Viol en réunion : la Guinée équatoriale et le Cameroun main dans la main pour attenter aux règles financières internationales

« Léviathan boiteux », « Etat prébendier », « Etat fantoche », « république bananière », les périphrases pour définir ou qualifier la comédie africaine du pouvoir n’ont jamais connu de crise. Pourtant le spectacle de désolation que la CRTV a malencontreusement retransmis ce vendredi 17 août était de nature à donner la nausée aux estomacs les plus délicats.

Eduardo Minang Ezema Ebeme, le secrétaire général du ministère équato-guinéen en charge de la police, a remis 400 millions de francs CFA (environ 600 000 euros) en mains propres (expression à utiliser avec modération en l’occurrence) à Martin Mbarga Nguélé, délégué général à la sûreté nationale (DGSN). Officiellement c’est un appui amical à l’école de police camerounaise, appelée à former des policiers équato-guinéens.

Il y a un seuil d’interdiction que la COBAC plafonne à 500 000 FCFA (760 euros) dans les transactions commerciales et un million de FCFA (1520 euros) quand il s’agit de particuliers non-commerçants. C’est une obligation communautaire de s’acquitter de certaines dépenses par voie scripturale. (cf. chapitre III, art.3 et suivants du Règlement Cemac relatif aux systèmes, moyens et incidents de paiement). En dépit de ses textes, le Cameroun se réjouit donc de recevoir une aide financière liquide de la Guinée équatoriale! Pourquoi pas, après tout ? Avec un peu de chance, à l’horizon 2035, c’est le Mali qui viendra offrir un milliard à l’IRIC.

Seulement, il ne faut pas manquer de s’interroger sur les procédures suivies. En l’absence de code monétaire et financier, il nous est loisible de convoquer par défaut ce texte sur les « paiements » alors que les principaux protagonistes ont allégué un appui. Il n’a échappé à personne que cette aide intervient en contrepartie d’un appui technique camerounais, il n’est pas uniquement l’expression d’une munificence infinie de nouveau riche.

400 millions sur la table, combien en dessous ?

S’agit-il de blanchiment d’argent ? On peut au minimum parler de mouvement financier suspect, de flux d’espèces injustifiable à ce niveau d’Etat. La Guinée équatoriale dont les dirigeants ne sont pas au-dessus de tout soupçon et le Cameroun dont les fonctionnaires s’enrichissent comme ils peuvent, quand ils peuvent, ont la même banque centrale (BEAC), ils ont des banques commerciales communes ou du moins simultanément présentes dans leur sol (Afriland et sa filiale CCEI Bank, Ecobank, le groupe français Société Générale, etc.) : que ne pouvaient-ils procéder à un virement à compte bancaire pur et simple ? Est-ce plus sécurisant de transporter par-devers soi 400 millions et de passer les frontières, blindé de francs CFA, comme si cela était la chose la plus normale du monde ? Même en supposant que les espèces ont été retirées sur place, la confiance ainsi manifestée à la police camerounaise, qui n’a pas toujours su empêcher des braquages spectaculaires, est démesurée.

Comment s’étonner dès lors que nos dirigeants expatrient aussi facilement les capitaux qu’ils pillent ? L’évasion fiscale dans ces conditions n’est-elle pas la principale cause du paupérisme dans nos Etats respectifs ? Le Cameroun se rend complice de la prévarication et autres détournements de fonds publics en Guinée équatoriale, en acceptant que des dépenses publiques se résolvent en cash. Comme de vulgaires transactions mafieuses. Comme pour conclure le paiement de cinquante kilos de cocaïne, passés par-dessous la table, hors champ.

Le délégué général à la sûreté nationale, nonobstant les dispositions du règlement Cemac relatif aux systèmes, moyens et incidents de paiements, ne s’est pas contenté d’accepter cette transaction, il a fait l’éloge de ce non-sens. En prime-time. Devant un public majoritairement constitué de téléspectateurs de moins de 18 ans. Sans avis parental de la CRTV. Bienvenue Magouilles et Compagnie, en pays frère et ami.

Combien vaut la fierté d’être camerounais ?

On traine l’image du Cameroun dans la boue pour 400 millions de francs CFA. S’agit-il d’un piège de monsieur Biya ? A quelles fins ? Quelle autre affaire se profile derrière ces défis au plus élémentaire bon sens et aux règles prudentielles adoptées sans contrainte ni violence par nos deux Etats ? J’ai mal à ce Cameroun-là.

Cette réunion était tout sauf ce que l’on en a dit et c’est un parfait scandale que cela soit montré sans qu’aucune camera ne fasse un plan sur notre ministre des Finances, le directeur général du Tresor public… Pas un traitre mot n’a filtré de l’administration fiscale et la comptabilité publique camerounaises : étaient-elles là ?

Zéro contrôle à l’entrée, zéro contrôle à la sortie ?

Que dit la Conac ? Les autorités morales, où sont-elles ? Les gendarmes de la Cobac ? Peut-on interpeller la centrale des incidents de paiements de la BEAC au sujet de cette infraction publique en matière de moyens de paiements ? Il y a quelque chose qui est pire que le crime, c’est la publicité du crime, sa défense… Le Cameroun fait-il la promotion internationale des détournements publics ? C’est de viol de la morale publique dont il s’agit dans cette affaire, d’atteintes graves aux valeurs que les Camerounais essaient de reconstruire, avec autant de peine.

Et même dans l’hypothèse improbable où, par des arguties juridiques, l’on viendrait à démontrer qu’aucune règle de droit n’a été contrevenue, il resterait que cette « transparence » partielle est un leurre total. Il reste que les lois qui valent pour des particuliers ou des établissements financiers, ou des textes qui s’appliquent au paiement des traitements et salaires quels qu’ils soient doivent, par un raisonnement a fortiori, être plus scrupuleusement observés quand il est question d’Etats, de coopération bilatérale. Au plan éthique, on est en conséquence à des années-lumière de la république exemplaire que l’on annonçait il y a un an à grands renforts de vivats.

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