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Le marché aux enfants africains est ouvert
Le président tchadien Idriss Déby a gracié les membres de l’Arche de Zoé
L’affaire a défrayé la chronique ces six derniers mois. Les membres de l’Arche de Zoé, une ONG française, avaient été condamnés en décembre dernier par la justice tchadienne à huit ans de prison, pour avoir tenté d’enlever une centaine d’enfants afin de les emmener en France. Après que la justice française a confirmé cette sentence en janvier, le président Idriss Déby a finalement décidé, ce lundi, de gracier les travailleurs humanitaires français. Une décision qui pourrait être lourde de conséquences.

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  lundi 31 mars 2008 / par Franck Salin / 5 réactions

Venez, servez-vous, il ne coûte rien, ou si peu, d’enlever de petits Africains. C’est, en somme, le message que vient de délivrer le président tchadien, Idriss Déby, à tous ceux qui souhaitent venir faire leur marché sur le continent. Aussi louables leurs motivations soient-elles dans l’absolu – sauver des enfants de la misère et leur offrir le confort occidental –, les actes des membres de l’Arche de Zoé, à commencer par son président Eric Breteau, méritaient une condamnation exemplaire. Car la justice tchadienne comme la presse internationale avaient mis à jour les errements des six humanitaires français.

Selon les dires des membres de l’ONG, les 103 enfants, excusez du peu, qu’ils avaient tenté d’exfiltrer du Tchad vers la France étaient des orphelins soudanais de la région du Darfour, à l’article de la mort. Preuve fut faite que ces derniers étaient tchadiens, en bonne santé, et qu’ils avaient encore leurs parents. La faute aux intermédiaires tchadiens et soudanais qui auraient tenté délibérément d’abuser les Français ? La pilule était plutôt difficile à avaler. Et un reportage accablant tourné au sein même de l’équipe par le journaliste Marc Garmirian et diffusé le 4 novembre sur la chaîne M6 montrait à quel point les six Français étaient conscients des risques qu’ils encouraient en travestissant la vérité.

A Etat faible, justice faible…

Arrêtés le 26 octobre par les autorités tchadiennes, les membres de l’Arche de Zoé avaient été jugés par la justice du pays pour « enlèvement d’enfants tendant à compromettre leur état civil, faux et usage de faux en écritures publiques et grivèlerie » et leurs quatre complices tchadiens et soudanais pour « complicité d’enlèvement d’enfants ». Le tribunal de Ndjamena avait condamné les Français, le 26 décembre, à huit ans de travaux forcés. Mais la raison d’Etat, les intérêts d’un pouvoir chancelant sont quelquefois supérieurs à ceux de la justice. Le président tchadien, Idriss Déby, menacé par une coalition rebelle, estimait ne pouvoir se passer du soutien militaire et logistique de son allié français. Il avait permis qu’ils fussent extradés quelques heures après le verdict de la justice de son pays. Et aujourd’hui, il les gracie. Il donne ainsi raison à Nicolas Sarkozy qui, dès le 6 novembre, devant le micro des journalistes de RTL, ne se souciant nullement de l’émotion de l’opinion publique tchadienne et des familles des enfants enlevés, avait déclaré qu’il ramènerait les membres de l’Arche de Zoé en France « quoi qu’ils aient fait ». Il va même par son geste au delà de ce que les autorités françaises attendaient de lui.

Cette affaire et son épilogue pourraient n’être qu’un énième et banal épisode du grand feuilleton de la Françafrique, s’ils ne risquaient d’être interprétés comme un signal fort par tous les pseudos travailleurs humanitaires en mal de causes : l’autorisation de faire n’importe quoi au Tchad et au delà pour peu que l’on soit riche, occidental, et animé des meilleures intentions du monde. Il semble toutefois que tout espoir de justice ne soit pas perdu. C’est, par une formidable ironie, entre les mains de la France qu’il faut désormais mettre cette espérance. Quatre des six membres de l’Arche de Zoé ont été mis en examen dans le cadre de l’enquête française ouverte pour « escroquerie », « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France » et « exercice illicite d’intermédiaire en vue de l’adoption ou d’un placement d’un enfant. » Si le Tchad n’est pas capable de protéger ses propres enfants en condamnant sévèrement et durablement ceux qui s’y sont attaqués, gageons que la France y parvienne.

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