Violences inter-religieuses au Nigeria

Le bilan de l’attaque, qui s’est déroulée dimanche dernier dans le centre du Nigeria, n’est toujours pas définitif. Selon les sources, le nombre de musulmans tués par des chrétiens varie entre 67 et 300. Pour prévenir l’escalade de la violence, le Président Olusegun Obasanjo a instauré un couvre-feu et renforcé les effectifs de sécurité.

Le nombre de morts dans le village musulman de Yelwa, au Nigeria, est toujours incertain. Selon les sources, entre 67 et 300 musulmans ont perdu la vie dimanche soir après l’attaque menée par des milices chrétiennes, dans la localité de l’Etat du Plateau (centre). D’aucuns estiment que l’offensive fait office de représailles pour les 48 chrétiens tués dans une église de la localité en février dernier par des musulmans. Pour éviter l’escalade et endiguer les sentiments de vengeance, le Président Olusegun Obasanjo a ordonné un couvre-feu et le déploiement de forces de centaines de policiers supplémentaires dans la région.

« Génocide »

Des témoignages avancent que la police de Yelwa a été rappelée quatre jours avant le drame, alors que les habitants de confessions musulmane avait fait état d’un regain de tension avec les chrétiens. Dimanche, selon des rapports, plusieurs milliers de chrétiens de l’ethnie tarok ont encerclé Yelwa. Pendant que d’autres se sont introduits dans le village, armés de machettes et de fusils et s’en sont pris aux musulmans Fulanis et Haoussas jusque dans leurs maisons. Carbonisant, mutilant et tuant aussi les femmes et les enfants.

C’est ce dernier élement qui fait dire au juge à la retraite Abdulkadir Orire, secrétaire général de la Jama’atu Nasril Islam, la principale association islamique du pays, que l’attaque s’apparente à un génocide. Celui-ci s’interroge également sur d’éventuelles complicités extérieures pour l’approvisionnement de mitraillettes.

Difficile d’établir un bilan

Abdulkadir Orire donne, par ailleurs, l’estimation la plus forte du nombre de morts. « D’après nos informations, 300 personnes sont mortes, pour la plupart des musulmans », a-t-il annoncé à l’agence de presse Reuters. Du côté des autorités, Angola Press rapporte que le porte-parole de la police a déclaré, mercredi, que 100 personnes sont mortes. Alors que le commissaire de police de l’Etat du Plateau a expliqué à la BBC que 67 musulmans ont péri. Ce dernier reconnaît par ailleurs qu’il est difficile de dénombrer avec exactitude les victimes parce que beaucoup ont déjà enterré leurs morts.

Autre problème, « ceux qui ont disparu ne peuvent pas être dénombrés, personne ne sait s’ils sont morts ou cachés », a déclaré à TF1 Abdulkadir Orire, qui précise que pour le moment 120 personnes sont portées disparues, dont des femmes et des enfants. Plus généralement, des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir l’Etat du Plateau. Des milliers d’entre eux auraient trouvé refuge dans des écoles et des bâtiments publiques de trois Etats du pays.

Forces de police et couvre-feu

La tension n’est semble-t-il pas retombée dans le village. Selon la BBC, des musulmans se sont alignés sur la route pour chanter des « slogans religieux » et ont fait vœu de vengeance sur les attaquants. C’est dans ce contexte que le chef de l’Etat fédéral a ordonné, mercredi, à l’inspecteur général de la police d’envoyer 600 policiers supplémentaires sur les lieux des troubles. « Le Président Obasanjo est très peiné et attristé par la poursuite des violences entre les parties dans cette collectivité locale et a, par conséquent, ordonné à l’inspecteur général de la police, Tafa Balogun, de prendre les mesures nécessaires pour assurer le rétablissement immédiat de la paix, de la loi et de l’ordre dans la localité », a expliqué Remi Oyo, son porte-parole.

Autre mesure présidentielle, l’instauration, mercredi, d’un couvre-feu à Yelwa. « En outre, les forces de sécurité ont reçu pour consigne de tirer à vue sur toute personne ou tout groupe fomentant des troubles et ont tout pouvoir pour démanteler immédiatement des barrages routiers qui seraient mis en place illégalement par les assaillants », a annoncé à la rédaction Internet de TF1 le porte-parole du vice-gouverneur.

Les tensions et attaques entre chrétiens et musulmans dans cette région ne datent pas d’hier. Les membres des deux confessions se disputent la possession de terres fertiles. Selon des analystes, la rivalité entre les agriculteurs chrétiens tarok et les éleveurs musulmans nomades fulani est notamment le fruit d’une répartition désastreuse des terres par le gouvernement. Ces trois derniers mois seraient les plus sanglants de la région depuis ceux de Jos, la capitale de l’Etat du Plateau, où les affrontements avaient fait quelque 1 000 morts en 2001.