Waël Ghonim : l’homme le plus influent du monde est africain

Comme chaque année depuis 1998, le Time Magazine dresse la liste des 100 personnalités les plus influentes de la planète. En 2011 et pour la première fois, c’est un Africain qui prend la tête d’un classement qui témoigne de la puissance du Net.

Pendant la révolte égyptienne fin janvier, Waël Ghonim est passé du statut d’ingénieur anonyme à celui de leader de la révolution egyptienne en seulement quelques jours. Le responsable de Google pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient a mené le mouvement de contestation égyptien à partir de ses comptes Facebook et Twitter, grâce auxquels il administrait des pages de soutiens aux cyber-dissidents emprisonnés ou battus à mort par des policiers du régime d’Hosni Moubarak. Il avait été interpellé à son tour le 27 janvier dernier et libéré douze jours plus tard. Lors d’une interview télévisée accordée à la chaîne égyptienne Dream 2, il s’effondre en larmes à la vue des images de jeunes Egyptiens tués lors de la répression des manifestations. Dès le lendemain, il est accueilli en héros sur la place Tahrir et déclare : « J’aime à appeler ça la révolution Facebook mais après avoir vu les gens ici, je dirais que c’est la révolution du peuple égyptien. C’est formidable ». Son rôle dans la révolution égyptienne relève surtout du symbole, puisque des centaines d’autres manifestants ont également connu la prison mais son apparition au sommet du classement du magazine américain fait de lui une icône africaine.

La palme aux révolutionnaires

Au total, six personnalités du continent apparaissent dans le classement. Ils étaient cinq en 2009 et deux en 2010. Le gouverneur de la banque centrale nigériane, Lamido Sanusi, occupe la onzième place devant Fathi Terbil. L’avocat libyen, pionnier de la révolte libyenne née à Benghazi, est lui classé 26e. Du côté du pouvoir, le fils du dirigeant Mouammar Kadhafi, Saïf al-Islam arrive au 47e rang des personnalités les plus influentes du monde. Autre figure du « printemps arabe », le rappeur tunisien El Général, qui est l’auteur de la chanson Rais Lebled (« Le chef du pays » en arabe) qui a accompagné la révolution tunisienne et que les Égyptiens ont repris à leur compte. Le classement 2011 fait ainsi la part belle aux leaders des révolutions arabes. Enfin, en queue de peloton, figure l’économiste sénégalaise Bineta Diop. La seule femme issue du continent africain dans ce classement occupe la 98e place.

Le Net, terreau d’influence

La cyber-dissidence, le rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes et, encore plus récemment, dans la crise ivoirienne ont été largement commentés par la presse et les spécialistes du genre. Le classement du Time Magazine fait également écho à ce phénomène. Trois individus issus du monde d’Internet apparaissent parmi les dix personnalités les plus influentes du monde en 2011. En plus de Waël Ghonim sur la plus haute marche du podium, Mark Zuckerberg, le créateur et dirigeant de Facebook occupe la sixième place du classement. Enfin, Julian Assange, éditeur et porte-parole de site Wikileaks arrive en neuvième position.