Zimbabwe : Robert Mugabe prêt à partager le pouvoir

Après des semaines de discussions, le président zimbabwéen Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai le leader du parti de l’opposition baptisé Mouvement pour le changement démocratique (MDC) sont arrivés, jeudi soir, à un accord. Pour l’heure, rien n’a été révélé sur la forme du partage du pouvoir au sein de l’exécutif, clé de la crédibilité de l’accord. Un point qui incite à la prudence et qui retarde l’heure des réjouissances dans un pays où le partage du pouvoir a déjà été problématique.

Thabo Mbeki a eu raison de l’intransigeance des deux grands hommes forts du Zimbabwe. Le président d’Afrique du Sud a pu annoncer, jeudi soir, « un accord sur tous les points de discussions » entre le dirigeant zimbabwéen Robert Mugabe et le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Pour l’instant, rien n’a été révélé sur la forme de partage du pouvoir, clé de la crédibilité de l’accord. Un point qui incite à la prudence et qui retarde l’heure des réjouissances. « Cet accord en soi brise le cercle vicieux mais je préfère éviter toute célébration prématurée. Nous avons affaire à des intérêts et des hostilités profondément enracinées », explique Elred Masunungure, chercheur en sciences politiques de l’université du Zimbabwe, à l’AFP.

Un accord qui laisse perplexe

Du côté du Zanu-PF, le parti de Robert Mugabe, la prudence est aussi de mise. « Je dois dire que je suis heureux, cependant, le vrai travail vient juste de commencer », explique Patrick Chinamasa, le principal négociateur du parti de la majorité, au quotidien d’Etat The Herald. Un travail qui risque de s’avérer difficile compte tenu du fait que Robert Mugabe exerce seul le pouvoir depuis 28 ans et que, la seule fois où il a été question d’une coalition, cela s’est terminé dans un bain de sang. Dans les années qui ont suivi l’indépendance en 1980, l’Union nationale africaine (Zanu) du président zimbabwéen s’était alliée à l’autre mouvement de lutte contre la suprématie blanche dirigé par Joshua Nkoma, l’Union africaine des peuples du Zimbabwe (ZAPU), pour former le ZANU-PF. M. Nkomo avait été intégré au gouvernement mais la manœuvre s’était soldée par une vague de répressions dans le sud Ndbele, où il était principalement implanté, faisant des dizaines de millions de morts parmi ces partisans et sa population Ndebele. C’est dans ces conditions que la Zanu, sous couvert de Zanu-PF avait assis son pouvoir. Un passé lourd qui n’est pas sans rappeler la répression des membres du Mouvement pour le changement démocratique qui avait eu lieu lors des présidentielles de juin dernier.

Une simple fonction d’apparat pour Tsvangirai?

Robert Mugabe devra s’accorder avec son ennemi juré, Morgan Tsvangirai pour assurer la pérennité du gouvernement. Mais pas question pour le président de céder sa place. Selon un journaliste du quotidien malaisien The Star, interrogé par l’AFP, à propos des modalités du partage du pouvoir, « Mugabe présidera toujours le gouvernement tandis que Tsvangirai deviendra le président d’un nouveau conseil des ministres dont Mugabe sera exclu ». « Ce conseil aidera à élaborer les politiques et supervisera leur mise en œuvre », précise-t-il. Mais pour le nouveau président du Parlement, Lovemore Mandhuku (MDC), cité dans le quotidien , « l’accord est plus une capitulation du MDC que de la Zanu-PF, car Mugabe garde la plupart de ses pouvoirs tandis que Tsvangirai aura une autorité artificielle ».

L’accord entre les leaders du pouvoir et de l’opposition devrait être concrétisé lundi prochain, en attendant des doutes demeurent.