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Maroc : Mohammed VI tacle Benkirane et réhabilite l’enseignement
Le Premier ministre marocain Abdelilah Benkirane et le roi Mohammed VI

Après avoir taclé le Premier ministre Abdelilah Benkirane, lors du discours à la nation du 20 août, le roi du Maroc, Mohammed VI, a décidé de reprendre en main le dossier de l’enseignement.

Rien ne va plus entre Mohammed VI et son Premier ministre, l’islamiste Abdelilah Benkirane. Le gouvernement Benkirane II n’est même pas encore connu que le chef du gouvernement signe un nouvel échec, cette fois-ci en matière d’éducation. Lors du discours à la nation prononcé le 20 août dernier à l’occasion du 60e anniversaire de la révolution du roi et du peuple, le monarque a imputé à Benkirane les nombreux problèmes qui handicapent la mise en place d’un enseignement efficace. Traditionnellement réservée à la commémoration du 20 août 1953, le roi a cette année quasiment entièrement consacré son allocution à l’éducation. Un dossier sensible au Maroc où 30% de la population ne sait ni lire, ni écrire.

Mohammed VI reproche à Benkirane d’être à l’origine de tous les maux affligés au système éducatif dans le royaume. Le souverain a dénoncé les « calculs politiciens et la polémique stérile » qui ne font que retarder la mise en œuvre d’une réforme profonde et l’élaboration d’une feuille de route solide.

Benkirane « retarde » le système éducatif

D’après le souverain chérifien, le gouvernement Benkirane retarde profondément la réforme du système d’enseignement et de formation. Il accuse Benkirane et son ministre de l’éducation Mohamed el Ouafa d’avoir marginalisé le Plan d’urgence pour l’enseignement, mis en place par le précédent gouvernement El Fassi (Istiqlal). « Pire encore, sans avoir impliqué ou consulté les acteurs concernés, l’on a remis en cause des composantes essentielles de ce plan, portant notamment sur la rénovation des cursus pédagogiques, le programme du préscolaire et les lycées d’excellence », s’est indigné Mohammed VI. Ce dernier est en rogne contre les changements intempestifs de la langue d’enseignement dans les matières scientifiques, qui passe de l’arabe dans le primaire et le secondaire à des langues étrangères dans l’enseignement supérieur. Ces changements ont selon lui de graves conséquences sur les acquis et le niveau des étudiants sur plusieurs générations. Sans concession, Mohammed VI donne le coup de grâce en affirmant que Benkirane a transformé les instituts marocains en véritables « usines à chômeurs ».

Mohammed VI veut réhabiliter l’enseignement public

Le roi du Maroc est critique à l’encontre d’un Benkirane qui a ces derniers temps passé une bonne partie de son temps à jouer au chat et à la souris avec le dirigeant du parti de l’Indépendance (Istiqlal), Hamid Chabat. Mohammed VI a rappelé à ses sujets que l’éducation nationale doit sortir de toute rivalité politicienne et ne pas être « enserrée dans un cadre politique stricto sensu ».

Mohammed VI regrette que des familles marocaines soient obligées d’envoyer leurs enfants à l’étranger ou dans le privé pour leur garantir une éducation de qualité, parfois au prix d’énormes sacrifices financiers. Ainsi, le chef de l’Etat du royaume reprend en main le dossier de l’enseignement et entend réhabiliter l’enseignement public, à commencer par une « révolution linguistique ». Il souhaite que les étudiants marocains apprennent une langue compatible avec la réalité du terrain. Alors que les diplômés sont sur les bancs des chômeurs, les métiers manuels ont la côte. Les Marocains ayant suivi une formation spécialisée ont plus de chance de s’insérer dans la vie active.

Le ministre de l’Education dans le collimateur de Mohammed VI

Mohamed El Ouafa ne devrait plus être ministre de l’Education dans le gouvernement Benkirane II, qui doit être formé à la rentrée politique prochaine. L’actuel ministre de l’Education nationale a enterré, fin juillet 2012, le Plan d’urgence mis en place par le précédent gouvernement. Mohammed VI regrette que « les efforts nécessaires n’ont pas été entrepris pour consolider les acquis engrangés dans le cadre de la mise en œuvre de ce plan ».

El Ouafa avait affirmé, devant la Commission de l’Enseignement, Culture et Communication à la Chambre des représentants, que ce programme coûtait aux finances de l’Etat plus de 3,3 milliards de dirhams, pour de maigres résultats. Des conclusions que ne partagent pas Mohammed VI qui déplore que « sans avoir impliqué ou consulté les acteurs concernés, on a remis en cause des composantes essentielles de ce plan, portant notamment sur la rénovation des cursus pédagogiques, le programme du préscolaire et les lycées d’excellence ».

Le souverain marocain a pressé le gouvernement à accélérer l’adoption des textes relatifs au nouveau Conseil supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche scientifique prévu par la Constitution. Dans l’attente d’un nouveau bureau, Mohammed VI a chargé le professeur Omar Azziman, par ailleurs conseiller du roi, d’en assurer la présidence.

Le double-jeu de Mohammed VI

Les détracteurs de Mohammed VI ne comprennent toujours pas le discours du roi. A l’instar du journal d’opposition, Demainonline.com, qui écrit : « Comme si le souverain qui règne et gouverne, ne l’oublions pas, était étranger au marasme du secteur de l’éducation au Maroc ». Les journalistes de quotidien satirique en ligne estiment que le gouvernement d’Abbas El Fassi (2007 – 2011), qualifié de « super-nul Premier ministre », n’était pas un exemple à suivre.

Le journal en ligne est très critique à l’égard de Mohammed VI et l’accuse de cacher des milliards à l’étranger plutôt que de les investir au Maroc. « A part les blagues salaces, Benkiki (Benkirane, ndlr) est nul en matière de gouvernance, mais au moins il n’est ni riche, ni trop incompétent pour gracier des pédophiles et des trafiquants de drogue. Et si « Sidna » (Mohammed VI, ndlr) partageait avec son peuple les milliards qu’il tient cachés à l’étranger, pour soulager « les difficultés sociales ou matérielles que connaissent certaines catégories de la population ? Et cessait un peu de gracier des criminels de haut vol ? », conclut Demainonline.com, qui fait notamment référence à l’affaire « Danielgate ».



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