Bil Aka Kora, le Sankara de la musique burkinabé

Bil Aka Kora est un artiste burkinabé. Chanteur mais aussi acteur, il parle à ses compatriotes mais aussi aux africains en général à qui il affirme, par son œuvre, la nécessité « de vivre africain », ce qui est, pour lui, « la seule façon de rester digne ». Il reprend les mots de l’ex-président du Burkina Faso, Thomas Sankara, qui a marqué sa vie, mais aussi son dernier album « Vessaba », où une chanson lui est consacrée.

Le dernier album de Bil Aka Kora, de son vrai nom Bilgho Akaramata Kora, s’intitule Vessaba qui signifie « aller-retour » en kasséna, la langue de son ethnie du même nom. Déjà sortie au Burkina Faso cette année, il arrive en France au mois de septembre prochain. Il symbolise la démarche du chanteur qui a choisi de rester vivre au « pays des hommes intègres » et de suivre l’exemple de Thomas Sankara.

Il reprend en musique le rôle de Thomas Sankara

L’ex-président burkinabé a marqué la vie et l’œuvre de Bil Aka Kora. Il reprend en musique le rôle de ce leader pan-africain dans la pièce de théâtre de Jean-Louis Martinelli, Une nuit à la présidence. Dans cette pièce, les problèmes économiques de l’Afrique, notamment celui de la dette, de la corruption sont mis en scène. Elle s’est jouée au théâtre Nanterre-Amandiers, en banlieue parisienne, en France, tout au long de ce mois de mars.

C’est l’artiste congolais Ray Lema qui lui permet d’intégrer la troupe en lui présentant le metteur en scène alors qu’il est au Burkina Faso et qu’il cherche des acteurs. Le « Mozart de l’Afrique » aura été très important dans l’épanouissement musical de l’artiste. « Il cherche à ce qu’on donne le meilleur de nous-même », indique-t-il. Ce pianiste, guitariste et compositeur écrit la musique de une nuit à la présidence et est aussi le directeur musical de Bil Aka Kora pour son album Yaaba et pour le dernier en date, Vessaba.

« J’ai choisi de vivre chez moi et de faire carrière dans la musique »

Dans son nouvel opus, la chanson Emergence reprend le célèbre discours de Thomas Sankara de 1987, prononcé au siège de l’Organisation de l’unité africaine. Il y chante comme refrain « nous sommes étrangers à la dette, nous ne pouvons donc pas la payer ». L’idéal du plus célèbre des hommes politiques burkinabés d’indépendance du pays vis-à-vis des puissances étrangères liée à un ancrage national est partagé par Bil. « J’ai choisi de vivre chez moi et de faire carrière dans la musique », explique-t-il pour justifier la signification du nom de son album.

« Mais c’est important de voyager », ajoute Bil Aka Kora. Et voilà comment il se retrouve en France, en Belgique et bientôt au Luxembourg pour une tournée de concert en Europe à l’automne prochain. Cet attachement à son pays, il l’exprime aussi à travers sa musique. La « djongo musique », mélange de musique traditionnelle kasséna réinventée avec des instruments de « musique modernes », intègre des sonorités de blues, de jazz et de reggae. La « promotion des instrumentalistes » a un rôle primordial pour « consolider » la djongo musique dans la « modernité du kasséna ». Bil Aka Kora définit son style musical comme « tradi-moderne », reprenant les mots de Manu Di Bango. « Energie, émotion, sincérité », selon lui, sont les trois mots qui caractérisent le mieux sa musique.

La musique est directement lié à son engagement politique

La musique est directement liée à l’engagement politique de Bil Aka Kora dans la lignée de Thomas Sankara. Quand il grandit dans la ville de Pô, au sud du pays, il voit Thomas Sankara jouer de la guitare dans un orchestre du nom de Missile Band de Pô. « Je l’ai vu répéter très jeune », affirme Bil Aka Kora et c’est grâce à ce leader charismatique qu’il va se mettre à la musique. « Il a mis des orchestres dans presque tous les lycées », explique-t-il tout en soulignant l’importance de la culture dans son programme politique.

Bil Aka Kora poursuit sa carrière musicale dans les maquis de Ouagadougou. C’est en 1997 qu’il devient connu du grand public quand il remporte une première fois le Grand Prix de la chanson moderne burkinabé, le Kundé d’or, performance qu’il réédite en 2002 et 2005. Depuis, il se fait aussi promoteur de nouveau talent au Burkina Faso avec sa création des « Nuits djongo ». Des jeunes artistes sont ainsi accompagnés dans leur projet musical et des concerts sont ensuite organisés dans la rue toutes les deux semaines.

Après ce mois de représentation en France pour la pièce Une nuit à la présidence, il compte maintenant « retourner au Burkina Faso » où il veut développer la « Djongo diffusion », structure qui organise les « Nuits djongo ». Il sera de retour en France et en Europe à l’automne 2014 pour une tournée de concert et de nouvelles représentations de la pièce.

Discours de Thomas Sankara au siège de l’Organisation de l’unité africaine en 1987