VIH-Sida : les infections ralentissent, mais la prévention présente toujours des lacunes

Le taux de nouvelles infections à VIH dans le monde a baissé de 17 pour cent au cours des huit dernières années. Un résultat qui peut être en partie attribué aux efforts de prévention, selon le rapport annuel du Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) sur l’épidémie, publié le 24 novembre.

Le rapport annuel de l’ONUSIDA a noté qu’alors que l’épidémie semblait se stabiliser dans la majeure partie du monde, le nombre de personnes vivant avec le VIH continuait d’augmenter, atteignant 33,4 millions en décembre 2008.

Il s’agit en partie du résultat d’un meilleur accès au traitement antirétroviral (ARV), traitement qui prolonge la durée de vie – quatre millions de personnes, soit 42 pour cent de ceux qui ont besoin de ces médicaments, les recevaient à la fin 2008 – mais il y eu environ 2,7 millions de nouvelles infections à VIH.

« Il y a des signes clairs que les méthodes de prévention du VIH commencent à faire une différence, mais nous n’avançons pas assez vite pour avoir le même rythme que le virus », a dit Paul de Lay, directeur exécutif adjoint de l’ONUSIDA, aux journalistes durant un point presse téléphonique depuis Genève.

Selon les estimations, la thérapie ARV a sauvé 2,9 millions de vie, contribuant à faire baisser de 10 pour cent le nombre des décès liés au sida ces cinq dernières années, mais le sida a encore fait deux millions de victimes en 2008, et pour deux personnes qui démarrent un traitement, cinq autres sont nouvellement infectées.

M. de Lay a avertit que l’épidémie avait changé durant la dernière décennie, mais que les réponses de la prévention n’avaient pas évolué en fonction. Par exemple, l’épidémie en Asie s’est principalement concentrée chez les consommateurs de drogues, les travailleurs sexuels et leurs clients, mais un nombre croissant d’infections surviennent désormais au sein des couples hétérosexuels.

L’Afrique subsaharienne reste la partie du monde la plus touchée

En Afrique subsaharienne – la région toujours la plus durement touchée, représentant 71 pour cent de l’ensemble des nouvelles infections en 2008 – les campagnes de prévention ont tendance à ignorer les couples hétérosexuels plus âgés, malgré des indications selon lesquelles la plupart des nouvelles infections interviennent au sein de groupe dans de nombreux pays. Au Swaziland, les personnes de plus de 25 ans représentaient plus des deux tiers des nouvelles infections, et pourtant la plupart des programmes de prévention sont destinés à des gens plus jeunes.

Bien que la surveillance du VIH soit devenue plus sophistiquée, avec un plus grand nombre de pays menant des études sur les familles pour compléter les données sur la prévalence du VIH venant des cliniques de soins anténataux, M. de Lay a dit qu’il y avait un manque de compréhension au sujet de l’évolution des modes de transmission et des populations à risque qui ont besoin de services de prévention.

Le rapport de l’ONUSIDA a noté que bien que les rapports sexuels chez les hétérosexuels soient le premier mode de transmission du VIH en Afrique subsaharienne, des exemples récents ont montré que « les épidémies dans la région sont bien plus variées qu’on le pensait auparavant », avec un nombre considérable de nouvelles infections chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes et les consommateurs de drogues injectables.

Le rapport a exhorté les pays à faire un meilleur travail pour faire concorder les stratégies nationales contre le sida avec les épidémies individuelles, et M. de Lay a reconnu le « besoin d’utiliser les ressources nécessaires beaucoup plus efficacement, en particulier dans ces temps de crise économique ».

Des progrès dans plusieurs domaines

Néanmoins, le rapport a enregistré des progrès dans plusieurs domaines : les services de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant ont atteint 45 pour cent des femmes enceintes séropositives en 2008, évitant environ 200 000 infections d’enfant depuis 2001 ; dans plusieurs pays à prévalence élevée le nombre d’enfants orphelins à cause du VIH/SIDA a chuté parce que les parents vivent plus longtemps grâce au traitement ARV.

Le docteur Teguest Guerma, directeur intérimaire du département sida à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), s’exprimant lui aussi de Genève, a souligné que l’assistance internationale à la réponse mondiale au sida avait aidé à sauver des vies, et qu’il y avait un « impératif moral » à étendre et renforcer la réponse.

Perspectives sida 2010, un rapport complémentaire publié aussi le 24 novembre, a noté que le financement du sida avait atteint un record en 2008 avec 15,6 milliards de dollars, l’assistance internationale comptant pour 55 pour cent, et la majorité de cet argent est allé dans des pays d’Afrique subsaharienne.

Il n’est pas clair que ces niveaux de financement puissent être maintenus dans le cadre de la crise économique actuelle, mais Outlook 2010 a noté que de nombreux pays faisaient déjà l’expérience de réductions de financements pour les services de traitement et de prévention.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser la crise économique nous paralyser », a noté le rapport, citant Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA. « Pas quand la réponse au sida montre des résultats ».

Photo: IRIN