5 octobre 1987-15 octobre 2026 : le Burkina n’a pas oublié Thomas Sankara


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Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo faisant un dépôt de gerbes
Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo faisant un dépôt de gerbes

Trente-neuf ans après l’assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons, le Burkina Faso leur a rendu hommage ce jeudi 15 octobre 2026. Au Mémorial Thomas Sankara, à Ouagadougou, la cérémonie a ravivé le souvenir d’un dirigeant dont les idéaux continuent de marquer la vie politique burkinabè et les imaginaires africains.

Le temps passe, mais le 15 octobre demeure une date douloureuse dans l’histoire du Burkina Faso. Ce jeudi, les autorités burkinabè se sont retrouvées au Mémorial Thomas Sankara, sur les lieux mêmes où le Président révolutionnaire et douze de ses compagnons ont été assassinés en 1987. Trente-neuf ans après ce drame, la nation burkinabè leur a consacré une journée de commémoration et de recueillement, conformément à la loi du 9 janvier 2026 instituant notamment des journées dédiées à la mémoire nationale.

La cérémonie officielle s’est déroulée sous la présidence du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, représentant le capitaine Ibrahim Traoré. Dépôt de gerbes de fleurs au pied de la statue de Sankara, minute de silence, salves de 21 coups de canon et défilé militaire ont rythmé cet hommage.

Un héritage qui dépasse les frontières

Dans le message du Président du Faso, lu par le Premier ministre, le souvenir de Thomas Sankara ne doit pas se limiter à la tristesse. « Nous ne commémorons pas seulement une date, nous affirmons 39 ans après que la voix qui fut brisée ce jour-là n’a jamais cessé de porter », a déclaré Jean Emmanuel Ouédraogo. Le message a également appelé les Burkinabè à rester vigilants face aux divisions et à poursuivre le combat attribué au père de la Révolution d’août 1983.

La statue de Thomas Sankara
La statue de Thomas Sankara

Arrivé au pouvoir en 1983, Thomas Sankara avait défendu une vision fondée sur la souveraineté, la justice sociale et l’émancipation. Sa volonté de rompre avec certaines dépendances extérieures, son discours contre les privilèges et son engagement en faveur des populations modestes lui ont valu une place particulière dans l’histoire politique africaine. Son héritage fait aujourd’hui l’objet d’une attention renouvelée. Inauguré en mai 2025, le mausolée dédié à Sankara et à ses douze compagnons matérialise cette volonté de préserver leur mémoire. Le Mémorial accueille aussi des cérémonials militaires réguliers destinés à transmettre leur histoire aux nouvelles générations.

« Le Burkina Faso de 2026 n’est pas celui de 1987 »

Dans son message, le Président Ibrahim Traoré a également adressé une mise en garde à ceux qu’il considère comme des adversaires de la nation burkinabè. Par la voix du Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, il a lancé : « Il est temps que ceux qui travaillent à nous diviser comprennent que le Burkina Faso de 2026 n’est pas celui de 1987 ». Cette déclaration fait écho au contexte sécuritaire et politique que traverse le pays, confronté à la menace terroriste et à de profondes tensions. En invoquant la rupture entre le Burkina Faso de 1987 et celui d’aujourd’hui, le chef de l’État entend afficher une nation qui revendique davantage de souveraineté et de détermination face aux pressions extérieures comme aux divisions internes.

Le message est aussi politique : les autorités actuelles cherchent à inscrire leur action dans la continuité du combat de Thomas Sankara, tout en présentant le Burkina Faso comme un pays qui ne se laissera plus fragiliser par ceux qui menacent son unité. Reste que cette unité, souvent invoquée dans les discours officiels, devra également se consolider sur le terrain, par la sécurité, la cohésion sociale et la confiance entre les citoyens.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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