Voyage au bout du veuvage

Une si longue lettre de la Sénégalaise Mariama Bâ est un classique. Un ouvrage paru en 1979 et qui ose aborder des sujets tabous comme les castes, l’éducation sexuelle, le corps des femmes. Vingt ans après la mort de son auteur, c’est toujours un livre majeur.

 » Sur le sable fin, rincé par la vague et gorgé d’eau, des pirogues, peintes naïvement, attendaient leur tour d’être lancées sur les eaux. Dans leurs coques, luisaient de petites flaques bleues pleines de ciel et de soleil « . La plume de la Sénégalaise Mariama Bâ est enchanteresse, poétique et colorée. C’est d’abord ce qui marque à la lecture de son livre phare, Une si longue lettre, roman universel à la renommé internationale publié en 1979.

Viennent ensuite les thèmes abordés par le livre. Ramatoulaye Fall vient de perdre son mari et écrit à sa meilleure amie, Aïssatou Bâ. Au-delà des souvenirs évoqués, c’est un tableau vivant et terriblement juste de la femme africaine qui se dessine entre les lignes de la romancière. Elle insiste sur le rôle  » multidimensionnel  » de la femme au foyer qui enfante, nourrit, exécute ou supervise les tâches domestiques. Mais elle décrit surtout l’univers souvent tragique de la polygamie.

Militantisme féministe

Son amie, Aïssatou a refusé de vivre dans une situation polygame et s’est exilée aux Etats-Unis. Ramatoulaye, elle, fait face à  » Binetou, une enfant de l’âge de ma fille Daba, promue au rang de ma coépouse « . Abandonnée par son mari, elle se décrit comme  » une feuille qui voltige mais qu’aucune main n’ose ramasser « . Fière et courageuse, la Ramatoulaye du livre n’a en commun avec Mariama Bâ que le métier d’institutrice.  » J’ai choisi la forme d’une lettre pour donner à l’oeuvre un visage humain. Quand on écrit une lettre, on dit  » je « . Ce  » je  » s’identifie à Ramatoulaye et non à l’auteur « , expliquait la romancière de son vivant.

Elle a aussi ce militantisme féministe lucide qui la fait lutter pour les droits de la femme et sa représentation politique. L’écho important qu’a rapidement rencontré ce roman épistolaire (il sera traduit en vingt langues) tient au fait que Mariama Bâ ose y aborder des sujets tabous. Elle y parle du système des castes au Sénégal, de la remise en question de la cellule familiale par les jeunes générations (avec la fille de Ramatoulaye, Daba), de l’éducation sexuelle à prodiguer à ses enfants (avec les jumelles de Ramatoulaye).

Mariama Bâ est partie le 17 août 1981, sans avoir eu le temps d’interpréter Le Chant écarlate, son deuxième roman, qui sera publié en 1982. Elle reste comme l’une des premières femmes africaines à avoir défendu la littérature sénégalaise, pour ne pas dire africaine, dans le monde.

Une si longue lettre de Mariama Bâ; collection Motifs aux éditions du Serpent à Plumes.

Le texte fait partie du coffret  » Femmes d’Afrique  » aux côtés de La grève des battu d’Aminata Sow Fall et du Mal de peau de Monique Ilboudo.

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