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Qui a tué Thomas Sankara ?
Au 21ème anniversaire de la mort du leader burkinabé, le mystère reste entier sur les conditions de son assassinat. Le Burkina Faso célèbrera, le 15 octobre, le 21ème anniversaire de l’assassinat de son leader le plus emblématique, Thomas Sankara. Chef d’Etat du Burkina Faso de 1983 à 1987, il incarna la révolution burkinabé, luttant contre l’impérialisme des puissances coloniales. Il fut assassiné le 15 octobre 1987 dans des circonstances encore non élucidées. Les soupçons portent lourdement sur l’actuel président du pays, Blaise Compaoré, ancien ami et successeur de Thomas Sankara à la tête de l’Etat.

Qui a tué Thomas Sankara ? Vingt-et-un ans après la disparition du leader révolutionnaire, la justice burkinabé n’a toujours pas rendu son verdict et aucune explication officielle n’a été proposée. Thomas Sankara a été assassiné à l’âge de 37 ans, avec une dizaine de ses camarades, lors du coup d’Etat qui a porté au pouvoir son ancien ministre de la justice et deuxième homme du régime, l’actuel président Compaoré.

Alors que la famille de l’ancien chef d’Etat accuse l’actuel président Blaise Compaoré d’être derrière ce complot, les autorités burkinabé ont toujours démenti ces accusations. Dès 1997, la CIJS, Campagne internationale justice pour Sankara, a entamé au nom de la veuve et des enfants de Sankara, une procédure judiciaire auprès du Burkina. Déboutée par les institutions juridiques burkinabé, la CIJS, regroupement d’avocats autour de la famille Sankara, s’est ensuite tournée, dès 2002, vers le Comité des droits de l’Homme de l’ONU. Trois ans plus tard, en 2005, le Comité a rendu un verdict historique et sans précédent déclarant que « le refus de mener une enquête sur la mort de Thomas Sankara, la non-reconnaissance officielle du lieu de sa dépouille, et la non-rectification de l’acte de décès, [qui faisait mention d’une « mort naturelle », constituaient] un traitement inhumain à l’égard de Mme Sankara et ses fils. » Victoire pour la CIJS qui n’avait demandé que la reconnaissance du lieu de sépulture ainsi qu’une compensation financière. Le Comité est allé plus loin que prévu redonnant espoir à la famille et à l’association.

Pourtant l’ONU fait aujourd’hui marche arrière. Le Burkina Faso a versé des indemnités minimes à la famille, le lieu de sépulture n’est toujours pas prouvé et l’érection d’une statue à sa mémoire se fait attendre. Le mot « naturelle » a été ôté de l’acte de décès mais la procédure d’enquête sur la mort de Sankara n’a jamais été ré-ouverte. Le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies a pourtant reconnu en avril 2008 que l’Etat du Burkina Faso avait rempli ses exigences avec satisfaction.

« Il s’agit clairement d’une régression. L’ONU a voulu réhabiliter Blaise Compaoré »

Dans un entretien accordé à Afrik.com, Bruno Jaffré, biographe de Thomas Sankara, a déclaré : « George Bush a adoubé Blaise Compaoré ». Selon lui, le volte-face de l’ONU n’est pas sans lien avec le récent rapprochement des Etats-Unis et du Burkina Faso. Formation de soldats burkinabé en échange de dénonciation de membres d’Al Quaida sur le sol du Burkina ; renforcement de l’influence américaine au Burkina contre le véto des Etats-Unis au Conseil de sécurité sur l’affaire Sankara, telle est la thèse défendue par les détracteurs du président Compaoré. Bruno Jaffré va jusqu’à faire du Burkina Faso une arrière base américaine de surveillance des agissements des Touaregs au Mali et au Niger.

En faisant obstruction à une éventuelle procédure judiciaire, le régime de George Bush aurait trouvé un moyen de contrer l’influence de la France en Afrique francophone et de maintenir l’opacité sur les responsables de ce crime.

Alors que la culpabilité de Blaise Compaoré dans le crime de son ancien ami et successeur faisait l’unanimité depuis longtemps, la communauté internationale se rétracte aujourd’hui. Lobbying diplomatique autour de l’actuel président ? Aucune poursuite judiciaire n’est en tous cas engagée à ce jour pour son soutien au Libéria dans la guerre sierra léonaise. Il aurait en effet livré sans état d’âme Charles Taylor, ex-chef d’Etat du Liberia, à la Cour Pénale Internationale en 2004.

Alors que le vingtième anniversaire de la mort de Sankara avait rassemblé les foules à Ouagadougou, on attend beaucoup de monde cette année également. L’engouement récent pour Thomas Sankara serait dû, selon Bruno Jaffré, à son charisme et son intégrité. « On pouvait croire en cet homme pour construire son pays, il disait ce qu’il faisait ». Surnommé le « Che Guevara africain », il attire encore aujourd’hui la jeunesse autour du mythe qu’il a édifié.

Lire aussi :

- Sankara ou le mythe burkinabé
- Discours de Thomas Sankara devant l’Assemblée Générale des Nations Unies
- Thomas Sankara, un mythe toujours vivant
- Déclaration de Mariam Sankara

Consulter aussi :

- Le site consacré à Thomas Sankara



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