Vincent Niamien dans ses meubles


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Le designer ivoirien Vincent Niamien créé du mobilier à la fois traditionnel et moderne, mélangeant bois et métal avec goût. On peut essayer son fauteuil Sie, Grand prix du design à la Biennale Internationale de Dakar en 1996, à Paris jusqu’au 12 janvier.

Un fauteuil. Original mais confortable. Terriblement contemporain mais en bois. Très bas mais avec un dossier immense. Ce fauteuil, baptisé Sie, a obtenu le Grand prix du design à la Biennale Internationale de Dakar en 1996. Tout comme son créateur, l’Ivoirien Vincent Niamien, il représente un pont entre tradition et modernité, Afrique et Occident. « J’ai eu l’idée de ce siège lorsque j’étais encore étudiant en France, aux Arts Décoratifs de Nice », explique le designer. « A l’époque j’avais utilisé du hêtre car ce bois devient très malléable lorsqu’il est trempé dans l’eau. On peut lui donner du mouvement et j’aime le mouvement. »

Lorsqu’il retourne en Côte d’Ivoire en 1990, il ne retrouve pas le même bois mais qu’à cela ne tienne, il continue de sculpter au gré de ses créations, mélangeant bois – sa matière de prédilection – et métal. « Le bois est un élément symbolique dans la nature alors que le métal est une invention de l’humain. Mélanger les deux permet d’arriver à l’équilibre et c’est ça que je recherche. »

Famille de sculpteurs

Vincent, dont le nom de famille veut dire « Dieu » en baoulé, est né dans un petit village ivoirien en 1956. Enfant, il ne s’intéresse pas encore aux techniques dont ses parents sont les dépositaires : son père est sculpteur sur bois et bijoutier traditionnel et sa mère travaille l’or et la poterie traditionnelle. « Alors que mes frères apprenaient à sculpter des masques avec mon père, je restais aux côtés de ma mère. Résultat : je suis très bon cuisinier », plaisante-t-il. Malgré tout, cet environnement familial le marque et, plus grand, il intègre les Beaux-Arts d’Abidjan. Avant de s’exiler à Nice, « parce-qu’il faisait trop froid à Paris ! »

De son enfance, il garde une fascination pour le mobilier – « petit, j’aimais regarder les belles maisons et leurs intérieurs » – et s’en fait une spécialité. « Le mobilier comme la chaise est un élément de convivialité, de communication. Pour te mettre à l’aise, tu t’assois. Et en t’asseyant, tu détermines ce que tu es. En plus, je viens d’une région peu avancée technologiquement mais tout le monde sait ce qu’est un siège ! »

Travail d’architecte

Actuellement, Vincent travaille sur des modèles de tabourets et de canapés. « Je conçois les choses comme un architecte. Je dessine les modèles et coordonne tous les métiers qui entrent en oeuvre pour la fabrication de l’objet. Je travaille avec des ferronniers, des peintres, des teinturiers mais lors de la conception, je fais moi-même l’un des éléments, comme le dossier d’un petit siège par exemple, c’est essentiel. »

Arton 3869Les créations de Vincent Niamien sont en séries limitées. « Je ne pourrais pas refaire certaines tables ou consoles que je réalise car elles sont comme des sculptures, comme des oeuvres d’art. Ce sont des objets uniques car j’utilise souvent des matériaux de récupération que je ne suis pas sûr de retrouver. »

Pour l’instant, le designer vit de son travail non pas matériellement, mais psychiquement. « Ca me fait vivre de partager, de montrer mon travail et j’ai l’espoir qu’un jour quelqu’un pourra vivre de ce travail en Afrique. » Il existe encore peu de choses au plan de la création contemporaine en Afrique et Vincent aimerait construire la mémoire du continent en matière de design. Il espère que son exemple créera des envies et motivera des professions.

Vincent Niamien est présent à Paris dans le cadre de l’exposition « Ecritures » du 31 décembre 2001 au 12 janvier 2002, de 14 h à 19 h 00.

Communic’Art – Galerie Jardin / 18 rue de Gergovie, 75014 Paris

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