
Au Zimbabwe, certains éleveurs de volailles administrent des traitements antirétroviraux destinés aux personnes vivant avec le VIH à leurs poulets, afin d’accélérer leur croissance et de réduire leur mortalité.
L’enquête du Southern Africa Accountability Journalism Project, publiée par le média sud-africain Daily Maverick, décrit un phénomène qui gagnerait du terrain dans plusieurs régions du Zimbabwe.
Selon des témoignages recueillis sous couvert d’anonymat, des éleveurs incorporeraient des antirétroviraux dans l’alimentation de leurs volailles, convaincus que ces médicaments renforcent leur résistance aux maladies et favorisent une croissance plus rapide.
Une éleveuse, identifiée sous le prénom fictif de Jane, affirme que cette méthode lui a permis de faire passer son exploitation de 200 à près de 10 000 poulets. Elle explique avoir commencé à utiliser ces médicaments après avoir subi d’importantes pertes dues à la mortalité de ses volailles. Les médicaments seraient achetés sur le marché noir, avant d’être mélangés à la nourriture des animaux.
Les résultats, à l’en croire, auraient été immédiats avec une baisse sensible de la mortalité et une croissance rapide pour commercialiser les poulets dès quatre semaines, contre six habituellement.
Des risques pour les patients séropositifs et les consommateurs
Si cette pratique séduit certains éleveurs confrontés à des difficultés économiques, elle inquiète fortement les spécialistes de la santé publique.
Interrogé dans le cadre de l’enquête, Daniel Zulu, ancien responsable du département de toxicologie du Laboratoire d’analyses gouvernemental du Zimbabwe, met en garde contre les conséquences potentielles de la consommation de volailles ayant reçu des antirétroviraux. Selon lui, les résidus de ces médicaments pourraient notamment compromettre l’efficacité des traitements suivis par certaines personnes vivant avec le VIH.
Le Zimbabwe compte environ 1,3 million de personnes séropositives, dont près de 1,2 million bénéficient d’un traitement antirétroviral. Toute perturbation de l’efficacité thérapeutique ou de l’approvisionnement en médicaments constitue donc un enjeu majeur de santé publique.
Le détournement de médicaments
L’enquête intervient dans un contexte où l’approvisionnement en antirétroviraux est fragilisé par la baisse de certaines aides internationales, notamment américaines. Cette situation alimente le marché parallèle et favorise le détournement de médicaments destinés aux patients.
Selon Dalphine Tagwireyi, auteure de l’enquête, cette utilisation illicite risque d’aggraver les difficultés d’accès aux traitements pour les personnes qui en dépendent quotidiennement. Elle souligne également qu’aucune preuve scientifique ne démontre que les antirétroviraux permettent effectivement d’améliorer la croissance ou la résistance des volailles.
Des responsables du ministère zimbabwéen de l’Agriculture, interrogés anonymement, reconnaissent que cette pratique existerait dans certains élevages. Des cas similaires auraient également été signalés en Tanzanie et en Ouganda.




