Zimbabwe : vers un accord Mugabe-Tsvangirai ?

Robert Mugabe s’est présenté au sommet de l’Union Africaine en Egypte, en chef d’Etat légitimé par son élection, sans tenir compte de l’opinion internationale. Tandis que l’Afrique du Sud et l’Union Africaine cherchent à obtenir un accord de coalition entre l’opposition et le gouvernement nouvellement réélu, Morgan Tsangirai a quitté l’ambassade des Pays-Bas. Il est soutenu par la communauté internationale; mais politiquement affaibli par la victoire du président Mugabe, il peut difficilement négocier son rôle dans un hypothétique gouvernement d’union.

C’est bien en chef d’Etat invincible que Robert Mugabe s’affiche à Charm el-Cheikh, en Egypte, où se tient depuis lundi le 11ème sommet de l’Union africaine.
Le président continu de se positionner comme l’homme fort du Zimbabwe face à une communauté internationale qui certes le condamne, mais n’a pas les moyens d’intimider l’homme qui n’a rien perdu de sa volonté de pouvoir, ni du soutien d’une partie influente de la communauté africaine.

Ni l’ONU, ni l’UA ne sanctionneront Mugabe

Au sein de l’Union africaine, lors du sommet, seul le premier ministre kenyan s’est opposé clairement à Mugabe en demandant sa suspension de l’organisation jusqu’à une élection digne de ce nom. Il a immédiatement été contré par le président kenyan qui préconise un gouvernement d’union rapporte le Business Day.

L’Union africaine, qui ne veut pas lui « jeter la première pierre » (dixit le Business Day), ne devrait ni punir Mugabe, ni soutenir le projet de sanctions [interdire livraisons d’armes et de matériel de guerre ou encore le déplacement des personnes qui auraient aidés à « saper les processus démocratiques »]] présenté par les Etats-Unis aux Nations unies affirme [Le Point.

Quant à rendre illégitime la réélection du président, comme le préconise le Premier ministre britannique Gordon Brown, pour y parvenir, le Conseil de sécurité aurait notamment besoin du vote de l’Afrique du Sud et de la Russie. Il est peu probable que ces alliés historiques du Zimbabwe donnent cette satisfaction à l’organisation internationale !

Faisant fi des jugements d’illégitimité de la communauté internationale et de certaines voix africaines, le porte-parole de Robert Mugabe ne mâchait pas ses mots mardi : « qu’ils aillent se faire pendre, qu’ils aillent se faire pendre, un millier de fois (…) Ils n’ont aucun droit sur la politique zimbabwéenne », a-t-il déclaré à des journalistes, en marge du sommet de l’Union Africaine. A en croire George Charamba, si solution il y a, elle ne pourra venir que de la communauté africaine.

« Le Kenya est le Kenya. Le Zimbabwe est le Zimbabwe. »

Avant même l’arrivée du président au sommet, Thabo Mbeki, président d’Afrique du sud et médiateur contesté de la crise zimbabwéenne, appelait Robert Mugabe et son opposant à négocier. Il proposait dans un communiqué la formation d’un gouvernement de transition et le partage du pouvoir entre la Zanu-PF et le MDC.

Une solution à la kenyane qui n’est pas du goût du porte-parole du président zimbabwéen : « Le Kenya est le Kenya. Le Zimbabwe est le Zimbabwe. Nous avons notre propre histoire (…) pour résoudre les impasses politiques à la manière zimbabwéenne. La manière zimbabwéenne, pas la manière kényane. Absolument pas. »

Si Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai sont prêts à engager des pourparlers sous la tutelle de l’Union Africaine, il semble peut probable de les voir s’accorder dans l’immédiat sur celui qui prendrait la tête du gouvernement d’union.

Morgan Tsvangirai qui, selon le
JDD a rejoint son domicile lundi après s’être réfugié à l’ambassade des Pays-Bas au début de la semaine dernière, est notamment soutenu par l’Etat néerlandais.
La Haye espère participer à la constitution d’un gouvernement de transition. Dans un communiqué à l’AFP samedi, Maxime Verhagen exhortait déjà la communauté internationale à accentuer la pression pour que « le MDC joue un rôle prééminent dans ce gouvernement. »

Mais maintenant que Robert Mugabe est effectivement réélu et accueilli au sein de l’union africaine, le MDC se retrouve en position de faiblesse.
Tendai Biti, secrétaire général du parti de l’opposition, affirmait mardi, dans des propos rapportés par l’AFP, que : « Le MDC a poursuivi le dialogue jusqu’au 12 juin dans le but de former un gouvernement de réconciliation, mais la farce électorale du 27 juin 2008 a complètement et totalement anéanti la perspective de solution négociée ».

Un accord de coalition est-il vraiment envisageable ?

L’opposition « pourrait se voir proposer des portefeuilles mais pas celui de Premier ministre. Mugabe n’a aucun respect pour Tsvangirai » analyse Lovemore Madhuku, expert en droit constitutionnel autrement dit, Morgan Tsvangirai sera peut-être obligé d’accepter un poste de seconde zone s’il veut conserver un peu de pouvoir au gouvernement.
Interrogé à ce sujet, mardi, George Charamba, le porte-parole de Robert Mugabe affirmait à l’AFP « qu’il y a deux partis politiques au Zimbabwe qui sont prêts à discuter. Nous parlons du parti au pouvoir, qui a offert un dialogue à l’opposition, et du parti de M. Tsvangirai (…) Nous ne promettons rien d’autre (à l’opposant) que ce qui sortira des discussions » a-t-il poursuivi, ajoutant : « je ne sais pas ce qu’est le partage du pouvoir ».

Dans les colonnes de 20 minutes, Sylvain Touati, chercheur à l’Institut français de relations internationales (Ifri), semble lui aussi peu confiant quant au rôle dévolu au MDC : « Mugabe sait depuis un mois qu’il doit négocier, mais il voulait le faire en position de force. »

Mais le chef de l’opposition ne désarme pas, il prônait déjà un gouvernement de coalition entre les deux tours du scrutin présidentiel, et continue d’affirmer qu’il accepterait de prendre la tête de l’Etat à condition que Robert Mugabe se voit relégué à des fonctions de représentation.

Les négociations, si négociations il y a, risque d’être longues et houleuses ! La solution « à la kenyane » ne semble pas être mieux engagée qu’au Kenya au début des négociations. A la différence près que le président Mwai Kibaki ne méprisait pas Raila Odinga autant que Robert Mugabe affirme mépriser Morgan Tsvangirai.

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