Vie chère en Côte d’Ivoire : « on ne peut laisser cette situation comme ça »

La hausse des prix est aujourd’hui une question qui préoccupe le monde entier. De plus en plus, les tensions augmentent dans les pays pauvres du globe, dont ceux d’Afrique, où plusieurs émeutes ont éclaté ces derniers mois. Afrik.com publie cette semaine une série d’articles dans lesquels les Africains témoignent des difficultés du quotidien et de leurs attentes. Première étape : la Côte d’Ivoire.

Notre correspondante à Abidjan

La Côte d’Ivoire, qui sort de plusieurs années de guerre, n’est pas épargnée par la flambée des prix des produits de consommation courante. Le 31 mars dernier les manifestations qui ont paralysé la ville d’Abidjan ont eu pour effet de ramener les prix à leur niveau d’il y a quelques mois. Mais la situation n’est pas pour autant réglée et les voix se font de plus en plus entendre. Les consommateurs ont annoncé avant-hier de nouveaux soulèvements.

Konan aya Béatrice, femme de ménage a Angré star 8 : « C’est difficile de joindre les deux bouts »

« Il n’y a pas de dépenses à faire, car même quand je suis malade je ne me soigne pas faute de moyens. (…) C’est difficile on ne peut laisser cette situation comme ça. Il faut que la population se lève pour dire non. Je suis ménagère quand je reçois 10.000 (près de 16 euros) de mon mari à la fin de mois, après avoir acheté mon lait de toilette, l’argent est fini. Si je suis malade ou si ma mère me sollicite pour un cas désespéré, je ne peux rien faire. C’est difficile de joindre les deux bouts. Au niveau des dépenses, il n’y en n’a pas à faire, car quand je suis malade même je ne me soigne pas. Je suis surprise qu’on m’interdise d’acheter les médicaments sur les trottoirs. C’est dur. Au président Gbagbo et soro, je dirais qu’il faut créer des entreprises pour les sans emplois ou diplômés parce que ça fait vraiment pitié. Ca ira si seulement si nous mettons notre foi en Dieu. »

Kouassi Rebecca, ex secrétaire Upcs (entretien et nettoyage) : « Tous les jeunes de Côte d’Ivoire sont au chômage ou dans les cabines téléphonique »

Cette situation est difficile au point que personne ne peut s’en sortir. Tu te présentes aujourd’hui au marché avec 10.000 francs tu n’arrives même pas à faire des emplettes de deux jours. Dans pareille situation, est ce qu’on peut arriver à joindre les deux bouts ? Ce n’est pas possible. Une boule de tomate est à 100 francs et 3 piments à 50 francs. Je gagne combien par mois ? Imaginons que tu sois même payé à 50.000 francs Cfa. Je paye mon loyer à 20.000 francs, ma facture d’eau et d’électricité, le coût élevé des médicaments et les frais médicaux, à cela s’ajoute la cherté du marché. Aujourd’hui les gens décèdent à l’hôpital faute de moyens. On n’arrive plus à, manger les mets traditionnels préférés de nos régions. Comment pouvons-nous, nous en sortir dans cette situation ? On ne peut pas. J’accuse le manque de moyens financiers de la population et les tracasseries routières. C’est ce qui pousse les marchands à quadrupler les prix des marchandises. Je prie pour qu’on puisse sortir de l’ornière et vivre décemment, on a envie de bien manger, se soigner à moindre coût et on a aussi besoin de travailler pour participer à l’essor économique de notre pays. Tous les jeunes de Côte d’Ivoire sont au chômage ou dans les cabines téléphoniques. C’est difficile.

Kouadjo Félix, étudiant à l’UFR de Sciences Economiques à Cocody : « Je crains pour les générations futures »

« Il faut dire d’abord que c’est difficile, surtout pour nous qui n’avons pas de parents nantis. Etant étudiant, je gère ma cabine téléphonique pour subvenir à mes besoins mais tout est cher. La situation ne nous arrange pas. Puisqu’on ne peut pas rester à ne rien faire et croiser les bras, on est obligé de faire avec. Moi mon commerce est localisé en face d’un maquis (bar), je peux dire que ça marche un peu. Cette situation a été favorisée d’une part par la guerre à cause de quoi les investisseurs et bailleurs de fond ne peuvent plus investir. C’est à cause de la crise que tout est devenu cher. Nous sommes dans cette situation mais je crains pour l’avenir de nos enfants dans cinq années ou même 10 années. Ce sera pire pour les générations futures. »

N’Cho Prisca, titulaire du BTS, au chômage : « C’est au niveau des taxes qu’il y a problème »

« A mon avis ce n’est pas un problème ivoirien. Il s’étend au monde entier. Puisque nous importons plus que nous ne cultivions. Au niveau national, il y a des [fonctionnaires des] eaux et forêts et des douaniers qui sont souvent à la base de la hausse des prix. Et cela est dû aux tracasseries routières. Depuis 2006, j’ai mon BTS en poche sans boulot. Je fais de petits commerces pour joindre les deux bouts. Ca ne va pas, mais on fait avec. Puisqu’on n’a pas d’autre issue. Pour l’avenir, ça peut s’améliorer si nous essayons de cultiver en quantité suffisante pour ne plus tendre la main. Le gouvernement doit réduire les taxes. Même si cela est fait, sur le marché il y a d’autres réalités. Les prix officiels ne sont toujours ceux que l’on retrouve sur le marché. Il y a beaucoup à faire pour sortir d’une telle situation. »

Gnineltcha Camara, électricien et vitrier : « C’est la guerre la cause de nos malheurs »

« Je vis cette situation délétère comme tout le monde. Mais il y a longtemps qu’en Côte d’Ivoire on se nourrit au dessus de ce qu’on gagne. C’est parce que c’était exagéré qu’il y a eu soulèvements. « Sinon ce problème n’est pas nouveau. J’arrive difficilement à joindre les deux bouts. Evidemment mes gains n’arrivent pas à absorber mes dépenses dans la mesure où j’ai constaté que j’ai des arriérés de loyers et de terribles difficultés financières. Moins de travaux signifie moins de gains. Alors que je ne suis sollicité souvent qu’une fois toutes les deux semaines. Les gens ont d’autres priorités. Une vitre cassée peut attendre devant un ventre affamé. Avant, quand même, j’arrivais à m’en sortir. Mais aujourd’hui, ce n’est pas la peine. La situation de crise que nous avons connue a empiré les choses. Quand je jette un regard sur l’actualité mondiale, je vois bien que la situation dans le monde est reluisante. D’aucuns parlent de la montée du pétrole mais moi en tant qu’ivoirien, c’est la guerre la cause de nos malheurs. Ma crainte c’est que cette situation s’empire, c’est une évidence d’ailleurs qu’elle s’empire. Avec les barrages qui augmentent, les élections qui tardent à venir… »

Dangui oi Dangui Jérôme, homme d’affaire : « il faut que nous produisions »

« Tout est cher au niveau de la Côte d’Ivoire. C’est le constat. Mais si on se décide à produire au lieu de ne s’intéresser qu’aux postes standards, les choses vont bouger. Quand on produit on n’est pas obligé d’aller quémander et donc d’endosser des taxes colossales et ensuite venir les imposer au peuple. Si on ne veut pas subir la détérioration des termes de l’échange, il faut que nous produisions. On n’a pas besoin de faire de la politique ou de l‘intox pour cela. Il faut produire soi même et consommer soi même. Pour joindre les deux bouts, je gère mes affaires qui depuis la crise ne sont pas aussi productives qu’il y a 5 ans. »

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