
Le climat politique se tend encore en Zambie. Brian Mundubile, principal adversaire du Président réélu, Hakainde Hichilema, est interrogé ce jeudi 27 août par la police, avec son colistier Makebi Zulu. Les deux hommes sont accompagnés de leurs avocats, tandis que les autorités invoquent une enquête portant sur des activités susceptibles de menacer la sécurité nationale.
À ce stade, aucune accusation formelle n’a été annoncée contre Brian Mundubile. Mais la référence répétée de la police à la “sécurité nationale” pose une question : jusqu’où pourrait aller la procédure contre le principal opposant zambien ?
Pourquoi Mundubile est-il dans le viseur ?
La police zambienne affirme enquêter conjointement avec d’autres forces de l’ordre depuis plusieurs années sur de possibles menaces contre la sécurité nationale. Dans la convocation adressée aux avocats de Mundubile et de Zulu, elle évoque notamment des « activités alarmantes » qui auraient eu lieu dans des propriétés liées aux deux responsables politiques. Les autorités ont également établi un lien avec des faits survenus au lendemain de la Présidentielle du 13 août.
Ce dossier est particulièrement sensible parce qu’un raid mené au domicile de Brian Mundubile après le scrutin avait conduit à l’arrestation de onze personnes et à la mort par balle de l’ancien ministre Mutotwe Kafwaya. La police avait affirmé avoir découvert une activité pouvant constituer une menace grave pour la sécurité de l’État. Mundubile rejette entièrement ces accusations. L’opposant avait également contesté les résultats de l’élection, remportée officiellement par le Président sortant, Hakainde Hichilema, avec environ 60 % des suffrages contre 38 % pour lui. Des observateurs internationaux avaient relevé des restrictions et des épisodes d’intimidation au cours du processus électoral.
Le scénario le plus grave : des poursuites pour atteinte à la sûreté de l’État
La législation zambienne prévoit des sanctions lourdes pour les faits relevant de la trahison ou d’une entreprise visant à renverser le gouvernement par la force. Le Code pénal prévoit notamment la prison à vie pour certains actes de trahison et jusqu’à 20 ans d’emprisonnement pour le « treason-felony », qui couvre certaines tentatives illégales de modifier le pouvoir ou d’usurper les prérogatives de l’État.
Mais il serait hasardeux d’en déduire que Brian Mundubile risque automatiquement ces peines. La police n’a pas publiquement annoncé qu’il était poursuivi pour trahison ou pour insurrection. Les éléments actuellement connus portent sur une enquête pour des activités présumées menaçant la sécurité nationale. La Constitution zambienne protège par ailleurs la liberté individuelle : une privation de liberté doit reposer sur une base légale, notamment l’existence d’une suspicion raisonnable d’infraction, et toute personne arrêtée doit être informée des motifs de sa détention. Elle doit également être présentée à un tribunal sans délai excessif si elle reste en détention.
Une enquête dans un climat politique électrique
Le contexte politique dans lequel l’interrogatoire se fait est préoccupant, puisque l’atmosphère était déjà particulièrement lourde. Le 24 août, jour de la clôture du dépôt des recours contre les résultats de la Présidentielle, la Cour suprême et la Cour constitutionnelle, ainsi que d’autres juridictions de Lusaka, avaient été fermées, officiellement pour des raisons de sécurité. Cette fermeture a suscité de nouvelles interrogations sur les conditions dans lesquelles l’opposition peut contester le scrutin.
Une enquête visant un responsable de l’opposition peut parfaitement relever du droit commun lorsque des faits précis la justifient. Mais, dans le climat postélectoral actuel, toute procédure visant le principal adversaire du président sera nécessairement scrutée avec attention. D’autant que l’ONU a déjà appelé Lusaka à mettre fin aux arrestations arbitraires et à respecter pleinement les droits des détenus. À ce stade, rien ne permet toutefois d’affirmer que Brian Mundubile fera lui-même l’objet de poursuites pour trahison




