Yannick Mbiya nommé Directeur général de la TMB, un « fils maison » face à un nouveau cadre légal en République Démocratique du Congo


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Yannick Mbiya Ngandu DG de la TMB (RDC)
Yannick Mbiya Ngandu DG de la TMB (RDC)

Trust Merchant Bank (TMB), filiale congolaise du groupe kényan KCB, tourne une page symbolique en confiant sa direction générale à un Congolais issu de ses rangs. La nomination de Yannick Mbiya Ngandu intervient à un moment charnière : le marché s’élargit rapidement côté clients, mais se durcit côté règles. Dans ce contexte, la banque sera jugée sur sa capacité à exécuter sous contrainte réglementaire, à améliorer l’expérience client et à financer davantage l’économie réelle.

Un parcours « maison » et une légitimité d’exécution

Le profil de Yannick Mbiya Ngandu est celui d’un banquier formé à la gestion, puis aguerri dans la mécanique d’un réseau d’agences. Titulaire d’une qualification en ingénierie de gestion de l’Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve), avec des spécialisations en finance d’entreprise, stratégie et innovation, il rejoint la TMB en 2007  au moment où l’établissement structure sa croissance à Kinshasa et prépare son extension nationale.

Il passe par des fonctions commerciales et d’encadrement, prend ensuite la responsabilité du projet d’expansion du réseau (Kinshasa puis provinces), rejoint le Comité de direction et le Conseil d’administration en 2011, puis devient Directeur général adjoint en charge du Business et de l’ensemble du réseau d’agences à partir de 2019. Cette trajectoire interne, du terrain à la gouvernance, est un atout dans un secteur où la confiance se construit par la discipline du risque et la qualité d’exécution.

Un élément biographique renforce le récit d’ancrage bancaire, son père, Alphonse Ngandu Kalonda Bujitu, est présenté par la Banque centrale du Congo comme le premier Directeur général congolais de l’Hôtel des Monnaies (1992) et comme membre du Comité de gestion de la BCC en 1997. 

Plus de comptes, mais encore peu de crédit

La RDC connaît une accélération de l’accès aux services financiers, largement tirée par la monnaie électronique. Dans la cartographie nationale,  le paysage de 2022 compte 14 banques commerciales.. Le nombre de comptes dans le secteur financier a atteint 21,5 millions en 2022, contre 1,1 million en 2009. Le taux d’inclusion financière est donné à 38,5 % en 2022, avec un objectif de 65 % à l’horizon 2028.

Mais l’économie reste sous-financée, le crédit au secteur privé représente 7,5 % du PIB. L’accessibilité demeure fragile : la pénétration démographique est de 2 points de service par 10 000 habitants en 2022, et les banques et institutions de microfinance comptaient 11 431 agents bancaires en 2022. La bataille se joue donc sur la qualité des parcours clients, l’industrialisation des paiements et la capacité à transformer l’ouverture de comptes en financement productif.

Réformes : nouvelle loi bancaire et pression sur la gouvernance

Le mandat du nouveau DG s’ouvre dans un environnement réglementaire plus exigeant. La loi n° 25/061, promulguée le 31 décembre 2025, modifie le cadre de l’activité et du contrôle des établissements de crédit et autres institutions financières dont l’objectif est de moderniser un secteur jugé peu inclusif et peu attractif pour les investisseurs, d’élargir l’accès aux services financiers, de renforcer la supervision bancaire et de restaurer la confiance.

La réforme s’articule avec des exigences déjà portées par la Banque centrale dont  les effets de l’Instruction n° 18 (4 juillet 2023) : chaque établissement doit compter au moins quatre actionnaires détenant chacun au minimum 15 % du capital, et aucun actionnaire ne pourra contrôler plus de 55 % après le 4 juillet 2026. Pour les groupes bancaires régionaux, dont KCB via TMB, ce calendrier crée une pression d’exécution et une obligation de pédagogie envers le marché.

Le volet politique est assumé et  l’examen parlementaire de la réforme souligne une volonté de renforcer l’inclusion financière tout en favorisant une participation majoritaire des Congolais dans la gestion des établissements de crédit, et en allégeant certaines contraintes liées à la dilution du capital social. L’équilibre entre attractivité pour l’investissement, souveraineté économique et stabilité du système restera donc un thème durable.

Ce que le marché attend du « premier DG congolais » de la TMB

La nomination ouvre une fenêtre narrative, mais elle crée aussi un niveau d’exigence supplémentaire : il faudra convertir le symbole en résultats. Dans la place, trois formules reviennent pour résumer l’attente des analystes : tenir la conformité et la rentabilité en même temps ; gagner la bataille de l’expérience client plutôt que celle des slogans ; financer des chaînes de valeur en sécurisant les flux. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement d’occuper la fonction, mais de prouver un style de gestion – discipliné, mesurable et orienté résultats.

Une ligne de crête : confiance, exécution, inclusion

L’agenda de Yannick Mbiya Ngandu est exigeant mais lisible. D’abord, sécuriser la « licence de confiance » : conformité, maîtrise du risque, lutte contre la fraude, qualité des portefeuilles, dialogue régulier avec la BCC. Ensuite, gagner la bataille de l’expérience client par une banque plus simple, plus rapide et mieux digitalisée, y compris sur la gestion des plaintes. Enfin, inscrire la TMB dans la trajectoire de formalisation de l’économie en élargissant le financement des PME et des chaînes de valeur, là où la progression des comptes ne s’est pas encore traduite par un marché du crédit à la hauteur du potentiel.

Dans un secteur qui s’élargit côté clients et se durcit côté règles, le leadership ne se décrète pas : il se démontre trimestre après trimestre. La nomination d’un Directeur général congolais de la TMB depuis la création de la banque n’aura donc de valeur que si elle s’accompagne d’une exécution irréprochable et d’une proposition de valeur lisible pour les ménages comme pour les entreprises.

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