VIH/SIDA : Nouveau plan de l’OMS contre la pénurie de personnel de santé

La crise des ressources humaines entrave sérieusement la prévention et le traitement. Il manque plus de 4 millions de soignants dans 57 pays.

15 août 2006

Toronto – L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en collaboration
avec l’Organisation mondiale du Travail et l’Organisation internationale
pour les Migrations, a annoncé aujourd’hui le lancement d’un plan
mondial coordonné visant à surmonter un problème majeur souvent négligé
qui entrave l’action de prévention et de traitement du VIH/SIDA, à
savoir l’importante pénurie de personnel de santé, surtout dans les pays
en développement.

Le plan intitulé « Traiter, former, fidéliser » est un aspect important
des efforts consentis par l’OMS pour renforcer les ressources humaines
pour la santé et promouvoir des stratégies nationales complètes de
développement des ressources humaines pour les programmes de lutte
contre différentes maladies. Le plan s’inscrit aussi dans le cadre des
activités de l’OMS visant à promouvoir l’accès universel aux services
concernant le VIH/SIDA. Par son programme VIH/SIDA, l’OMS joue un rôle
de pivot en vue de l’accès universel.

Cinquante sept pays, pour la plupart en Afrique subsaharienne et en Asie
(notamment le Bangladesh, l’Inde et l’Indonésie) doivent faire face à
une grave pénurie de personnel de santé, l’OMS estimant qu’il manque
plus de 4 millions de soignants. C’est l’Afrique subsaharienne qui est
confrontée aux problèmes les plus sérieux : la région compte en effet 11
% de la population mondiale et près de 64 % des personnes vivant avec le
VIH, mais seulement 3 % des agents de santé – concentrés bien souvent
dans les villes, les effectifs étant d’autant plus clairsemés en milieu
rural.

En Afrique subsaharienne et ailleurs, l’épidémie de VIH/SIDA contribue à
la pénurie : elle est à l’origine d’une surmortalité et d’une perte de
productivité et constitue aussi un facteur de démoralisation des
soignants. Le phénomène a également modifié la perception des métiers de
la santé chez les jeunes, les carrières devenant moins attrayantes, ce
qui contribue à la pénurie de personnel qualifié affecté à la prévention
et au traitement du SIDA. En outre, de nombreux soignants formés dans
les pays en développement quittent leur emploi ou leur pays pour
rechercher un poste mieux rémunéré dans un pays riche, dans un centre
urbain ou dans une organisation non gouvernementale (ONG).

Comme l’a souligné le Dr Anarfi Asamoa-Baah, Sous-directeur général de
l’OMS, «l’OMS a un rôle unique à jouer pour aider les pays à trouver des
réponses efficaces, globales et durables face à l’épidémie de SIDA. La
pénurie de soignants a un effet dévastateur sur le secteur public de la
santé, notamment dans les pays en développement et il s’agit d’un des
problèmes les plus graves auxquels nous soyons confrontés dans la
prévention et le traitement du VIH. C’est pour faire face à cette crise
que l’OMS lance le plan ‘Traiter, former, fidéliser’ ».

Pour le Dr Sigrun Mogedal, ambassadeur du Gouvernement norvégien chargé
du VIH/SIDA, le plan ‘Traiter, former, fidéliser’ de l’OMS constitue un
ballon d’oxygène essentiel pour les systèmes de santé nationaux qui aura
un impact bien au-delà du VIH/SIDA. En augmentant le nombre des
soignants qualifiés, en bonne santé et motivés, le plan aura des effets
positifs pour l’ensemble des systèmes de santé.

Le plan ‘Traiter, former, fidéliser’ sera appliqué dans le cadre de
l’Alliance mondiale pour les personnels de santé créée en mai 2006 sous
l’égide de l’OMS. L’Alliance est un partenariat de gouvernements,
d’organismes d’aide, de groupes de la société civile et d’organisations
multilatérales.

Comme l’a fait observer le Dr Francis Omaswa, Directeur exécutif de
l’Alliance mondiale, ‘Traiter, former, fidéliser’ s’inspire de
l’expérience croissante et les données toujours plus nombreuses sur les
moyens de rendre le personnel de santé plus performant. Le plan
permettra d’accélérer l’adoption de meilleures pratiques sur les
questions critiques comme les rôles et responsabilités accrus des agents
de santé communautaires dans la lutte contre le VIH/SIDA et la promotion
d’une meilleure santé aux niveaux familial et communautaire. »

Le plan ‘Traiter, former, fidéliser’ mettra l’accent sur les pays les
plus touchés par le VIH/SIDA et présentera un ensemble d’options qui
pourront être adaptées par les pays à leurs besoins spécifiques. L’OMS
estime qu’il faudra au minimum US $7,2 milliards au cours des cinq
prochaines années pour appliquer le plan dans les 60 pays confrontés à
la charge la plus forte de VIH ; le coût pourrait même atteindre jusqu’à
US $14 milliards. Ce montant correspond à un coût annuel par habitant
d’environ US $ 0,60 dans les pays touchés, ce qui représente entre 2% et
5 % des dépenses consacrées à la santé dans un pays typique à faible revenu.

