Zineb Sedira : itinéraire d’une artiste exilée

Haunted House

Le [mac], Musée d’art contemporain de Marseille, présente du 19 novembre 2010 au 27 mars 2011,
Les rêves n’ont pas de titre, première exposition rétrospective de l’artiste Zineb Sedira. Née en 1963 à Gennevilliers (France) de parents algériens, installée à Londres, cette artiste à l’identité multiple incarne l’idée même de mobilité au cœur de son œuvre.

L’exposition Les rêves n’ont pas de titre présente les vidéos, les photographies et les installations réalisées par Zineb Sedira entre 1995 et 2009. « C’est un aboutissement. C’est plutôt flatteur, cette exposition qui retrace toute mon œuvre, confie-t-elle. En plus faire cela au [mac], Musée d’art contemporain de Marseille, a beaucoup de sens. Marseille est une ville de passage, il y a la mer et de l’autre côté l’Algérie, c’est plutôt cohérent quand on regarde mon travail. Cette rétrospective permet de voir les oeuvres vivre ensemble, et même celles que je ne supportais plus, celles que je trouvais moins fortes, ont trouvé leur place dans cet ensemble et, à mes yeux, retrouvé toute leur force. »

Une grande partie de l’œuvre de l’artiste, soulève les questions complexes de l’identité, de l’héritage et du dialogue intergénérationnel. L’exposition s’ouvre sur Scream of Liberation (1995) et Autobiographical Patterns (1996), deux vidéos à caractère culturel et identitaire. Dans Mother, Father and I (2003), le témoignage croisé de ses parents évoque la Guerre d’Algérie, l’immigration en France et le déracinement, autant de souvenirs douloureux que l’on retrouve dans l’œuvre Retelling Stories (2003) censurée il y a quelques mois au musée Picasso à Vallauris. « Le problème soulevé par les Harkis était un faux problème, estime-t-elle. Je me suis rendue compte qu’il s’agissait plus de crispations et d’incompréhensions liées à cette page non assumée de l’histoire de France, la Guerre d’Algérie. Ce que dit ma mère dans ce témoignage, quand elle évoque les viols et les tortures, eh bien cela dérange. »

Quitter la France pour l’Angleterre lui a permis de prendre du recul. « J’avais envie d’ailleurs, besoin d’une distance émotionnelle pour faire le point, je me suis intéressée à l’histoire de l’Algérie, j’ai découvert de nombreux auteurs, fais de belles rencontres et tout cela m’a nourri. C’est ce dont j’avais besoin pour être au clair avec mon identité, cela m’a permis d’aborder la création de manière plus sereine. » Après plus de dix années de terrorisme, l’artiste constamment en mouvement a ressenti le besoin de retourner en Algérie en 2002. « Ça a été un moment clé, pour la première fois j’allais aborder mon art en dehors de la tradition orale, de la famille, à travers les paysages et ce qu’ils m’inspirent. » Le caractère autobiographique des premières œuvres a progressivement laissé place à une esthétique plus universelle. Avec les films Saphir (2006) et MiddleSea (2008), l’artiste explore le potentiel allégorique de la mer Méditerranée.

Zineb Sedira garde un œil constant et inspirée vers le sud. « Je vais continuer à créer en Algérie, même si c’est une pièce tous les trois ans, car je ressens toujours le besoin d’y aller, et la création est d’abord pour moi un moyen d’assouvir ce besoin. C’est un retour aux sources nécessaire. » En questionnant son identité, l’artiste contribue à renouveler le débat sur le patrimoine méditerranéen partagé entre la France et l’Algérie. Cette exposition, co-produite par Marseille-Provence 2013, place résolument la capitale européenne de la culture sous le signe de la Méditerranée.

Informations pratiques :

[mac] – Musée d’art contemporain de Marseille

69, avenue d’Haïfa, 13008 Marseille

L’exposition est ouverte de 10h à 17h

Fermée le lundi et les jours fériés

Renseignements: 04 91 25 01 07

Le site du musée

 Le site de Zineb Sedira