Voix d’Afrique

Rendre à l’Afrique sa mémoire sonore avant qu’elle ne disparaisse. Un pari ambitieux qu’ont relevé l’Ina et RFI. Leur coffret,  » Afrique, une histoire sonore 1960-2000  » sort le 26 avril. A l’intérieur, sept CD où résonnent les voix du passé, où l’on mesure les bouleversements de quarante années troubles. Où l’on comprend aussi l’Afrique d’aujourd’hui.

 » Si on perd la mémoire sonore en Afrique, on perd tout simplement la mémoire. » L’inquiétude légitime du président malien Konaré, soucieux de voir se détériorer peu à peu les archives sonores africaines- souvent la seule source historique disponible – a fait son chemin dans l’esprit de Philippe Sainteny, rédacteur en chef de Radio France internationale. Au point de lui suggérer un ambitieux projet. Mettre en commun les archives de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel) et de RFI, recueillies en Afrique au fil du temps. Et créer une histoire sonore du continent africain. Foisonnante, inaltérable et accessible au plus grand nombre…

C’est désormais chose faite. Après un minutieux travail de documentation, écoute, sélection et organisation thématique des archives, sous l’égide de l’historien Elikia M’Bokolo, un coffret de sept CD voit le jour cette semaine. 270 documents sonores, près de sept heures d’archives politiques commentées sont rassemblés ici. Une première pour le continent africain. Une nécessité aussi.

Rendre aux Africains leur histoire

 » Les jeunes générations africaines ont le même rapport à l’histoire contemporaine que les Français à Charlemagne. Ils connaissent les faits mais ne parviennent pas se les représenter « , s’étonne Elikia M’Bokolo.  » Alors, oui, on peut faire de l’histoire sur la période contemporaine. Et même on doit le faire.  » Mais cette  » sonothèque ambulante « , c’est même un peu plus que de l’histoire. Une invitation à la revivre à l’écoute des voix de ceux qui l’ont faite.

Et pas n’importe quelle histoire. Une histoire positive, celle de l’Afrique combattante, en lutte pour sa liberté. Le choix de la période s’impose de lui-même. 1960, c’est l’année cruciale, l’année des indépendances dans presque tous les pays d’Afrique subsaharienne. Le début d’une longue quête d’identité, durement conquise à travers les guerres civiles, les rapports passionnels avec les puissances coloniales, les apprentissages démocratiques et les rêves de fédération africaine. L’origine de l’Afrique d’aujourd’hui.

Un deuxième volet 100% africain

Mais ce coffret n’est qu’une étape. Déjà naît le projet de réunir les archives de toutes les radios publiques africaines dans un second volet. Une tâche bien plus ardue. Et plus urgente aussi. Parce que les archives se détériorent. Parce qu’elles sont incomplètes en vertu d’une fâcheuse tendance à faire disparaître les voix de ceux qu’on ne veut plus entendre. Et parce que les gens qui pourraient servir de guides partent aujourd’hui à la retraite. Un précieux complément prévu pourtant dans deux ou trois ans.

Mais en attendant, il y a là largement de quoi se repaître. Et cette histoire sonore fera, n’en doutons pas, du bruit à son tour.

Coffret en vente sur ce site à partir du 26 avril.