Traiter

Alors qu’ils sont en première ligne dans les programmes nationaux de
lutte contre le VIH/SIDA, les agents de santé ne jouissent pas toujours
d’un accès adéquat aux services spécifiques. Le volet « Traiter » du
plan est un ensemble de services de prévention, de traitement et de
soins dont pourront se prévaloir en priorité les agents de santé et qui
répondront spécifiquement à leurs besoins. Il s’agit notamment :

 de campagnes spécialement conçues de sensibilisation et de lutte contre l’exclusion et la discrimination

 de services de dépistage et de conseil
– de l’accès prioritaire au traitement antirétroviral pour les
soignants et leur famille

 d’une protection contre la transmission du VIH dans leur travail
et notamment de l’accès à une prophylaxie après l’exposition

Former

L’aspect « Former » comprend des stratégies pour les pays visant à
accroître le nombre des nouveaux agents de santé et à tirer le
maximum des effectifs disponible. Il s’agit notamment :

 de recruter et de former des agents de santé supplémentaires

 de confier de nouvelles tâches à des agents de santé moins
spécialisés (par exemple non plus à des spécialistes mais à des
médecins, non plus à des médecins mais à des infirmières, ou
encore non plus à des infirmières mais à des agents de santé
communautaires, à tout un chacun et notamment à des personnes
vivant avec le VIH)

 d’accroître le nombre des diplômés en améliorant et en
généralisant la formation avant l’emploi dans les écoles de
médecine et de soins infirmiers et d’incorporer à la formation une
composante SIDA

 de fournir une formation en cours d’emploi aux agents de santé
déjà actifs afin de leur donner les moyens et les compétences pour
apporter des soins plus efficaces aux personnes vivant avec le
VIH/SIDA.

Fidéliser

L’aspect « Fidéliser » comprend une série d’interventions pour
aider les pays à garder le personnel de santé en place. Il s’agit
notamment :

 d’introduire des modifications politiques, des codes de pratiques
et des principes éthiques permettant de réduire l’émigration des
agents de santé des pays à faible revenu vers les pays développés

 de diminuer l’attrait du secteur privé et des ONG spécialisées
dans le VIH/SIDA pour les soignants travaillant dans le secteur public

 d’améliorer l’environnement professionnel, notamment en matière de
santé et de sécurité, de réduire le risque d’infection par le VIH
et d’autres maladies à transmission sanguine et de faire face à
d’autres problèmes liés au travail comme le stress et l’épuisement

 d’aider le personnel et les familles touchés par le VIH en
garantissant la sécurité de l’emploi, d’interdire la
discrimination, de fournir des avantages sociaux et d’aménager les
conditions de travail

 de fournir des incitations financières, ainsi que des stimulants
non financiers – perspectives de carrière et de formation, moyens
de transport ou accès au traitement VIH pour les membres de la famille

Mesures prioritaires à prendre par l’OMS

Pour assurer le succès du plan « Traiter, former, fidéliser »,
l’OMS a défini les mesures prioritaires suivantes :

 mettre en place un comité d’orientation spécial chargé de plaider
en faveur du plan, de guider la mise en oeuvre des activités et de
suivre les progrès accomplis

 apporter des recommandations et une assistance technique aux
gouvernements pour la mise en oeuvre des activités du plan

 promouvoir la reconnaissance mondiale de la vulnérabilité du
personnel de santé au moyen de campagnes spécifiquement conçues
pour le bien-être des agents de santé dans le contexte de
l’épidémie de VIH

 concevoir et de faciliter l’application d’un programme mondial sur
le transfert des tâches afin d’accélérer les mesures prises face à
la crise des ressources humaines pour la santé

 préconiser des incitations financières permettant de fidéliser les
agents de santé et envisager d’éventuels stimulants non financiers.

Pour tous les renseignements sur les activités et manifestations de
l’OMS au seizième Congrès international sur le SIDA à Toronto, consulter le site :

http://www.who.int/hiv/toronto2006

Tous les communiqués de presse, aide-mémoire et articles de fond ainsi
que d’autres renseignements sont accessibles par l’intermédiaire du site

http://www.who.int.