Zimbabwe : de l’impartialité de la télévision

La Cour suprême a démontré son indépendance du pouvoir politique en exigeant l’impartialité des médias audiovisuels.

Dans les contradictions et les tensions qui se développent ces dernières semaines au Zimbabwe, avec l’organisation du scrutin législatif qui se tient ce week-end, une prise de position intervenue le 17 juin est passée presque inaperçue, alors qu’elle méritait d’être soulignée et commentée : la Cour suprême du Zimbabwe a ordonné à la radio-télévision nationale de faire preuve d’impartialité dans ses informations sur les violences politiques qui risquent de se poursuivre avant, pendant et après le vote.

La Cour suprême insiste tout naturellement sur le fait que la Constitution du pays protège les opinions politiques de toute discrimination, et oblige donc les médias audiovisuels à un traitement impartial des faits d’actualité. Cette décision qui prend la forme d’une recommandation adressée à la télévision publique répond à une saisine du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), mouvement d’opposition, craignant que les médias publics ne soient utilisés pour déchaîner les passions et peser sur le déroulement du scrutin voire sur la sécurité des électeurs.

Monopole

Le document émanant de la Cour suprême précise  » que la Zimbabwe Broadcasting Corporation (ZBC) doit effectuer de manière impartiale sa fonction de diffusion radio et télévision, sans discrimination en matière d’opinion politique et sans entraver le droit des personnes à donner et à recevoir des idées et informations « . Le MDC, parti politique né le 11 septembre 1999, voudrait que cette décision, faisant jurisprudence, s’applique également à tous les autres médias d’Etat, y compris aux journaux et au Ministère de l’information…

Il est vrai que le gouvernement coiffe directement l’information dans ce pays, détenant le monopole de la radio-diffusion, la seule agence de presse locale, ainsi que deux quotidiens et trois hebdomadaires. En outre, la radio reste largement la source unique d’information des populations rurales : d’où la crainte de certains militants politiques de lui voir jouer à leur encontre, en cas d’échec du parti au pouvoir, un rôle aussi sanglant que la tristement célèbre radio rwandaise  » des Mille Collines « , qui appela au déchaînement meurtrier en 1994…

En l’absence d’autorité de régulation indépendante de l’audiovisuel, comme il en existe dans plus de vingt pays africains, le MDC souhaiterait qu’une commission judiciaire, indépendante de l’exécutif, soit nommée pour garantir durablement l’impartialité des médias dépendant de l’Etat.