Zola Mazeko élu Etalon d’or du Fespaco avec « Drum »

Zola Maseko (droite) et le lauréat 2003 mauritanien Abderhamane Sissako

Le Sud-Africain Zola Mazeko a remporté l’Etalon d’or de Yennenga de la 19e édition du Fespaco, qui s’est achevée samedi à Ouagadougou, grâce à son film Drum. Le Marocain Hassan Benjelloun et le Burkinabé Daniel Kollo Sanou talonnent le jeune réalisateur, en remportant respectivement les Etalons d’argent et de bronze.

De Ouagadougou

Zola Maseko est le premier Sud-Africain à avoir remporté la plus haute distinction du Fespaco. Le jury des longs-métrages de la 19 édition du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Burkina Faso) a en effet récompensé le réalisateur de 37 ans, samedi au stade du 4 août, pour son Drum. Zola Maseko s’est ainsi vu remettre, des mains du Président burkinabé Blaise Compaoré, l’Etalon d’or de Yennenga. Une première, puisque, auparavant, il y avait un seul et unique prix. Les dauphins du jeune cinéaste sont le Marocain Hassan Benjelloun et le Burkinabé Daniel Kollo Sanou, qui ont respectivement glané l’Etalon d’argent de Yennenga et celui de bronze.

« Nous avons décidé de récompenser trois cinéastes, comme les plus grands festivals, car notre vocation est de faire la promotion des films africains. Or, si nous en récompensons un seul, les autres ne sont pas mis en lumière. Par ailleurs, les films se tiennent de plus en plus au coude à coude, ce qui justifie aussi le fait de rajouter des distinctions », explique Baba Hama, Secrétaire général du Fespaco. « Au coude à coude », car la qualité des films n’a plus rien à voir avec celle des débuts du festival. « Le niveau est très élevé. C’est la première fois que je vois des films de cette qualité. Nous pouvons présenter nos films à Venise (Italie, ndlr) ou à Cannes (France, ndlr). Il n’y a plus que de bons réalisateurs et de bonnes techniques. Maintenant, ce qui fait la différence, ce sont les thèmes abordés », explique Souheil Ben Barka, président du jury longs-métrages et lauréat de l’Etalon de Yennenga en 1973 pour Les mille et nuits.

Très grande qualité des films

Faire un choix entre les 20 films en compétition n’a pas été une mince affaire. « Nous avons mis 14 heures et 12 minutes pour départager les candidats », confiait, lors de la clôture, Souheil Ben Barka. Finalement, c’est Drum, également primé pour le meilleur décor, qui a été élu meilleur film. L’action se déroule en Afrique du Sud dans les années 50, pendant le régime répressif et raciste de l’Apartheid. Il raconte l’histoire d’un journaliste d’investigation qui détient un magasine, (Drum), et qui enquête notamment sur les conditions de travail effroyables d’agriculteurs noirs. Zola Maseko repartira donc dans son pays avec l’Etalon d’or, une enveloppe de 10 millions de FCFA et 3 000 euros de pellicule Kodak. Une victoire qu’il dédie à son « ami et producteur assassiné l’an dernier ».

Le Marocain Hassan Benjelloun a remporté l’Etalon d’argent de Yennenga, et cinq millions de FCFA, pour La chambre noire. Le Burkinabé Daniel Kollo Sanou a, quant à lui, été gratifié du bronze, et de 2,5 millions de FCFA, pour Tasuma, le feu. Ce dernier était d’ailleurs reparti, vendredi, avec deux prix spéciaux, prix décernés par des associations et autres organisations à des films ayant notamment trait à la sensibilisation sur des grands thèmes de société. L’œuvre du réalisateur traite en effet avec « humour et humanité », d’après les termes de Souheil Ben Barka, du problème des anciens combattants africains qui se battent pour que leurs droits soient respectés, et notamment celui d’avoir une pension. Un thème toujours d’actualité qui a poussé Daniel Kollo Sanou à appeler « les Français à donner aux tirailleurs ce qu’ils méritent ». Le cinéaste a par ailleurs reçu le soutien des spectateurs, puisqu’il repart avec le prix RFI du public, qui lui permettra, entre autre, d’être largement diffusé dans le réseau culturel français.

