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Vie chère : le tsunami qui menace l’Afrique
Sur le continent, le phénomène s’explique par une conjonction de facteurs conjoncturels et structurels.
Le prix des produits de base flambent sur les marchés mondiaux et les ménages africains ne sont pas épargnés. Du Sénégal à l’Egypte, en passant par le Cameroun, la grogne sociale s’amplifie face à une situation dont est en partie responsable une mauvaise gestion monétaire dans les pays africains.

Mardi 8 avril 2008, par Falila Gbadamassi

La vie est chère ! Les manifestations contre la hausse des prix se multiplient un peu partout en Europe ou en Afrique. Louis Michel, commissaire européen à l’Aide humanitaire, a estimé ce mardi, que l’augmentation des prix des produits alimentaires sur le continent africain pourrait être la cause « d’un véritable tsunami économique et humanitaire ». A quoi est due cette inflation qui rend de plus en difficile le quotidien de millions de ménages au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Algérie ou encore en Egypte récemment ? Cette hausse généralisée des prix tiendrait à de multiples raisons. Les plus évidentes sont liées à l’envolée du prix des matières premières, notamment le blé, la hausse du prix du pétrole dont le baril a passé la barre des cent dollars et à l’accroissement de la demande mondiale en biocarburants qui est à l’origine de l’envolée du prix du maïs. Des raisons conjoncturelles auxquelles viennent se greffer des causes plus structurelles, spécifiques aux économies africaines.

Un problème de fond

Première piste : une stagnation des revenus des ménages. Les plans d’ajustement structurels imposés aux pays africains dans les années 80 les ont obligés à réduire leurs dépenses, notamment celle de la fonction publique, un employeur important. A cela s’ajoute, pour les pays de la zone F CFA, la dévaluation de 1994. Les salaires, dans nombre de pays africains, n’ont pas été revalorisés ou peu, ces vingt dernières années, alors que les prix des matières premières n’ont cessé d’augmenter sur le marché international, dopés par l’accroissement de la demande de pays émergents comme la Chine et l’Inde. Un pays comme le Sénégal, jadis exportateur de riz qui constitue sa base alimentaire, se retrouve importateur dans un contexte où le coût du transport, induit par celui du pétrole, devient de plus en plus exorbitant. Certains économistes estiment que l’agriculture doit (re)devenir une priorité pour les économies africaines : l’Afrique serait le seul continent au monde où la productivité agricole stagne, voire s’effondre. « Le protectionnisme agricole des pays du Nord mais principalement des pays africains entre eux, empêche l’extension des marchés africains et expliquent en partie ce phénomène », affirme l’économiste marocain Nouh El Harmouzi, membre du cercle de réflexion Unmondelibre.org. Les subventions étatiques dans un pays comme le Maroc ou l’Egypte participent aussi à l’aggravation de la situation. « L’industrie du blé est monopolisée par de grands exploitants proches des milieux politiques, et de ce fait massivement subventionnée par l’Etat et l’argent du contribuable. Les aides quasi systématiques accordées à ces exploitants ont bien souvent découragé tout effort d’innovation et d’augmentation de la productivité. La réactivité de ce secteur face aux situations de crise et de pénuries a été ainsi considérablement affaiblie. Il est incapable de s’adapter et de s’ajuster à une augmentation de la demande mondiale ».

Autre explication à cette baisse du pouvoir d’achat généralisé sur le continent africain : l’inflation monétaire. Pour le chercheur, elle explique pour beaucoup la situation que connaissent de nombreux pays sur le continent, à l’instar de ceux du Maghreb. Il pointe du doigt des « politiques monétaires laxistes » et l’absence d’indépendance des banques centrales africaines qui servent les intérêts des politiques. « La quantité de monnaie mise en circulation est bien supérieure aux besoins réels de l’économie, poursuit Nouh El Harmouzi. Le Zimbabwe est l’exemple typique de l’inflation par augmentation démesurée de la monnaie en circulation. » L’économiste reste pessimiste sur l’évolution de la situation. La hausse des prix est « quasiment irréversible » dans le court terme. « L’économie américaine, qui est en stagnation bien qu’on ne veuille pas l’admettre, n’est plus en mesure d’entraîner l’économie mondiale sur les sentiers de la croissance. Vu les tensions géopolitiques actuelles, les prix des produits pétroliers vont continuer d’augmenter. L’augmentation de la demande de produits alimentaires de base dans les pays émergents face à une offre qui a encore du mal à s’ajuster poussera aussi les prix de ces biens à la hausse. Les manifestations sociales risquent fort de se poursuivre ».

Pour des banques centrales indépendantes

Des solutions ? Le contrôle des prix, souvent avancé par certains experts, est à exclure selon Nouh El Harmouzi. « Les prix traduisent la rareté des biens. Bloquer le prix du pain n’incitera pas les producteurs à en produire, mais augmentera la demande, et entraînera finalement des pénuries supplémentaires ». Les gouvernements ne peuvent qu’apporter des réponses ponctuelles, par exemple des baisses de taxes sur les produits de première nécessité, et la communauté internationale, une aide alimentaire plus accrue aux pays africains comme le préconise Louis Michel, en attendant de s’attaquer aux dysfonctionnements systémiques qui sont responsables de cette hausse du coût de la vie.


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