La France a-t-elle aidé le Tchad à mater les rebelles ?

Le rôle que la France aurait joué au Tchad la semaine dernière reste flou. Le journal La Croix affirme qu’elle est intervenue sur les plans militaire et logistique pour aider l’armée régulière à se débarrasser des rebelles qui menaçaient de renverser le président Idriss Déby Itno. Mais Paris a une nouvelle fois démenti, ce vendredi, toute intervention.

La France n’est pas restée neutre lors des affrontements qui ont opposé, la semaine dernière, une coalition de rebelles à l’armée régulière tchadienne. C’est le constat que fait le quotidien français La Croix dans son édition de ce vendredi. Le journal révèle s’être entretenu avec des diplomates et des militaires français qui lui ont assuré que Paris a apporté une aide militaire et logistique à N’Djamena pour permettre au président Idriss Déby Itno de rester au pouvoir.

Soutien logistique et militaire

D’après ses sources, le 1er février, des officiers français ont coordonné l’offensive ratée que les militaires tchadiens ont menée contre une colonne rebelle à Massaguet, une ville située à 50 km au Nord-Est de la capitale. Le lendemain, poursuit le journal, « des éléments du Commandement des opérations spéciales (Cos) français s’impliqueront dans les combats de N’Djamena, avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à court de munitions ».

Alors que l’armée tchadienne commençait elle aussi à manquer de munitions, la France lui en aurait fait convoyer « plusieurs tonnes » via la Libye. Paris aurait également renseigné Idriss Déby Itno sur les déplacements des dissidents en s’appuyant sur les informations de ses satellites et ses avions Mirage F1 et Bréguet-Atlantique. Des informations qui semblent recouper celles du chef rebelle Mahamat Nouri, qui s’était plein de l’ingérence française dans les combats. Il avait même ajouté mardi, sur les ondes d’Europe 1, que « l’aviation [française] nous a bombardés depuis hier matin jusqu’à ce matin [, à] une heure ».

La France dément

Plusieurs responsables français ont démenti ce vendredi toute intervention militaire. « Aucun soldat français ni aucune force spéciale n’ont été engagés », a déclaré le ministre de la Défense, Hervé Morin. Un discours soutenu par la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme. Rama Yade a expliqué à la radio RTL que « le seul accord qui nous lie au Tchad est un accord de coopération technique, qui permet par exemple une intervention sanitaire, d’apporter des secours, et c’est ce que nous faisons pour l’évacuation des Français par exemple. (…) Nous apportons une aide logistique. A aucun moment nous ne procédons à l’application d’un accord de défense qui n’existe pas ».

Faisant référence à l’article de La Croix, le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint de ce ministère a renchéri : « Contrairement à cet article, aucun soldat français ni aucune force spéciale n’ont été engagés en appui ou en opposition de qui que ce soit. Les soldats français ont en revanche mené des opérations de protection et d’extraction de ressortissants français et de la communauté internationale, et ont facilité le départ par avion militaire pour ceux qui le souhaitaient ». C’est dans ce cadre que les soldats français ont échangé des tirs avec les rebelles qui se rapprochaient de l’aéroport de N’Djamena. Un aéroport où ont été conduites des évacuations d’étrangers et d’où les hélicoptères de combat du gouvernement peuvent décoller.