Un court-métrage burkinabé Poulain d’or

Parmi les autres prix décernés : celui du meilleur scénario, remporté par Fanta Régina Nacro pour La nuit de la vérité, un film traitant de la paix que doivent signer les Bonandés et les Nayaks, deux ethnies fictives qui se sont fait la guerre depuis très longtemps. Une initiative sérieusement mise à mal par la soif de vengeance de la femme du Président (nayak), dont le fils a été sauvagement assassiné par un militaire de l’autre ethnie. Andrée Daventure s’est vu gratifiée du prix du meilleur montage pour Le Prince, du Tunisien Mohamed Zran. Un vibrant hommage a été demandé pour cette femme, qui a monté « 80% des films africains, dont trois étaient en compétition officielle long-métrage : Tasuma, le feu, La Nuit de la Vérité et Le Prince ». L’Américaine Lisa Gay Hamilton a glané le prix Paul Robeson, décerné à une œuvre de la diaspora africaine, pour Beah : a black woman speaks.

Côté courts-métrages, le Burkinabé Tahirou Tasséré Ouédraogo a gagné le Poulain d’or de Yennenga et trois millions de FCFA de pellicule avec L’autre mal. Son compatriote Rasmané Ganemtoré a reçu le bronze pour Safi la petite mère et le Guinéen Cheick Fantamady Camara l’argent pour Be Kunko. Trois mentions spéciales ont été accordées. « Pour ne pas faire trop de malheureux », a expliqué le président du jury courts-métrages, le Togolais Sanvi Panou. Ainsi, l’Algérien Karim Bensalah (Le Secret de Fatima), le Congolais (République Démocratique du Congo) Kibushi Ndjate Wooto (Prince Loseno) et le Sénégalais As Thiam (Le sifflet) ont aussi été récompensés.

Entrée réservée aux personnes munies d’un badge ou d’une invitation

Pour assister à la remise des prix, il n’y avait pas foule dans le stade contrairement à l’ouverture. « Nous avons reçu l’ordre de ne laisser rentrer que les personnes munies d’un badge ou d’une invitation », nous a précisé un militaire posté devant l’entrée principale du stade. Du coup, une population dense qui espérait assister à la clôture attendait aux abords du stade sous une chaleur étouffante.

Les raisons de cette décision sont floues. Pierre-Claver Konsimbo, commissaire de police en charge de la sécurité du Festival, assure que « c’est toujours de cette façon que se sont passées les clôtures du Fespaco ». Baba Hama, Secrétaire général du Fespaco, soutient cette version. « Nous procédons ainsi depuis 1995 », souligne-t-il. Faux, selon plusieurs Burkinabés, qui expliquent que lors des éditions précédentes, qui se déroulaient au stade municipal, personne ne filtrait l’entrée. Officieusement, Baba Hama aurait indiqué que cette décision était une mesure de sécurité destinée à éviter les bousculades, qui avaient coûté la vie à deux adolescentes lors de l’ouverture du Fespaco, le 26 février dernier.

Alors que les entrées étaient officiellement réservées aux personnes munies d’un badge ou d’une invitation, nous avons constaté que, vers 17H15, la porte numéro deux laissait malgré tout s’installer des dizaines de spectateurs. Un peu plus tard, s’était au tour des portes 17 et 18 de cracher du monde. « Nous ne voulions pas remplir le stade parce que sinon tous n’auraient pas pu voir le film lauréat (Drum, ndlr), projeté sur un écran gonflable », justifie Baba Hama. Une chose est sûre, l’enthousiasme n’était pas au rendez-vous dans le stade, où les musiciens ont peiné à motiver la maigre foule. Ainsi s’achève l’édition 2005 du Fespaco. Sur un riche palmarès tout à l’honneur du cinéma africain.

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