Zaza, reine du (mé)tissage

La talentueuse Isabelle Mendene Foé, alias Zaza, donne à voir des tissus oeuvres-d’art originaux. Une petite visite dans notre galerie d’art s’impose.

Toutes nos sociétés sont  » installées dans l’hybride « . Il porte aussi un autre nom, plus beau encore : le métissage. Mé-tissage, c’est à dire tissage mêlé des cultures et des traditions. Un métissage qui n’a de sens que si chacun reste conscient de toutes les traditions qui s’y rejoignent et s’y croisent.

La tâche que s’est assignée Isabelle Mendene Foé, Zaza, est précisément celle- là : faire dialoguer les tissus de l’Afrique et de l’Europe, nous permettre de connaître l’héritage dont ils sont chargés, de retrouver les racines textiles de l’identité africaine.

Car le tissu est en Afrique un support de création totalement codifié : motifs symboliques, rituels, traditionnels. Les formes esthétiques ont aussi leurs significations, qui perdurent même lorsqu’elles sont devenues inconscientes. La beauté évidente de ces tissus n’est pas gratuite : elle est lourde de sens. Et même lorsque nous ne savons pas décrypter les messages, nous ne pouvons plus ignorer qu’ils existent. Ils ont dans leur simplicité, une étonnante et durable présence : ce ne sont pas des feuilles mortes et sèches, elles sont habitées et vivantes.

Matisse en Afrique

Le travail réalisé sur ces tissus, pièces exceptionnelles, est un passage entre les deux continents. On trouvera donc chez Zaza des bogolans (tissu bambara originaire du Mali), le tissu Kuba qui tient son nom des populations dont le territoire se situe à l’Ouest du fleuve Kasaï (ex-Zaïre) et des pagnes du même pays destinés à la fête et à la danse, appelés  » ntashak « . Ces derniers, avec leurs figures géométriques et leurs couleurs en négatif-positif font immanquablement penser à des dessins de Klee ou de Matisse.