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dossier : Virginité

France - Pan Afrique - Justice - Religion
« Mahomet s’était lui-même marié à des femmes non vierges »
Micro-trottoir : réactions à l’affaire du mariage musulman annulé en France. L’annulation par la justice d’un mariage musulman pour cause de non-virginité de la femme fait grand bruit en France. Afrik.com a recueilli diverses opinions sur la question, en interrogeant dans les rues de Paris des français d’origine africaine.

Mariage annulé. La sentence est tombée en avril dernier et continue d’alimenter une forte polémique. Le Tribunal de Grande Instance de Lille, en France, a reconnu l’invalidité de l’union contractée par deux époux, au motif que le mari avait été dupé. Il pensait sa femme vierge, elle ne l’était pas. Question de confiance, de principes religieux, les raisons de l’annulation ont fait débat dans la presse et dans l’opinion publique ces jours derniers. Si bien que la ministre de la Justice a ajouté de l’eau au moulin du scandale hier en se rétractant sur sa position qui jusque-là soutenait la décision des magistrats. Au sein de la classe politique les avis sont, comme dans la rue, partagés.

Thondy, 24 ans, français d’origine sénégalaise :

« A mon avis, cette décision n’est pas justifiée, elle est beaucoup trop radicale. Je ne sais pas ce qui a le plus dérangé le jeune homme : la non-virginité de sa femme ou le mensonge. Si c’est cette dernière raison, je peux comprendre car son mariage partait sur de très mauvaises bases s’il ne pouvait pas avoir confiance, dès le début, en sa femme. Mais je pense quand même que son choix a été motivé par de mauvaises raisons. C’est sa fierté masculine qui a été touchée, et en 2008 je trouve cette attitude déplacée ! Il aurait dû lui donner l’occasion d’en parler avant. »

Anne-Marie, 57 ans, française d’origine haïtienne :

« Cette annulation a été prononcée trop vite, le lendemain même du mariage. Je pense que c’est une mauvaise chose et que l’époux aurait dû prendre le temps de réfléchir. S’il avait choisi cette épouse c’est qu’elle devait bien lui convenir. En plus, cette histoire a fait beaucoup de bruit, et c’est un mal pour les deux familles, qui n’avaient surement pas envie de cette publicité. Le mieux aurait été un arrangement à l’amiable entre les deux familles. Par contre, je comprends la démarche du jeune homme, je pense qu’un mariage est basé sur la sincérité et dans ce cas-ci, la mariée n’en a pas fait preuve. »

Fatah, 30 ans, français d’origine algérienne :

« Selon moi, ce recours en justice était une très mauvais idée, et révèle les failles de notre droit français. Si la loi était bonne, elle ne devrait pas s’appliquer à ce genre de cas. Pour moi, l’annulation montre que le mariage n’est pas valide aux yeux de la loi, tandis qu’un divorce aurait montré que pour les époux, il n’avait pas lieu d’être. C’est cette option qui aurait dû être choisie. En impliquant le droit français, on risque de faire de ce cas une jurisprudence, et je trouve cela inquiétant. Et quand notre Garde des Sceaux change d’avis en deux jours sur la question, moi je n’y vois que de l’opportunisme ! »

Hamza, 27 ans, français d’origine tunisienne :

« Le mari a bien fait de demander une annulation de son mariage. Pour ma part, je ne l’aurais pas fait, mais chacun a ses propres principes, et je respecte sa décision. Je ne suis pas contre épouser une femme qui n’est plus vierge, même si je préférerais. Mais je pense que ce n’est pas l’essentiel et qu’on peut trouver bien d’autres qualités chez une épouse. Pour certains par contre, pour des raisons religieuses, il faut respecter le Coran et tous les principes de pureté qui y sont donnés. C’est pour cela que je comprends la demande du mari à la justice française. »

Samia, 27 ans, française d’origine marocaine :

« J’ai un avis mitigé sur la question. Beaucoup vivent dans une tradition encore très marquée, et cela les regarde. Je pense que cette affaire relève du domaine personnel et privé et n’aurait pas dû être l’occasion d’un tel déballage public. Concernant l’annulation proprement dite, je la trouve exagérée. J’imagine qu’il y a de nombreux moyens de s’assurer de la virginité ou non de sa compagne, et que l’époux aurait pu le découvrir avant le mariage. Un divorce, de toute façon, aurait été plus approprié. Quant au changement de point de vue de la Garde des Sceaux je le trouve ridicule. »

Rigobert, 37 ans, français d’origine sénégalaise :

« Je vois très bien pourquoi cet homme a voulu renier son union : il a eu honte et c’est normal. Il ne pouvait pas rester avec une femme qui mentait, et qui en plus n’était pas vierge ! Mais je trouve que cette affaire a trop été étalée dans les médias, tout le monde s’en est mêlé alors que ça aurait dû se régler en privé. »

Karim, 22 ans, français d’origine algérienne :

« Je lui aurais pardonné si j’avais été lui. Ça montre bien qu’il ne connaît pas vraiment sa religion, car elle est basée sur de la question du pardon. D’ailleurs, si vraiment le problème était religieux, il aurait dû savoir que le prophète Mahomet s’était lui-même marié à des femmes non vierges. Après, c’est juste une question de préférences personnelles. Donc on ne peut pas mettre en avant la moralité de l’Islam pour défendre cet homme. A mon avis, la raison principale, c’est surtout le mensonge. Dans un couple, autant se dire les choses, donc je pense qu’ils avaient à la base un réel problème de communication. »

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