Wade au secours de la maison des étudiants d’Afrique de l’Ouest à Paris

Après avoir appris la « descente de Police » effectuée mercredi dernier à la Maison des étudiants des Etats de l’Afrique de l’Ouest (MEEAO) de Paris, le président sénégalais n’a pas tardé à réagir. Lors de sa visite en France, Abdoulaye Wade a rencontré samedi, au pied levé, l’avocat de l’association des résidents. Il a immédiatement pris des dispositions pour faire entendre les droits à la propriété des sept anciens Etats de l’AOF. Reportage.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade prend au sérieux le sort de la très convoitée Maison des étudiants des Etats de l’Afrique de l’Ouest (MEEAO), dans le XIIème arrondissement de Paris. En visite en France et malgré un programme chargé, il a tenu à rencontrer Maître Gibert, l’avocat des résidents, samedi, avec lequel il s’est entretenu pendant plus d’une heure.

Rafle, abus de droit et violation de propriété privée

« Le récit de l’incursion, pour raison de recensement, de plus de 80 policiers, mercredi matin à l’aube, a profondément choqué le Président Wade, c’est la raison pour laquelle il m’a reçu aussi rapidement », rapporte Maître Gibert après son entretien avec le chef de l’Etat sénégalais.

Les résidents, réunis samedi soir, s’indignent effectivement de la procédure : « Un recensement ? A six heures et demi du matin ? A 80 personnes ? Un huissier est venu en faire un l’été dernier, et tout s’est très bien déroulé ! Là, cela n’avait rien d’un recensement ! », témoigne Mme Sayi.

Pour Maître Gibert, l’acte est sans équivoque « ceci ressemble à une rafle et un abus de droit caractérisé, à une violation de propriété non seulement privée mais à fortiori qui a toutes les caractéristiques d’une propriété étatique. »

L’avocat, spécialiste en droit de l’immobilier, juge illégale l’intrusion massive des forces de l’ordre dans la maison : « C’est une perquisition sans droit ! La maison appartenait à l’Afrique Occidentale Française, le droit de succession des biens qui a été appliqué à sa dissolution induit une succession en indivision aux sept anciens états de l’AOF [[Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Niger, Mali, Mauritanie, Sénégal]]. Elle est aujourd’hui encore, au même titre que les ambassades, un territoire africain sur le sol français. Celui qui oublie ces principes oublie tous les principes para-diplomatiques ! Cela constitue un déni de propriété qui finit par constituer un véritable déni de décolonisation ».

Priorité sécurité

Juridiquement, admet Hélène Schwoerer, la conseillère technique de la Mairie de Paris, le Sénégal a effectivement revendiqué la propriété du bâtiment. Au terme d’une procédure de bien sans maître [[Bien immobilier dont le propriétaire ne se manifeste pas ou est inconnu, et pour lequel on ne peut déterminer s’il existe des ayants droit à la propriété de son patrimoine]], elle attend les conclusions d’une analyse juridique de droit international pour éclaircir ce point. Mais, relève-t-elle : « la question n’est pas là ! On ne va pas se faire la guerre à ce propos entre Paris et le Sénégal ! Pour moi, comme pour Madame Blumenthal, maire du XIIème arrondissement, ce qui importe c’est la sécurité et le bien-être des quelques 96 ménages et des enfants qui y vivent. »

Elle rappelle que la mairie de Paris est intervenue récemment pour qu’EDF rétablisse l’électricité dans le bâtiment malgré 15 000 euros d’impayés en admettant que la situation reste complexe : « même si c’est dur à entendre, on ne peut pas se permettre d’avoir des hébergements non maîtrisés et des familles qui deviennent prioritaires au relogement parce qu’elles sont hébergées, comme c’est le cas ici, dans des conditions sanitaires et de sécurité non conformes, alors que d’autres qui étaient prioritaires voient leurs dossiers relégués ! »

Un règlement diplomatique du conflit?

Un discours qui a bien du mal à se faire entendre au 69 boulevard Poniatowski. «La mairie a des vues sur le bâtiment et prétexte qu’il n’a pas de propriétaire pour le récupérer. Ils ne voient que leurs intérêts, les vies humaines, ils s’en foutent ! Je ne vois pas pourquoi l’autorité française nous priverait de nos droits ! Nous sommes des citoyens étrangers certes, mais des citoyens ! » s’insurge Madame Bahi, une résidente qui, comme d’autres, se dit toutefois « boostée par l’intervention du Président Wade dans l’affaire. On reprend confiance, Ce patrimoine, c’est le nôtre, celui de l’AOF, on ne peut pas le balayer de la main ! »

Et il semble bien qu’en effet, le chef de l’Etat sénégalais ait un important rôle diplomatique à jouer pour apaiser ce conflit qui oppose depuis deux ans les résidents de la MEEAO à la mairie de Paris. Il affirme avoir été investi par les six autres pays du règlement du dossier, et est pour l’instant le seul intermédiaire commun et reconnu par les deux parties.

Samedi, Abdoulaye Wade a confié l’ensemble du dossier à l’avocat de l’association qui aura désormais tous pouvoirs pour le défendre, tandis que l’ambassadrice du Sénégal se prépare à rencontrer les représentants de la mairie, mercredi 1er avril à Paris.

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