Crise politique au Maroc : Hamid Chabat aura-t-il gain de cause ?

Le roi du Maroc n’est pas d’accord avec la décision prise par l’Istiqlal de quitter la coalition gouvernementale dans laquelle le PJD est majoritaire. Mohammed VI exhorte Hamid Chabat et ses ministres à rester au gouvernement. Coup de bluff ou réelle détermination ? Que revêt cette annonce ?

Hamid Chabat touche au but. Le patron du parti historique de l’Istiqlal a joué sa dernière carte samedi dernier en annonçant le retrait de son parti du gouvernement dans lequel le parti islamiste, Justice et Développement (PJD), détient la majorité. Une décision que le roi Mohammed VI, qui s’impose comme principal médiateur de cette crise politique, n’accepte pas. Il a contacté Hamid Chabat pour l’exhorter à maintenir l’Istiqlal au sein du gouvernement.

L’annonce du Secrétaire général de l’Istiqlal a fait l’effet d’un coup de tonnerre au Maroc, ouvrant la voie à un remaniement, voire à des législatives anticipées. Et si tout cela n’était qu’un coup de bluff joué par Chabat pour remplacer les ministres istqlaliens du clan El Fassi, nommé par son prédécesseur, par des membres de son clan ? Cette exigence, le patron de l’Istiqlal la formule à Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement, depuis son élection à la tête du parti conservateur.

Pour Abdelwahed Radi, actuel président de l’Union interparlementaire et ancien Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (UFSP), « l’heure n’est pas à la politique-fiction ». Ce responsable politique dit ne pas être « au courant des tractations entre Abdelilah Benkirane et Hamid Chabat » mais il affirme qu’une telle décision de se retirer du gouvernement était « impossible auparavant ». « Les choses ne se passent plus comme avant, preuve que les pouvoirs du Premier ministre ont été extrêmement renforcés depuis la mise en oeuvre de la nouvelle Constitution. Avant, il était impensable de se retirer du gouvernement. » Hamid Chabat profiterait-il donc de cette situation pour imposer son équipe au gouvernement ? Abdelwahed Radi nous a en tout cas fait comprendre que la politique exercée au Maroc est ni plus ni moins que « l’application de la nouvelle Constitution ». Les règles du jeu ne seraient donc pas respectées par le premier homme de l’Istiqlal.

Un scénario prévisible

Mohammed VI doit trancher. D’un côté, demander à Chabat de rester au gouvernement : une mission facile à accomplir, car il s’agirait indirectement d’un ordre, et les ordres du roi ne sont pas négociables. De plus l’Istiqlal est le premier supporter de la monarchie. De l’autre, inviter Abdelilah Benkirane à négocier avec Hamid Chabat. Au final, les deux partis n’ont pas le choix. Les pourparlers sont ouverts. Résultat : Chabat imposera ses cinq ministres en remplacement des ministres de son prédécesseur, Abbas el Fassi, l’Istiqlal restera au gouvernement et Benkirane fermera la voie à une crise politique majeure, le tout sous l’impulsion de Mohammed VI.

Dans tous les cas, « il faut gérer cette crise ». « Les acteurs concernés, à savoir le Premier ministre, le Secrétaire général de l’Istiqlal et le souverain agissent en ce sens », conclut le président de l’Union interparlementaire. Toutes les possibilités sont cela dit à envisager. Dans le cas où les négociations échoueraient, la Constitution garantit la formation d’une nouvelle majorité ou des législatives anticipées.

Ces derniers temps, Hamid Chabat avait multiplié les sorties médiatiques, attaquant directement Abdelilah Benkirane, à la fois son principal allié et son principal ennemi. Il le juge incapable à résoudre la crise économique et sociale qui touche le royaume. Les deux hommes peinent à trouver un terrain d’entente depuis l’élection en septembre 2012 de Chabat à la tête du parti historique de l’indépendance. L’Istiqlal est depuis novembre 2011, date à laquelle le PJD a remporté un succès historique aux législatives, la deuxième force politique du pays. Ne disposant toutefois pas de la majorité, le parti islamiste avait dû former une coalition hétéroclite au sein de laquelle figurent l’Istiqlal, le Mouvement populaire (MP) et le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS).