Zimbabwe : le gouvernement critique pour la première fois les fermiers noirs

Le ministre adjoint de l’Agriculture zimbabwéen a vivement critiqué certains fermiers noirs ayant bénéficié de la réforme agraire de 2000. Sylvester Nguni leur reproche notamment de ne pas travailler suffisamment la terre et d’être ainsi en partie responsables du déclin de la production agricole. C’est une première. Auparavant, le gouvernement imputait cette situation à la sécheresse.

Sylvester Nguni n’est pas content des fermiers noirs. Pendant un congrès du Syndicat des fermiers du Zimbabwe, le ministre adjoint de l’Agriculture zimbabwéen a vertement critiqué, pour la première fois, certains de ses compatriotes ayant bénéficié de la réforme agraire de 2000. La réforme décriée qui constituait en substance à expulser de leurs terres les fermiers blancs, généralement grands propriétaires, pour rétablir un équilibre avec les petits exploitants, majoritairement noirs. Le responsable gouvernemental considère en effet que les nouveaux fermiers ne se montrent pas à la hauteur des attentes et besoins du pays, et qu’ils sont donc en partie responsables de la pénurie alimentaire. D’habitude, les autorités mettaient en cause la sécheresse pour expliquer la faiblesse des rendements.

Certains « acceptent les terres pour le prestige »

« Nous avons quelques personnes qui se dédient vraiment à la production pendant que beaucoup d’autres ne font rien dans les fermes », a accusé Sylvester Nguni, selon les propos rapportés par le quotidien pro-gouvernemental The Herald. Un avis que partage le Syndicat des fermiers commerciaux du Zimbabwe (CFU). « Certains fermiers font effectivement du bon travail. Mais les autres, la majorité, prennent la terre et n’y font rien, malgré l’allocation qui leur est donnée par le pouvoir pour qu’ils puissent cultiver et produire. Ceux-là acceptent les terres pour le prestige », précise un porte-parole du CFU.

« Le problème est que nous avons donné des terres à des gens manquant de passion pour l’agriculture et c’est pourquoi la production agricole a chuté chaque année. (…) La plus grande déception est que des gens sans la moindre notion d’agriculture ont eu des terres et que le résultat est le déclin de la production agricole », a ajouté le ministre adjoint, qui concède que les faibles pluies n’ont rien arrangé. Un demi-aveux de mauvaise politique ou une façon de culpabiliser les fermiers noirs ? C’est en effet le gouvernement qui est chargé d’attribuer les terres. Il aurait donc pu « caster » ou former les fermiers. Par ailleurs, certains dénoncent le fait que des proches du pouvoir ou des sympathisants se sont vu donner des exploitations, alors qu’ils n’avaient aucune expérience.

Un ensemble de facteurs responsable de la pénurie

Quoi qu’il en soit, « la production agricole a terriblement chuté ces dernières années, dans tous les domaines. Pour le tabac, par exemple, la production est passée de 200 millions de cages à 60 millions de cages cette année. Cette saison, les producteurs auront de la chance si la production atteint 30 millions de cages », assure le porte-parole du CFU. Il estime que « la principale raison pour laquelle nous en sommes là, c’est que les fermiers noirs ne sont pas suffisamment formés. Or, le gouvernement a chassé ceux qui avaient la connaissance du métier. Et chaque semaine, de plus en plus de fermiers sont expulsés. Mais c’est un ensemble de facteurs qui sont à l’origine de la pénurie, comme le manque de carburant, d’engrais… Le gouvernement est responsable parce qu’il a appliqué la réforme dans une optique politique et non pour aider les gens dans le besoin. S’il n’agit pas rapidement, nous allons retourner en arrière ».

Pour régler cette situation, le Vice-président aurait déclaré il y a deux semaines : « Nous n’allons pas hésiter à réclamer toutes les fermes sous-exploitées et à les allouer à d’autres fermiers. (…) Nous ne voulons pas des gens qui ne font que construire des maisons à leur nouvelle ferme sans utiliser la terre à des fins productives et nous voulons que les gens travaillent la terre et évitent les pénuries chroniques de nourriture ». Selon les agences humanitaires, entre 3 et 4,3 millions de personnes, sur les 13 millions que compte le Zimbabwe, ont besoin d’une aide alimentaire. L’Etat n’arrive pas à faire face aux besoins, mais refuse toujours l’aide humanitaire qui lui est proposée.