Les femmes se révoltent contre la vie chère en Côte d’Ivoire

Gbagbo et Lang sur la piste de danse

Face à la cherté de la vie, la population, menée par des femmes, se soulève depuis hier matin dans les communes de Cocody et Yopougon, à Abidjan, la capitale de la Côte d’Ivoire. La vague de protestation, qui a touché d’autres communes mardi matin, continue de paralyser toute la ville. Deux personnes sont déjà mortes dans les affrontements avec les forces de l’ordre. Vu l’urgence de la situation, le gouvernement ivoirien a arrêté certaines décisions en vue de ramener les prix à leur niveau initial. Reportage.

Notre correspondante à Abidjan

Les prix grimpent presque du simple au double, et les salaires cependant restent inchangés. La population – les femmes en particulier – en a eu ras-le-bol et l’a crié au Président de la République, Laurent Gbagbo, et au Premier Ministre, Guillaume Soro.

Les femmes manifestants à Yop et Cocody« Si la guerre est finie, pourquoi n’arrivons nous pas à faire nos emplettes avec ce qu’on a comme argent ? Chaque fois qu’on va au marché il y a un nouveau prix ! » a expliqué Mme Koutouan ce mardi à Afrik.com, visiblement secouée par la flambée des prix. Comme elle, plusieurs autres femmes ont manifesté vigoureusement dans les rues d’Abidjan. Des jeunes gens les ont rejointes depuis ce matin et ont entrepris de paralyser la ville à ses points stratégiques (Carrefour Sococé au 2 plateaux, carrefour Mermoz Cocody, les carrefours Siporex et Gesco à yopougon) où ils ont allumé de grands feux de pneus et de restes de table.

Pour décongestionner la situation, les forces de l’ordre et de sécurité ont été déployées et s’en sont prises aux manifestants, faisant un mort hier à Yopougon et un autre ce matin dans la commune de Port Bouet.

Le Président danse devant une population affamée

Les raisons d’un tel soulèvement, qu’on n’avait pas vu depuis les événements politiques de novembre 2004, sont la hausse brutale des coûts de certains produits de premières nécessité sur le marché. Cependant, tout est parti, selon les témoignages de quelques manifestants, d’une virée du Chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, dans la prestigieuse rue princesse, dans la commune de Yopougon. Une rue monumentale qui n’a l’air de rien pendant la journée et qui, une fois la nuit tombée, se transforme en un véritable temple de joie où tous les excès sont permis – alcool, sexe, drogue, vols, viols rangés… – et où la musique bat son plein de 18 h jusqu’à 8 heures du matin.

Gbagbo et Lang sur la piste de danseC’est dans cette rue qui jouxte Wassakara, un quartier où la précarité fait corps avec les habitants, et où manger trois fois par jour est un véritable luxe, que Gbagbo a décidé d’inviter son ami, ancien ministre français de la Culture, Jack Lang qu’il avait à l’avance décoré. Démonstration de pas de zoblazo, couper décaler… Gbagbo entouré de sa fille et de ses invités de marque s’est donné à cœur de prouver à la face du monde que la « la guerre est finie ». Et comme son homologue français aime à le faire, il ne s’est pas empêché de le montrer à toute la Côte d’Ivoire via les médias d’Etat (La Rti et Fraternité Matin) et autres journaux privés.

C’est donc complètement « étonné » et à la fois « dégoûté » que le peuple à accueilli cette nouvelle à la télé et dans la presse qui en a fait l’écho fidèlement, le lendemain matin. Guerre, coups d’Etat manqués, détournements de fonds, banditisme et toutes sortes de maux font souffrir la population ivoirienne depuis 2002, et le Président danse ! Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres.

Le gouvernement cède à la pression de la rue

Face aux remous de ces deux derniers jours dans l’agglomération d’Abidjan, le gouvernement n’est pas resté inactif. Par la voie de son Secrétaire général, Tieoulou-Dieya Félix, dans une déclaration prononcée ce mardi, des décisions réparatrices ont été prises contre l’augmentation des produits concernés par la grogne (le riz, le lait, l’huile de palme, le pétrole, le ciment).

viechereCI2.jpgMais, avant, le Secrétaire général du gouvernement a tenu à éclairer la population sur le coût actuel du marché international. « Aucun pays africain, et particulièrement de la sous-région ouest africaine, n’est épargné par cette hausse généralisée des prix, provenant de la hausse des prix mondiaux des produits essentiellement importés. Cette situation se traduit, au plan national, par la flambée des prix de ces produits sur nos marchés. Ainsi, les populations déjà affectées par plusieurs années de crise, éprouvent de plus en plus de difficultés à s’approvisionner sur le marché ». Et vu l’urgence, le gouvernement a décidé de la mise en œuvre immédiate des mesures ci-après sur les produits concernés.

Il s’agit de la suspension temporaire des droits de taxes à l’importation pour le riz, l’huile de palme, le lait, la farine de blé, le sucre, le poisson, la boîte de conserve de tomate et le ciment ; l’allègement de la fiscalité applicable à certains produits de première nécessité ; le renforcement des mesures de lutte contre le racket (le racket de la Police sur les routes, en particulier) qui renchérit le prix des produits locaux notamment le vivrier et le ciment. Le Gouvernement a annoncé également qu’il renforcera les structures de l’Etat mandaté pour le contrôle des prix afin de sentir la répercussion les jours à venir au niveau des consommateurs.

Promesse d’efforts sur le long terme

Le gouvernement a aussi promis de poursuivre les discussions sur les négociations, déjà initiées en 2007, avec les opérateurs économiques intervenants dans les différents secteurs concernés. Des mesures urgentes avaient été prises à l’issue de ces discussions pour contenir la hausse du niveau général des prix. A cet égard, les prix des produits suivants étaient maintenus inchangés : les produits pétroliers, en dépit de la hausse du prix du baril de pétrole qui a atteint le seuil record de 100 dollars en 2007, contre 35 dollars en 2002 ; le gaz butane, grâce au maintien de la subvention de l’Etat pour un montant d’au moins 6 milliards de Francs CFA par an ; le pain, grâce à une suspension des taxes à l’importation sur la farine de blé.

Sous la coordination du ministère de l’Economie et des Finances les discussions avec les organisations professionnelles et les opérateurs des secteurs concernés seront reprises pour que cette situation ne se reproduise plus.

Dans les prochaines heures toutes ces mesures arrêtées par le Gouvernement ivoirien devront permettre de ramener les prix des denrées de première nécessité à leur niveau d’avant les hausses actuelles. Pour se faire « Le gouvernement proposera dans les plus brefs délais au Président de la République un projet d’ordonnance devant régler définitivement les questions liées à la hausse intempestive des prix » a conclu le SG du Gouvernement.

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