Youba Dianka : « Les noirs ont toujours été exclus en Mauritanie »

Près de 1000 personnes ont répondu à l’appel à manifester du collectif « Touche pas à ma nationalité » contre le recensement des noirs en Mauritanie ce dimanche, à Paris, devant l’ambassade de Mauritanie. Youba Dianka, secrétaire général de l’organisation contre la violation des droits humains (OCVIDH), une des associations du collectif, confie à Afrik.com, les raisons de la colère.

Les Mauritaniens noirs en colère. Le climat est de plus en plus tendu à Nouakchott, où les manifestations se multiplient contre le recensement national entrepris par le gouvernement depuis mai 2011. La population noire mauritanienne, qui juge ce procédé discriminatoire à son encontre, craint en effet une remise en question de sa nationalité qui lui est demandée de prouver par des pièces administratives presque « impossibles à réunir », selon des organisations de défense des droits humains. Mercredi et jeudi des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants à Kaédi, au sud de la capitale, ont fait cinq blessés graves. La marche organisée samedi s’est soldée, quant-à-elle, par la mort d’un jeune homme de 19 ans, Lamine Mangane, suite aux tirs des gendarmes. Pour Youba Dianka, son décès prouve qu’il faut continuer la mobilisation pour mettre un terme à ces dérives.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous décidé de lancer une mobilisation à Paris ?

Youba Dianka :
Le recensement qui se déroule actuellement en Mauritanie relève d’un caractère raciale. Il a pour seul objectif d’exclure les noirs. Nous protestons contre cette mesure. C’est donc un soulèvement spontané dû à un mécontentement général. Un jeune homme, Lamine Mangane, a perdu la vie lors de la marche de samedi à Nouakchott. Sa mort est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Elle nous a encore plus incités à nous mobiliser.

Afrik.com : En quoi ce recensement remet en question la nationalité des noirs mauritaniens ?

Youba Dianka :
Ce recensement exige des mauritaniens noirs une justification de leur nationalité par des pièces administratives qui sont extrêmement difficile à obtenir, voire même impossible. Les autorités demandent parfois à ce que la nationalité mauritanienne soit justifiée par celle du père. Ce qui peut poser problème. En effet, s’il est décédé, ils exigent le certificat de décès. Où voulez-vous trouver un certificat de décès en Mauritanie ? En général personne n’a ce type de justificatif dans le pays. A l’inverse, si le père est en vie, ils exigent à ce qu’il vienne se présenter de lui même. Ce qui veut dire que s’il est âgé de 80 ans ou plus, il faut qu’il se déplace sur plusieurs kilomètres. Toutes ces procédures extrêmement compliquées ont été mises en place pour que les noirs ne puissent pas justifier leur appartenance à ce pays. Ils risquent donc l’expulsion dans un an ou deux.

Afrik.com : Pourquoi selon vous les autorités mauritaniennes tiennent-elles à tout prix à expulser les noirs du pays, hormis les raisons raciales que vous décrivez ?

Youba Dianka :
Pour moi le racisme est la seule explication à ces agissements. Les noirs occupaient des postes importants, notamment dans l’armée, la police, et sont beaucoup plus nombreux que les arabes. Il fallait les raréfier de l’armée et la police et dénégrifier le pays. Depuis l’indépendance, les noirs ont toujours été exclus en Mauritanie. Ils ont été massacrés et tués de façon inhumaine. Certains ont été pendus, enterrés vivants, et d’autres écartelés par des voitures, notamment durant les évènements de 1989.

Afrik.com : Dans ce climat extrêmement tendu, craignez-vous une répétition des massacres de 1989 à l’encontre des noirs ?

Youba Dianka :
Je suis convaincu que ces évènements peuvent se répéter à nouveau, même si beaucoup pensent le contraire. En tout cas, il faut rester très vigilant. C’est pour cela que nos compatriotes doivent continuer à se mobiliser. Nous n’avons pas à justifier notre identité. Nous sommes Mauritaniens un point c’est tout. Là-dessus il n’y a pas de discussions possibles !