World Kora Trio, ou comment le jazz occidental a adopté l’instrument des griots africains

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Le World Kora Trio marie, depuis des années, avec bonheur, le violoncelle classique, la kora mandingue et les percussions du jazz. Leur dernier opus, « Un poisson dans le désert », variation sur les chants à répons qui sont communs aux trois continents -Amérique, Afrique et Europe- est un petit bijou d’inventivité et de sérénité. Un disque qui fait du bien à l’âme…

Le violoncelliste américain Eric Longsworth est tombé amoureux de la kora et des musiques à la fois tranquilles, graves et légères, de la tradition mandingue. Et, bien que jouant sur un instrument créé à l’origine pour la musique classique, il est tombé amoureux du jazz aussi ! Il a donc formé, il y a quelques années, avec le joueur de kora malien Chérif Soumano et le percussionniste français, David Mirandon, le « World Kora Trio », des compositions où les sonorités du violoncelle classique, la douceur mandingue, et les rythmes syncopés et la totale liberté du jazz, se marient harmonieusement.

La kora était quasiment absente des formations jazz, il y a 20 ans, et s’impose aujourd’hui dans de nombreux duos ou trios : que l’on songe au Kora Jazz Trio, avec le pianiste Abdoulaye Diabaté, le joueur de kora Yakouba Sissokho et le percussionniste Moussa Sissokho, ou encore au duo Vincent Segal (violoncelle) et Ballaké Cissoko (kora). Sans compter les innombrables collaborations ponctuelles de joueurs de kora dans des formations jazz, ou accompagnant des chanteurs et chanteuses de jazz…

La kora était traditionnellement l’instrument des griots en Afrique de l’Ouest. Les griots étaient des castes de musiciens qui, dans ces cultures de tradition orale, racontaient en musique l’histoire de la région, mais aussi des familles nobles qui les employaient : un peu leurs « chargés de com » dirait-on aujourd’hui, qui chantaient leurs louanges et flattaient leur ego pour être d’autant mieux rémunérés, comme le renard dans la fable avec le corbeau. Ces musiciens animaient aussi, et animent toujours, les fêtes dans les familles -mariages, baptêmes, enterrements- comme les musiciens traditionnels partout dans le monde.

nadia_12.jpg Avec la colonisation, les aristocraties locales ont été démantelées, et les griots, perdant ainsi une importante source de revenus, ont dû devenir de simples musiciens. Mais la tradition demeure : on est joueur de kora de père en fils, le plus souvent. Ainsi, parmi les artistes de kora célèbres aujourd’hui, Ballaké Sissoko est le fils du grand Djélimadi Sissoko, et Toumani Diabaté est le fils de Sidiki Diabaté. Les pères avaient enregistré un duo de koras dans les années 70, les fils ont fait de même en l’an 2000… Et Toumani Diabaté a sorti, il y a quelques mois, un disque avec son propre fils, joueur de kora en même temps qu’il est une star à la guitare d’un groupe de rock au Mali, prénommé Sidiki en l’honneur de son grand-père…

Mais la sérénité mandingue ne se décrit pas en mots : elle s’écoute. Et les dates des prochains concerts sont sur leur site (Cliquez sur le lien).