Victoire de Greenpeace : l’Estonie immobilise le Probo Koala

Le navire pétrolier à l’origine de la pollution mortelle à Abidjan a été immobilisé ce mercredi par les autorités estoniennes. L’organisation écologique Greenpeace bloquait depuis lundi le Probo Koala dans le port de Paldiski. Le procureur de la République estonienne a décidé d’ouvrir une enquête suite à la demande officielle de la Côte d’Ivoire. Interview de Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France, présent sur place.

« On a gagné ! ». Greenpeace a le sourire. En retrouvant la trace du pétrolier Probo Koala en Estonie et en l’empêchant, depuis lundi, de reprendre la mer, l’organisation écologique non gouvernementale a été l’un des acteurs clés qui ont conduit, mercredi, le procureur de la République estonienne à immobiliser le navire. Le passage au crible du supertanker, dont les déchets toxiques déversés à Abidjan ont déjà fait huit morts, devrait révéler les dessous d’un scandale qui éclabousse jusqu’à la Hollande. Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France, était sur place en Estonie à bord de l’Artic Sunrise. Il analyse à chaud cette victoire dans une affaire désormais entre les mains de la justice.

Afrik.com : Quel a été le film de cette immobilisation ?

Yannick Vicaire :
Nous avions repéré le Probo Koala et il était indécent de le voir continuer ses activités habituelles alors qu’il a causé la mort de 8 personnes à Abidjan. Nous considérons le navire comme une pièce à conviction que nous ne pouvions nous résoudre à voir disparaître dans la nature. Alors nous avons détourné notre bateau (l’Artic Sunrise, ndlr), qui devait effectuer une campagne en mer du Nord sur la surpêche, pour bloquer, depuis lundi, le pétrolier dans le port de Paldiski. Le ministre ivoirien de l’Environnement a officiellement envoyé, mardi soir par email, une demande à son homologue estonien pour immobiliser le navire. Une demande confirmée par fax ce mercredi matin. En début d’après-midi, le procureur de la République a fait savoir dans une déclaration qu’il assignait le Probo Koala à quai. Il a ordonné une enquête, la fouille complète du navire, la saisie des documents et l’analyse chimique de certaines substances trouvées à bord. Depuis ce matin (mercredi, ndlr), nous observions de l’agitation sur le port autour du Probo Koala. Il s’agissait d’enquêteurs assermentés qui effectuaient des investigations préliminaires. Certains membres de l’équipage ont été débarqués pour être entendus par la police.

Afrik.com : Êtes-vous satisfait du dénouement de l’affaire ?

Yannick Vicaire :
Très satisfait, comme doivent l’être la Côte d’Ivoire et la population d’Abidjan. Maintenant l’affaire est entre les mains de la justice. Il s’agit désormais d’établir les différentes responsabilités au niveau de l’affréteur (la multinationale néerlandaise Trafigura, ndlr), du propriétaire, mais aussi de l’Union Européenne. Car cette affaire est une violation de la convention de Bâle relative au contrôle des mouvements transfrontières des déchets dangereux et leur élimination qui est entrée dans le droit communautaire. On sait que le bateau est passé par Amsterdam (Pays-Bas, ndlr) où il a tenté de faire traiter ses déchets. Or sachant qu’il avait une cargaison dangereuse on l’a malgré tout laissé repartir tout en sachant qu’il se rendait en Afrique. Reste maintenant à savoir si seuls les Pays-Bas sont en cause. Il existe une sorte d’hypocrisie par rapport à la législation, et le Probo Koala constitue un cas d’école qui améliorera la situation et freinera le transfert illégal de déchets toxiques.

Afrik.com : Le quotidien néerlandais De Volkskrant avance que le pétrolier était en fait une raffinerie flottante et non un simple transporteur. Avez-vous des éléments quant à ses allégations?

Yannick Vicaire :
Nous avons entendu beaucoup de choses quant aux activités du navire et l’enquête en cours nous conduira justement des spéculations aux preuves éventuelles. Nous avons à ce propos été mis au courant que le Probo Koala avait passé un temps assez long au large des côtes espagnoles et l’on sait que c’est un lieu privilégié pour toutes sortes de trafics. Nous voulons savoir ce qu’il s’est passé là-bas. Le livre de bord et l’analyse des communication nous permettrons peut être de trouver des réponses à nos questions.

Afrik.com : Les autorités estoniennes ont initialement refusé d’immobiliser le navire et vous ont demandé de quitter les lieux. Quels rapports entreteniez-vous avec elles ?

Yannick Vicaire :
Il n’y a pas eu d’hostilité de la part des autorités estoniennes qui étaient plus embarrassées qu’autre chose. Elles ont juste respecté les procédures habituelles et nous ont demandé par deux fois de quitter le port. Ce que nous avons refusé et qui va d’ailleurs nous valoir des amendes. C’est un risque que nous avions décidé de prendre et que nous assumons complètement,. Nous avons toutefois veillé à ne pas gêner l’activité du port.

Afrik.com : Maintenant que le navire a été immobilisé, allez-vous repartir ou rester sur place pour suivre la suite des opérations ?

Yannick Vicaire :
Notre rôle est terminé, nous allons repartir. Nous avons une planète à sauver. Pour ma part, je vais rentrer pour continuer mon travail sur l’adoption, par les parlementaires européens, d’une législation relative à la commercialisation de produits chimiques. Le fait est qu’il n’existe pas de base d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux des produits chimiques avant qu’ils ne soient mis sur le marché. Et les puissants lobby des industries chimiques font avorter le projet. Or en respectant plus un principe de précaution et en faisant plus d’effort sur la prévention les pays du Sud seraient, notamment, moins exposés à des scénarios catastrophes comme en Côte d’Ivoire.

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