on pouvait faire quelques achats supplémentaires. Maintenant, on prend seulement l’essentiel. Si la viande est trop chère, on prend du poisson. Si le poisson est cher, on cherche autre chose. Mais aujourd’hui, même les alternatives deviennent chères », peste-t-il. Entre Castors et Sandaga, les commerçants continuent pourtant leur activité, dans l’espoir de maintenir leurs ventes malgré la pression sur les prix.
Mais derrière les étals colorés et le ballet incessant des clients, une réalité s’impose : la cherté de la vie n’est plus seulement une question de statistiques. Elle se mesure désormais dans le contenu des paniers, la taille des portions et les choix faits chaque jour dans les ménages. À Dakar, du marché de Castors aux ruelles animées de Sandaga, les consommateurs le répètent : avec le même budget qu’hier, ils repartent aujourd’hui avec beaucoup moins. Et pour beaucoup, la question n’est plus de savoir si les prix ont augmenté, mais jusqu’où cette hausse ira, et surtout, comment les familles pourront continuer à faire face.




