
Au cœur de Porto-Novo, capitale du Bénin, précisément dans l’enceinte d’une école primaire, le Complexe scolaire protestant jouxtant l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest, se dresse un complexe sportif qui, vu de l’extérieur, n’a l’air de rien. Mais en réalité, au Shogun Dojo s’entretient et se nourrit l’esprit des arts martiaux dans leur plus grande pluralité. À l’intérieur de la salle, quelques matériels de sport : un tatami de couleurs rouge et bleu, un heavy bag destiné aux professionnels des arts martiaux, de petits sacs destinés aux enfants, le pao adapté à toutes sortes de frappes, des pattes d’ours, des gants de diverses tailles, des protections pieds et tibia, des plastrons, des casques, des dumbbells, des barres – barre olympique, barre incurvée –, etc. offrent au visiteur une certaine idée ce qui se fait entre ces quatre murs qui gardent un aspect sobre.
Mais il faut se rendre sur les lieux à l’heure des entraînements pour voir la magie se dérouler. Du karaté au MMA en passant par le Jiu-jitsu, les arts martiaux se vivent au quotidien au Shogun Dojo par toutes les catégories d’âge. Des plus jeunes (5 ans) aux seniors, tous s’y retrouvent, sous le magistère de Aimé Atche, un homme qui se présente comme « un passionné des arts martiaux qui a dédié une part de vie à la maîtrise du corps et de l’esprit ». C’est à cet homme qu’Afrik dédie ses colonnes aujourd’hui pour nous promener dans les méandres de Shogun Dojo et de son projet sportif.
Afrik : Présentez-vous.
Aimé Atche : Je suis Nankananwa Aimé Atche, un passionné des arts martiaux qui a dédié une part de vie à la maîtrise du corps et de l’esprit. Ceinture noire 4ème Dan de Karaté Shotokan, je suis également un pratiquant assidu de Jiu-jitsu brésilien et de Boxe anglaise. Aujourd’hui, je porte la double casquette de maître traditionnel garant des valeurs de discipline, et d’entrepreneur sportif dynamique à la tête de Shogun Dojo, un Complexe dédié à l’excellence physique et au bien-être.
Pourriez-vous nous expliquer davantage ce que vous entendez par la « maîtrise du corps et de l’esprit » ?
Aimé Atche : « La maîtrise du corps et de l’esprit » peut fait l’objet d’un bouquin. Mais pour être succinct, je dirai que cela fait allusion à l’harmonisation de la condition physique et de la discipline mentale. Cela permet de canaliser l’énergie, de gérer ses émotions, de renforcer la concentration et d’atteindre un état de calme intérieur. C’est donc ce qui fait du pratiquant un individu serein, discipliné et capable de gérer des situations de stress.

Parlez-nous du nom même du complexe. Pourquoi Shogun Dojo ?
Aimé Atche : Le nom « Shogun » n’est pas un choix de circonstance. Il fait référence aux grands généraux qui dirigeaient le Japon avec une rigueur inébranlable et une discipline de fer. Au Dojo, nous cultivons cet esprit de leadership. Il ne s’agit pas seulement de donner des coups, mais d’apprendre à gouverner sa propre vie, ses émotions et son énergie. Shogun Dojo, c’est le Quartier Général de ceux qui veulent devenir les « Généraux » de leur propre destin. C’est un peu ça l’optique
Quels sont les services qu’offre Shogun Dojo ?
Aimé Atche : Nous proposons un écosystème complet. Cela va du Karaté traditionnel pour la structure, à la Boxe anglaise et au Jiu-jitsu pour l’efficacité au combat. Nous sommes également à la pointe de la modernité avec de plus en plus la préparation de combattants pour le MMA, la Self-défense féminine pour l’autonomie des femmes, ainsi que le coaching nutritionnel et les sports d’entretien. Chez nous, on ne vient pas seulement s’entraîner, on vient se transformer.

