Zimbabwe : une nation de milliardaires

Dans quel pays du monde peut-on être multimilliardaire et continuer de souffrir de la faim ? La réponse est, bien sûr, au Zimbabwe.
La Banque de réserve du Zimbabwe a fixé la limite de retrait quotidien à 100 milliards de dollars zimbabwéens, environ 1,25 dollar américain. Un montant bien loin de couvrir les frais quotidiens de la population, qui subit le taux d’inflation le plus élevé au monde.

Une miche de pain coûte 100 milliards de dollars zimbabwéens selon le cours officiel, un kilogramme de viande 450 milliards de dollars zimbabwéens (environ 5,60 dollars américains), tandis que le demi-litre de lait se vend à 200 milliards de dollars zimbabwéens (environ 2,50 dollars). Sur le marché parallèle, où s’approvisionnent la plupart des habitants, les prix sont nettement plus élevés.

Ernest Nyandoro, 43 ans, travaille comme ouvrier temporaire dans une briqueterie à Bulawayo, deuxième ville du Zimbabwe. Il a fait la queue à la banque pendant quatre heures avant d’accéder enfin au guichet et se voir remettre ses deux billets de 50 milliards de dollars zimbabwéens.

Après les avoir soigneusement rangés dans son portefeuille, il s’est dirigé vers la sortie pour récupérer sa bicyclette et débuter sa journée de travail, avec un sentiment de colère et de frustration absolue face à ce que représente la survie quotidienne au Zimbabwe.

« L’argent que nous donnent les banques ne suffit pas. J’ai emprunté 500 milliards de dollars zimbabwéens afin que mes deux enfants puissent payer le transport scolaire et être nourris pendant les trois prochains jours, mais avec ce que nous donnent les banques, je vais devoir faire la queue ici cinq jours consécutifs avant de pouvoir rembourser cette somme », a dit M. Nyandoro à IRIN.

« Le plus contrariant, c’est que je dois trouver d’autres excuses à fournir à mon patron pour pouvoir de nouveau venir faire la queue à la banque ».

Cependant, compte tenu du taux d’inflation qui sévit actuellement au Zimbabwe (2,2 millions de pour cent), et qui continue de grimper quotidiennement, « si je ne récupère pas l’argent tout de suite, j’ai peur qu’il perde progressivement de la valeur avec le temps », a-t-il dit.

En théorie, il lui faudra six jours pour retirer son salaire de 600 milliards de dollars zimbabwéens (environ 7,50 dollars américains). Mais c’est sans compter les queues à la banque et les pénuries d’espèces qui peuvent saper les plans les mieux conçus.

Par ailleurs, à la fin de la journée, son salaire lui permettrait d’acheter au plus un sac de 20 kg de semoule de maïs, compte tenu des prix actuels sur le marché parallèle.

« Je revends des briques que j’achète bon marché sur mon lieu de travail en tant que membre du personnel, et grâce à ces revenus supplémentaires, je dispose d’espèces qui me permettent d’arrondir mes fins de mois », a dit M. Nyandoro pour expliquer comment il faisait face.

Son épouse vend également des légumes sur un stand à proximité de leur domicile pour aider à subvenir aux besoins de la famille.

Espèces à vendre

Charlotte Sibanda, une infirmière de 28 ans qui travaille dans une clinique privée, se tourne vers le marché parallèle lorsque ses supérieurs ne lui laissent pas le temps de passer à la banque. Les magasins qui disposent d’espèces les mettent à la disposition des clients moyennant des frais.

« Les supermarchés prennent une commission et nous facturent des frais pour tout paiement par chèque. Pas plus tard qu’hier, j’ai signé un chèque de 400 milliards de dollars zimbabwéens, et touché 300 milliards de dollars zimbabwéens en espèces », a-t-elle expliqué à IRIN.

D’après Mme Sibanda, les frais peuvent varier, mais la plupart des magasins de Bulawayo facturent environ 15 pour cent de commission pour les espèces.

Collin Mandizvidza, un chef d’entreprise local qui tient un commerce de matériel informatique en ville, ne voit pas l’intérêt de déposer ses recettes à la banque, tellement il est difficile de remettre la main sur cet argent.

« Les limites de retrait sont dérisoires. Par conséquent, je vends les espèces que je touche aux personnes qui règlent par chèque » a-t-il indiqué.

Gideon Gono, directeur de la Banque de réserve, a affirmé que la banque était en train d’envisager sérieusement d’augmenter les limites de retrait. « La Banque centrale revoit actuellement les limites quotidiennes de retrait, suite à de nombreuses démarches du public », a-t-il annoncé récemment.

Il a toutefois reproché à la communauté commerçante de profiter de la situation et de faire grimper les prix. « La Banque centrale constate avec inquiétude les augmentations générales et injustifiées des prix des biens et services, et appelle la communauté commerçante à appliquer des pratiques commerciales conformes à l’éthique. »