
Le 25 mai 1963, l’Organisation de l’unité africaine voyait le jour à Addis-Abeba sous l’impulsion de dirigeants africains marqués par les stigmates du colonialisme. Soixante-trois ans plus tard, l’Union africaine commémore cette date fondatrice à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine cherche à transformer le rêve panafricain en réalité économique. Entre acquis et défis persistants, l’heure est au bilan.
Le 25 mai 1963, à Addis-Abeba, des dirigeants africains encore marqués par les stigmates du colonialisme créaient l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’Union africaine (UA). À l’heure où cette institution célèbre son 63e anniversaire, à travers la Journée de l’Afrique, le moment est venu de dresser un bilan critique et de répondre à cette question : où en est aujourd’hui le rêve d’intégration porté par les pères fondateurs ?
Alors que les frontières héritées de Berlin continuent de fragmenter le continent africain, on peut se réjouir de voir une Afrique débarrassée de la colonisation directe, un souhait formulé par les pionniers de 1963 et bâti au prix de luttes acharnées. Mais une fois cette domination extérieure écartée, un autre défi s’impose, celui de transformer cette liberté politique en liberté réelle de mouvement, de commerce et d’investissement.
L’esprit d’Addis-Abeba de 1963 survit aujourd’hui à travers la volonté de faire tomber les barrières invisibles qui séparent encore les peuples du continent. Les voyages restent souvent pénibles, les démarches administratives complexes, et le commerce entre deux pays voisins peut parfois se révéler plus difficile qu’avec le reste du monde, comme l’a rappelé à plusieurs reprises le milliardaire nigérian Aliko Dangote.
La ZLECAf, fer de lance d’un panafricanisme économique
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), conçue comme l’un des projets phares de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, représente aujourd’hui l’une des concrétisations les plus ambitieuses du panafricanisme économique. Cette célébration placée sous le thème « 63 ans d’unité, d’intégration et de développement » trouve ainsi une résonance particulière.
La ZLECAf ambitionne de connecter près de 1,3 milliard de consommateurs, de stimuler l’industrialisation locale, de créer des emplois pour la jeunesse et de réduire la dépendance extérieure du continent. Des institutions comme Afreximbank entendent accompagner cette dynamique en soutenant les grands projets structurants nécessaires à l’intégration économique africaine.
Mais les dirigeants africains devraient garder une chose à l’esprit : pour que ce marché unique devienne une réalité tangible, les États devront dépasser les réflexes protectionnistes, accélérer le développement des infrastructures transfrontalières et faciliter la libre circulation des biens, des personnes et des services. Mention spéciale, de ce point de vue, à certains pays qui ont déjà franchi le pas, ou qui commencent à leur emboîter le pas, de Kigali à Accra, de Lomé à Brazzaville.
Un appel à la jeunesse africaine
Alors que plusieurs États africains laissent passer la Journée de l’Afrique sans grande célébration ni véritable débat public, un appel doit être lancé à la jeunesse africaine. Une génération qui n’a certes pas connu la colonisation, mais qui hérite aujourd’hui d’une responsabilité immense : bâtir un continent fort, intégré et réellement maître de son développement.
L’unité africaine n’est pas, et ne saurait être, une option. Elle est devenue une nécessité de survie collective dans un monde structuré par de grands blocs économiques, technologiques et géopolitiques. C’est ainsi que doit résonner aujourd’hui le message d’Addis-Abeba du 25 mai 1963 dans l’esprit de la jeunesse africaine.
Honorer la mémoire des pères fondateurs, ce n’est pas seulement célébrer leur héritage. C’est aussi s’emparer des outils pour briser définitivement les barrières qui freinent encore le continent. Soixante-trois ans après Addis-Abeba, l’intégration africaine demeure une œuvre inachevée. Mais elle reste, plus que jamais, l’une des conditions de la puissance africaine de demain.



