Zimbabwe: Crainte de coup d’Etat, de loi martiale, ou même de guerre

A l’heure où la gouvernance du Zimbabwe est incertaine, les violences post-électorales échappent à tout contrôle, se propageant à travers le pays, et les associations de défense des droits humains et les cellules de réflexion ont averti qu’un coup d’Etat militaire pourrait avoir lieu, que la loi martiale pourrait être appliquée, ou qu’une guerre civile pourrait même éclater.

L’espoir de voir le deuxième tour d’un scrutin présidentiel contesté aboutir à une réconciliation s’envole peu à peu, et de plus en plus d’appels sont lancés en faveur d’une intervention panafricaine.

« La transition du Zimbabwe vers la démocratie a été prise en otage », selon un rapport publié le 21 mai par l’International Crisis Group (ICG), une cellule de réflexion implantée à Bruxelles.

Depuis les élections présidentielles contestées du 29 mars dernier, le Zimbabwe « n’a pas de président élu ni de cabinet formé par les voies légales ; le Parlement n’a pas été convoqué, et la ZANU-PF (le parti au pouvoir depuis l’indépendance du Zimbabwe par rapport à la Grande-Bretagne, en 1980) et le MDC (le Mouvement pour le changement démocratique, parti d’opposition) contestent la moitié des résultats des législatives devant les tribunaux », toujours selon le rapport.

D’après l’IGC, le président Robert Mugabe est arrivé deuxième, cédant la victoire à Morgan Tsvangirai du MDC pour la première fois en 28 ans et « a riposté en se gardant de communiquer les résultats présidentiels pendant cinq semaines et en menant des actes de répression [contre les partisans de l’opposition] dans l’ensemble du pays ».

Les irréductibles de la ZANU-PF et l’armée « ne céderont pas le pouvoir au MDC sans lutter. M. Mugabe et eux ont probablement manipulé les résultats du scrutin présidentiel pour justifier la nécessité d’un second tour, et ont ensuite élaboré une stratégie pour conserver le pouvoir par la force ».

Si le président Mugabe réussissait à s’accrocher au pouvoir, les conséquences en seraient « catastrophiques », a prédit l’ICG. Et si l’on ne traite pas la question de l’allégeance des forces de sécurité [au président], « une victoire de M. Tsvangirai risque d’aboutir à un coup d’Etat militaire ou à l’application de la loi martiale, et à l’éclatement des services de sécurité en plusieurs factions ».

Plus foi en un deuxième tour

Le deuxième tour des élections présidentielles, qui opposera les candidats Robert Mugabe et Morgan Tsvangirai, est prévu pour le 27 juin, mais la plupart des observateurs craignent que les violences et les actes d’intimidation – qui auraient été perpétrés par les forces de sécurité, les vétérans de la guerre, les jeunes miliciens et les partisans de la ZANU-PF à l’encontre des partisans du MDC – n’aient porté atteinte à la crédibilité de toute issue possible.

« Le risque d’un coup d’Etat, qui aurait lieu soit avant le deuxième tour (de façon préventive, pour empêcher la victoire de l’opposition) soit après la victoire de M. Tsvangirai, est de plus en plus réel », selon le rapport.

Dans un courrier rédigé dans le courant de cette semaine, Human Rights Watch (HRW) a exhorté l’Union africaine (UA) à « dépêcher immédiatement des observateurs électoraux et des observateurs des droits humains au Zimbabwe pour favoriser la tenue d’un deuxième tour de scrutin présidentiel libre et juste ».

Selon les déclarations de l’association internationale de défense des droits humains, ceux de ses chercheurs qui se trouvent actuellement au Zimbabwe ont recensé des violences généralisées et systématiques, perpétrées par la ZANU-PF dans les provinces de Masvingo, du Manicaland et des Mashonaland Ouest, Est et Central.

« Les responsables et les partisans de la ZANU-PF, les “vétérans de la guerre”, l’armée et la police mènent une sanglante campagne de passages à tabac, de tortures et de meurtres à l’encontre des partisans du MDC, parti d’opposition […] Malgré l’accord politique conclu en vue de la tenue d’un deuxième tour de scrutin présidentiel, les violences perpétrées par la ZANU-PF se poursuivent ».

Selon HRW, ces violences post-électorales ont fait au moins 27 morts, des centaines de personnes ont été passées à tabac et torturées, et des milliers de personnes ont été déplacées et doivent être protégées d’urgence.

« L’UA devrait exiger publiquement que le gouvernement zimbabwéen mette un terme à sa campagne de violences, de tortures et d’intimidations. Si la situation actuelle n’est pas résolue, d’autres civils seront brutalisés et mourront », a déclaré Georgette Gagnon, directrice régionale du HRW pour l’Afrique, appelant au déploiement immédiat d’observateurs et d’agents chargés de la surveillance des droits humains à travers le pays.

« Il doit y avoir une reconnaissance générale du fait que le Zimbabwe sombre rapidement dans les conditions d’une guerre civile, largement créées par un recours croissant à la violence de la part d’un parti au pouvoir déterminé à rester en place. Un deuxième tour de scrutin présidentiel dans l’environnement actuel n’est ni réalisable ni souhaitable », pouvait-on lire dans un rapport sur les violences au Zimbabwe, publié le 21 mai par Solidarity Peace Trust (SPT), une organisation non-gouvernementale (ONG) sud-africaine de défense des droits humains.

Trop tard pour une médiation ?

Dans son rapport, SPT appelle le président sud-africain Thabo Mbeki, nommé médiateur entre les partis zimbabwéens par la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), à « prendre des mesures urgentes pour réunir les principaux partis au sein d’un nouveau processus de médiation ».

Mais les espoirs en M. Mbeki se sont envolés. Tandis que l’UA et la SADC appelaient à la publication des résultats électoraux et condamnaient la poursuite des violences, M. Mbeki « a continué de protéger M. Mugabe », et sa réticence à critiquer le président zimbabwéen ou à condamner les violences « a gravement porté atteinte à sa crédibilité », pouvait-on lire dans le rapport de l’ICG.

« Tout le monde a convenu que la situation n’était pas normale, sauf M. Mbeki », a noté Phandu Skelemani, ministre botswanais des Affaires étrangères. « Peut-être M. Mbeki est-il si engagé qu’il croit fermement que tout va bien. Mais aujourd’hui, il comprend que le reste de la SADC pense qu’il s’agit d’une question urgente, et que nous risquons les vies et les membres des populations. Il a clairement compris ce message ».

Selon l’ICG, le meilleur moyen pour le Zimbabwe de se sortir de la crise serait de former un gouvernement d’union nationale sous la direction du MDC.

« Les dirigeants africains, avec le soutien de la communauté internationale, doivent intervenir pour faire cesser ces violences et résoudre cette crise politique de plus en plus grave, idéalement en facilitant la conclusion d’un accord qui porterait sur la formation d’un gouvernement de transition mené par le MDC ».

Mais avant tout, a estimé l’ICG, avec ou sans deuxième tour présidentiel, il est essentiel que des négociations soient menées par des tierces africaines « pour faire en sorte que l’armée accepte la passation de pouvoir ».