Wade trouve des cailloux dans sa Sopi

La campagne des législatives au Sénégal se déroule sur fond d’affaires et de tensions persistantes avec l’ancien allié du président Wade, Moustafa Niasse. La grande coalition anti-socialiste, vainqueur aux présidentielles, a vécu.

J-7 des législatives au Sénégal. Le pays vit les échéances de ces élections, que d’aucuns considèrent comme un troisième tour de la présidentielle, avec une fièvre croissante. Savant mélange de proportionnelle et de scrutin majoritaire, ces élections voulues par le président Abdoulaye Wade au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 15 février dernier, doivent permettre le renouvellement d’un parlement jadis contrôlé par les socialistes de l’ancien président Abdou Diouf.

L’objectif du chef de l’Etat est de s’assurer une majorité parlementaire lui permettant de mener les réformes souhaitées. Mais l’enjeu affiché par le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) du président Wade et de sa coalition Sopi (changement) n’est guère partagé (c’est le moins qu’on puisse dire) par l’opposition socialiste et surtout, l’ancien allié du pouvoir, l’ex-Premier ministre, limogé en mars, qui n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les velléités hégémoniques de la formation présidentielle.

Le divorce entre le PDS et le parti de l’ancien chef de gouvernement, l’Alliance des Forces de Progrès (AFP), est loin, en effet, de se dérouler  » à l’amiable « . Le 18 avril dernier, la caravane conduite par Abdoulaye Wade à Kaolack, fief de Moustafa Niasse, a été copieusement  » caillassée  » par des militants de l’AFP, provoquant la riposte des forces de l’ordre. Bilan : cinq blessés et un nombre indéterminé d’arrestations.

Corruption avouée pas du tout pardonnée

La tension dans cette localité située à 190 kilomètres à l’Est de Dakar, s’est encore accrue avec la déclaration de l’ancien président du sénat socialiste, Abdoulaye Diack, rallié au PDS, qui a reconnu publiquement avoir détourné de l’argent afin de le  » partager  » avec les Kaolackois.

L’ancien maire de Kaolack voulait-il par cet aveu faire montre de transparence et s’attirer les sympathies des électeurs ? Possible. Encore faut-il qu’il puisse un jour se présenter quelque part : non seulement l’homme est dans le collimateur du procureur de la République et de la Division des Investigations criminelles (organisme créé pour lutter contre la corruption), mais Wade a dû monter au créneau pour jurer haut et fort qu’il ne protégera personne. En jargon politique, on appelle cela un  » lâchage « . La presse nationale fait ses gorges chaudes de cette affaire, n’hésitant pas à qualifier Diack de  » parrain de Kaolack « .

Moustafa Niasse qui n’a de cesse de dénoncer les dérives de la coalition  » Sopi  » vers un Parti-État, se frotte les mains. Il est en passe de gagner son pari : convaincre que l’enjeu de ces suffrages tient en un combat entre partisans de la démocratie plurielle et adeptes du parti unique. L’argument même qui avait fait chuter Abdou Diouf, il y a un an.