Vous parlez du karaté traditionnel. Que faut-il y comprendre exactement ?
Si nous partons du fait que le karaté est un art martial connu de tous, la différence entre le karaté moderne et le karaté traditionnel réside dans leur finalité. Le karaté moderne cherche l’équilibre entre la tradition martiale (efficacité) et les exigences sportives contemporaines. Alors que le karaté traditionnel est plutôt axé sur l’efficacité maximale en situation d’autodéfense, la maîtrise de soi et le perfectionnement technique : rien à voir avec la compétition sportive.
À quoi ressemble une journée ordinaire chez vous ?
Aimé Atche : C’est une journée qui suit le rythme du soleil et de l’engagement. Le matin, c’est le temps de l’intensité avec le coaching d’adultes qui viennent chercher l’énergie nécessaire pour leur journée de travail. L’après-midi est consacré à la transmission : nous formons les jeunes pousses, car les champions de demain se forgent aujourd’hui. Le soir, le Dojo s’enflamme à nouveau pour des sessions collectives où se mêlent sueur, technique et dépassement de soi.
Et vous tenez ce rythme 7 jours sur 7 ?
Aimé Atche : Vous savez, j’entends très souvent les gens dirent que trop de sport, ce n’est pas bon, et moi ça me fait sourire parce que cela montre à quel point nous sommes déconnectés de « la machine biologique » que nous sommes, nous les humains. En tant que Homo sapiens, nous avons à peu près 300 000 ans d’existence et pendant 290 000 ans nous étions des chasseurs cueilleurs et surtout nomades. Nous passions tout notre temps à nous déplacer, à courir, à grimper. Notre corps a évolué au fil du temps et s’est adapté à ce rythme. Donc nous sommes outillés pour bouger, faire des efforts sur de longues périodes, parfois de manière soutenue. Et il y a très très peu de temps que l’humain s’est sédentarisé avec la création des villes, etc.

Et aujourd’hui tout le monde pense c’est normal de passer 8 heures de temps assis devant un ordinateur ou dans un bureau alors que notre corps, lui il n’est pas fait pour ça. Ce qui engendre tout un tas de problèmes de santé. Donc faire du sport tous les jours devrait être la normalité. Il y a juste quelques règles à suivre par exemple l’intensité, la progression, la récupération, l’alimentation, etc..
Je comprends que vous vivez par et pour le sport. À quoi tient votre motivation ?
Aimé Atche : Ma motivation tient en une phrase : servir les autres. Même dans les jours de grande fatigue, ce qui me fait sauter du lit, c’est l’idée qu’une personne franchira la porte du Dojo aujourd’hui et repartira meilleure qu’elle ne l’était la veille. Voir un enfant gagner en confiance ou un adulte transformer sa santé est ma plus belle récompense.
Pensez-vous que les arts martiaux peuvent nourrir leur homme au Bénin ?
Aimé Atche : Je réponds par un « Oui » audacieux. C’est un défi de chaque instant, mais avec une vision entrepreneuriale claire, il est possible de transformer cette passion en un modèle économique autonome. Le marché du bien-être et de la sécurité personnelle est en pleine expansion. Si l’on allie la compétence technique à une gestion rigoureuse, l’art martial devient une profession noble et viable.

Quels sont vos projets proches et lointains ?
Aimé Atche : Nous voyons grand. À moyen terme, nous rêvons de développer de nouveaux sites et prévoyons l’agrandissement de nos infrastructures pour accueillir plus de passionnés. À plus long terme, mon ambition est de créer une compétition nationale signée « Shogun » et de propulser nos combattants locaux sur les plateformes régionales et internationales de MMA. Le Bénin a des talents, Shogun Dojo sera un des tremplins.
Un mot sur l’état des arts martiaux en général et du karaté en particulier au Bénin.
Aimé Atche : Soyons honnêtes : malgré les efforts récents des autorités et des partenaires, les arts martiaux restent le parent pauvre du sport national face à l’hégémonie du football. C’est regrettable, car les arts martiaux forment des citoyens disciplinés et résilients. Le karaté béninois, les arts martiaux et les sports de combat en général ont un potentiel énorme, mais ils ont besoin de plus de visibilité et de soutien structurel pour que nos athlètes puissent briller au plus haut niveau mondial.




